La hausse de la facture d’électricité « contenue » sous la barre des 10 %

Selon le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, aucune autre hausse n’aura lieu avant le 1er février 2025, date à laquelle « nous reviendrons à la situation qui était celle d’avant le bouclier tarifaire ». ©shutterstock

Publié le 22/01/2024

8 min

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Le 21 janvier, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a annoncé une hausse de la facture d’électricité des Français au 1er février. Une hausse comprise entre 8,6 % et 9,8 % selon les contrats, dans la lignée de la volonté gouvernementale de mettre progressivement fin au bouclier tarifaire sur l’électricité au 1er février 2025 après avoir stoppé celui sur le gaz fin 2023. Après avoir doublé le tarif de la taxe sur le gaz (TICGN), le gouvernement va également augmenter la taxation de l’électricité via la taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité (TICFE). Mais du particulier aux entreprises beaucoup s’inquiètent de cette nouvelle hausse alors que le pouvoir d’achat reste un sujet de préoccupation majeur dans un contexte économique qui s’améliore lentement.

Par Laura Icart,  avec AFP

 

« La facture d’électricité sur les tarifs heure pleine/heure creuse va augmenter de 9,8 % au 1er février et sur les tarifs de base de 8,6 %. C’est-à-dire que pour 97 % des ménages français, l’augmentation sera sous les 10 % », a déclaré hier Bruno Le Maire sur le plateau du journal de 20 heures de TF1. Le gouvernement s’était engagé à ce que la révision du tarif réglementé de l’électricité, qui intervient chaque année le 1er février et le 1er août, soit limitée cette fois à une hausse de 10 % maximum. Précédemment, ce tarif réglementé avait augmenté de 4 % en février 2022, 15 % en février 2023 et 10 % en août 2023. L’augmentation totale sur deux ans est donc de l’ordre de 43 à 44 %.

Une augmentation comprise entre 8,6 % et 9,8 %

« C’est une décision difficile, mais c’est une décision qui est nécessaire pour garantir notre capacité d’investissement dans de nouvelles capacités de production électrique et puis pour sortir définitivement du quoi qu’il en coûte », a-t-il justifié. « Nous revenons à la normale. » « C’est la dernière hausse de cette taxe sur l’année 2024. La prochaine sera au 1er février 2025, nous reviendrons à la situation qui était celle d’avant le bouclier tarifaire, » a ajouté Bruno Le Maire. Au 1er février, les tarifs augmenteront respectivement pour les contrats de base de 8,6% pour les clients résidentiels et de 5,2% pour les petites entreprises et les clients non résidentiels. Pour les clients résidentiels ayant souscrit à un contrat heures pleines/heures creuses, l’augmentation sera de 9,8 % et de 6,2 % pour les non résidentiels. L’augmentation la plus importante et qui in fine dépasse la barre des 10 % mais qui représente peu de personnes (400 000 environ) est constatée chez les clients résidentiels ayant souscrits à des contrats au tarif jour (EJP) avec une hausse de 10,1 % au 1er février et de 8 % pour les non résidentiels. Des tarifs EJP qui avaient déjà connu une très forte augmentation en 2022 et 2023, près de 165 % en cumulé. Concrètement, cela signifie par exemple que pour un ménage de quatre personnes (deux adultes et deux enfants) se chauffant à l’électricité et habitant dans un appartement de taille moyenne, « l’augmentation sera de 8 euros par mois » a indiqué le ministre de l’Économie, quand elle sera de 18 euros par mois pour le même ménage s’il vit en maison individuelle. La hausse est respectivement plus contenue si le ménage se chauffe au gaz avec une hausse de 4,5 euros par mois pour l’appartement et de 8,3 euros par mois pour la maison individuelle. Autre exemple : pour une boulangerie, un secteur particulièrement exposé à la crise énergétique et géopolitique dans un contexte de renchérissement du coût des matières premières comme le blé, l’augmentation sera de 116 euros par mois  pour une consommation d’électricité de 90 MWh en offre TRV HPHC, quand elle sera d’environ 39 euros par mois (consommation d’électricité de 30 MWh) pour un restaurant offre TRV HPHC, indique Bercy sur un document fourni à la presse. Une boulangerie ayant souscrit un contrat offre de marché (car au-dessus de 36 kVA, 90 MWh de consommation d’électricité permettant de bénéficier des TRV) verra une « baisse de facture de 683 euros par mois malgré la hausse de fiscalité de 150 euros par mois, grâce à la baisse du prix de marché » précise le ministère de l’Économie. Une baisse qui s’explique selon Matthieu Toret, avocat associé chez Enerlex, « par une diminution du prix de l’électricité sur le marché mondial combiné au fait que les entreprises répondant aux critères de l’électro intensivité [comme c’est le cas de l’exemple fourni par Bercy, NDLR] continuent à bénéficier d’une TICFE à 50 centimes du MWh ». Une question de compétitivité » pour l’avocat, même s’il reconnaît volontiers que pour les entreprises qui ne remplissent pas ces critères, « il y aura un impact sur la trésorerie » alors que la majorité des dispositifs d’accompagnement hormis l’amortisseur d’électricité ont pris fin au 31 décembre 2023.

