Transports au gaz : c’est le Pérou !

Depuis 2010, les bus de El Metropolitano roulent au GNV à Lima

Publié le 15/12/2017

6 min

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Au début des années 2000, Lima était encore l’une des villes les plus polluées de l’Amérique latine. En cause : un abondant trafic routier qui asphyxiait littéralement la ville. Face à ce problème, l’État péruvien a décidé de prendre des mesures pour promouvoir des sources d’énergie ayant un facteur d’émission plus faible, tel que le gaz naturel. Depuis, la capitale péruvienne ne jure que par lui pour se déplacer.

Par Laura Icart, envoyée spéciale au Pérou 

15 décembre 2017 

Un constat alarmant

La pollution de l’air à Lima a atteint son apogée au début des années 2000. La ville, littéralement saturée par le trafic routier et par un transport urbain hors d’âge, dépérissait sous la prolifération des particules fines et des polluants. Selon une étude publiée par le Consortium pour la recherche économique et sociale (Cies), près de 5 000 personnes seraient mortes à Lima entre 2007 et 2011 à cause de la pollution. Le Cies impute 80 % de ces décès aux transports en commun. En 2014, la capitale péruvienne faisait toujours partie des villes les plus polluées d’Amérique latine selon une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Lima affichait un taux de concentration moyen de particules de 38 microgrammes par m3 pour les PM (particules fines) 2,5 et de 63 microgrammes par m3 pour les PM 10. Des niveaux largement au-dessus des recommandations de l’OMS, à savoir 10 et 20 microgrammes par m3. Si les niveaux de pollution diminuent quelque peu ces dernières années, il n’en reste pas moins que le gouvernement péruvien et les autorités de Lima ont dû procéder à une refonte de leur système de transport collectif.

L’arrivée du gaz naturel à Lima en 2004 a sûrement été l’une des clés pour promouvoir une mobilité plus propre. Point d’orgue de cette engouement pour le gaz naturel, le lancement en juillet 2010 de El Metropolitano, son système de transport en commun, le premier en Amérique latine à fonctionner avec du gaz naturel pour véhicules.

El Metropolitano, le réseau 100 % GNV

Ce système de transport unique en Amérique latine, financé par la Banque mondiale, est en fait un vaste réseau de BRT (Bus Rapid Transit), roulant au GNV et desservant sur 36 km du nord au sud de Lima près de 50 stations. Plus de 350 bus articulés circulent sur le tronçon principal (interurbain) et transportent en moyenne un million de passagers par jour. Deux cent vingt bus desservent une vingtaine de lignes dites « de ravitaillement » (en périphérie de Lima) permettant à près de 600 000 passagers de rejoindre quotidiennement le centre ville. Trois compagnies se partagent le réseau, ce qui représente environ 700 000 trajets par jour. Depuis 2015, El Metropolitano est le service de transport le plus utilisé à Lima, très loin devant le métro. En six ans d’exploitation, la flotte a parcouru 228,9 millions de km et consommé 247,2 millions de m3 de gaz. Une consommation équivalente à 633,4 millions de litres de gazole pour une économie des coûts estimée à environ 37,8 millions de dollars américains. Un succès économique mais surtout un succès environnemental pour la ville la plus polluée du Pérou puisque grâce à l’utilisation du gaz naturel, El Metropolitano a cessé d’émettre 70 132 tonnes de CO2, ce qui équivaut au captage de 5 833 333 arbres par an.

Un succès qui inspire ses voisins

Une initiative qui a inspiré la Colombie, et plus exactement la ville de Medellín qui a elle aussi décidé d’opter pour le GNV pour motoriser une flotte de près de 350 bus. Baptisé Metroplús, ce réseau de bus fait ses preuves et a créé de nombreux adeptes dans un pays ou la quasi-totalité des systèmes de transport en commun fonctionnent au diesel. Avec plus de 706 tonnes d’émissions de particules « économisées » l’année dernière grâce à Metroplús, Medellín et sa région (le Valle de Aburrá), qui comptent plus de 55 000 véhicules circulant au GNV (22 000 taxis et 33 000 voitures particulières) sont en train de réussir leur pari.

Gazel Perú : une vaste expérience dans la mobilité gaz

Au Pérou, Gazel Perú fait figure de leader sur le marché du GNV. Cette société fut la première en 2005 à exploiter des stations de GNV dans le pays. Elle a de plus participé au développement technologique de l’industrie du GNV en mettant en place différents programmes de conversion au GNV à Lima.

Elle dispose d’un réseau de 38 stations-service, dont  37 distribuent du GNV, 14 du gaz de pétrole liquéfié (GPL) – tous deux vendus sous la marque Gazel -, et 11 du diesel et de l’essence. En 2016, la société a vendu plus 166 millions de litres de combustibles. C’est également Gazel qui exploite les deux « méga-stations » chargées de fournir du GNV à la flotte du système Metropolitano. Si, dans le domaine des transports public, Lima a opté pour le gaz naturel, le secteur du transport privé n’est pas en reste et de plus en plus d’automobilistes se tournent vers ce carburant.

Un nombre croissant de véhicules GNV

Selon Infogas, la plateforme statistique contrôlée par le Ministère de l’énergie et des mines, de la production, du transport et des communications du Pérou, le nombre de conversions de véhicules roulant au gaz naturel dans le pays a atteint 250 000 en 2017[1]. Le Pérou compte également 305 stations-service de gaz naturel comprimé (GNC), contre 284 fin 2016. Sur les 250 000 véhicules GNV dans le pays, plus de 10 000 ont été convertis sur l’année 2017.

Dans une étude récente, l’organisme public Osinergmin montre que les utilisateurs de GNC réalisent des économies substantielles par rapport à d’autres carburants : elles s’élèvent à 57 % par rapport à l’essence, à 50 % par rapport au diesel et à 35 % par rapport au GPL. Ce différentiel de coût ajouté à une meilleure crédibilité environnementale sont autant de raisons qui devraient contribuer à la croissance des véhicules GNV au Pérou en 2018 et au-delà.

Un pari audacieux mais qui porte ses fruits puisqu’en seulement dix ans, selon le distributeur de gaz Cálidda, l’utilisation du gaz naturel a évité dans la seule ville de Lima la propagation de 1,4 million de tonnes de dioxyde de carbone. Dans un pays qui devrait bénéficier grâce au champ gazier Camisea d’un approvisionnement continu de gaz naturel au moins jusqu’à 2050, la mobilité gaz a de beaux jours devant elle.

 

[1] Infogas, décembre 2017.