Pertes et dommages climatiques : un cap décisif franchi avant la COP28

L'incapacité à renforcer l'adaptation a des conséquences considérables en termes de pertes et de dommages estime le PNUE dans nouveau rapport qui relève que l’écart croissant résulte de l'augmentation des besoins en matière d'adaptation et de l'insuffisance du financement de l'adaptation. © Shutterstock

Publié le 05/11/2023

4 min

Publié le 05/11/2023

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Pays du nord et du sud sont parvenus samedi à un fragile compromis sur les contours du futur fonds sur les « pertes et dommages » climatiques des pays vulnérables, ouvrant la voie à un accord lors de la COP28 de Dubaï sur cette question cruciale pour la réussite du sommet. Dans un nouveau rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue)  publié le 3 novembre, l’organisme onusien estime les besoins de financement des pays en développement « en matière d’adaptation sont 10 à 18 fois plus importants » que les flux du financement public international. 

Par la rédaction, avec AFP

 

L’adoption sur le principe de ce fonds avait été considérée comme le résultat majeur de la COP27 en Égypte l’an dernier, et les discussions sur sa mise en œuvre (fonctionnement, donateurs, bénéficiaires…) ont été confiées à un comité de transition. « Je salue l’accord trouvé hier soir à Abou Dabi par le comité sur les pertes et préjudices. Cet accord est équilibré et permet de répondre au mandat de la COP27 de Sharm-El-Sheikh. Il constitue une première réponse au sujet des destructions massives liées aux événements climatiques extrêmes, en se concentrant sur les plus vulnérables et en élargissant la base des donateurs au-delà des seuls pays développés au sens de 1992. L’action de la France, lors de la pré-COP notamment, a été décisive pour rapprocher les positions et permettre le compromis final, qui doit être avalisé formellement par la COP28 » a indiqué la ministre française de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher.

Des besoins en financements 10 à 18 fois plus importants

Selon un nouveau rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement publié le 3 novembre, les progrès en matière d’adaptation au climat « ralentissent sur tous les fronts alors qu’ils devraient s’accélérer pour s’adapter aux conséquences ainsi qu’aux risques croissants posés par le changement climatique ». Le rapport constate que les besoins de financements des pays en développement « en matière d’adaptation sont 10 à 18 fois plus importants » que les flux du financement public international. Ce chiffre est supérieur de plus de 50 % à l’estimation précédente. Selon le Pnue, les coûts modélisés de l’adaptation dans les pays en développement sont estimés à 215 milliards de dollars par an au cours de cette décennie. Le financement de l’adaptation nécessaire pour mettre en œuvre les priorités nationales en matière d’adaptation est estimé à 387 milliards de dollars par an.

Un compromis fragile

Samedi soir, une cinquième et ultime réunion de ce comité sur l’établissement de ce fonds s’est conclue par l’adoption d’un texte malgré les réserves des États-Unis et de plusieurs pays en développement, lors d’une séance plénière retransmise en ligne, a constaté l’AFP. Le texte propose d’établir le fonds provisoirement, pour quatre ans, au sein de la Banque mondiale, ce que refusaient initialement avec force les pays en développement, qui accusent l’institution d’être aux mains des Occidentaux et inadaptée à leurs besoins. « Il est maintenant impératif que nous activions et capitalisions rapidement le fonds », car « le monde n’a pas besoin d’un compte bancaire vide » mais « d’un fonds opérationnel qui puisse réellement faire la différence« , a déclaré le président émirati de la COP28, Sultan Al Jaber, dans un message lu aux délégués à l’issue de la réunion.

Un fonds aux contributions limitées ?

Le texte de recommandations doit encore être finalisé et approuvé par les pays du monde entier lors de la 28e Conférence climat des Nations unies à Dubaï (30 novembre-12 décembre). « Les recommandations sont faibles car elles ne font pas mention de la taille du fonds ni d’un plan clair de capitalisation« , a dénoncé Harjeet Singh, de l’ONG Climate Action Network, joint par l’AFP. « En outre, les États-Unis font pression pour que l’adhésion soit volontaire pour les pays développés », a-t-il ajouté, alors que les délégués des pays du sud défendaient une contribution obligatoire, en vertu de la responsabilité historique prépondérante des pays riches dans les émissions de gaz à effet de serre à l’origine du réchauffement climatique. En vertu de cette responsabilité historique, établie par la convention des Nations unies sur la lutte contre le changement climatique, les pays développés ont promis 100 milliards de dollars d’aide annuelle aux pays en développement.

Mais leur défaillance jusqu’à ce jour à honorer cette promesse est devenue un motif de tension majeur dans les négociations climat, faisant craindre une contribution limitée des pays riches au nouveau fonds.