L’énergie, un poste de dépense toujours plus important

Des factures qui pèsent de plus en plus lourd dans le budget des Français, des ménages qui ont de plus en plus de difficultés à faire face à leurs dépenses énergétiques malgré l’accompagnement gouvernemental, c’est le constat que faisait en octobre dernier le médiateur national de l’énergie dans son baromètre annuel. Près de 9 Français sur 10 déclarent que la consommation d’énergie est un sujet de préoccupation pour eux et plus de 70 % ont constaté une augmentation de leurs factures de gaz et d’électricité sur les 12 derniers mois. Une situation qui inquiète bon nombre d’associations car la précarité énergétique est plus que jamais le reflet d’une France qui se paupérise.

« Aucune autre hausse avant le 1er février 2025 »

Selon le ministre de l’Économie, aucune autre hausse n’aura lieu avant le 1er février 2025, date à laquelle « nous reviendrons à la situation  qui était celle d’avant le bouclier tarifaire ». Pour le gouvernement, la période de « quoi qu’il en coûte » est derrière nous. Après la fin du bouclier tarifaire sur le gaz en fin d’année, Bercy prépare avec cette annonce la sortie du bouclier tarifaire sur l’électricité et le rétablissement « progressif de la TICFE » qui avait été ramenée selon Bruno Le Maire à 0,1 centime par kilowatheure pendant les deux années du bouclier tarifaire alors qu’elle était de 2,5 centimes et de 3,2 centimes par kilowatheure (32 euros le MWh) en y ajoutant les taxes locales avant la crise énergétique. « Bien sûr, la hausse de la fiscalité est une mauvaise nouvelle mais elle est néanmoins contenue en 2024 » souligne Matthieu Toret. « Cette taxe va être remontée à 2,1 centimes le kWh (21 euros du MWh) au 1er février » indique à la presse Bruno Le Maire. « C’est les deux tiers du chemin » précise le ministre mais pas « l’intégralité pour tenir compte des difficultés de pouvoir d’achat des Français » tout en rappelant « l’intérêt » de cette fiscalité énergétique qui sert à financer « le chèque énergie, le développement des énergies renouvelables ou encore les équivalences tarifaires dans les DOM-TOM » où les coûts de l’électricité sont nettement plus conséquents. In fine, avec le rétablissement de la TICFE , le gouvernement « percevra 6 milliards sur les 9 milliards de recettes supplémentaires » qu’il aurait pu percevoir. De plus, rappelle Bruno Le Maire, la France « gardera des factures d’électricité parmi les plus basses d’Europe » avec un lissage des augmentations là où « certains pays européens [Grande Bretagne, Pays-Bas, Allemagne, Belgique, NDLR] ont vu leurs factures d’électricité plus que doubler ».

Source : Bercy

« Les Français se posent la question : pourquoi est-ce que l’électricité est plus chère alors que nous en produisons ? » souligne Bruno Le Maire qui évoque « une raison majeure » : la volonté du gouvernement de « continuer à investir massivement dans l’électrification et doubler les capacités de production électrique de la France ». « Le vrai défi français qui nous donnera à la fois compétitivité et indépendance stratégique. »