La Commission alloue une aide de plus de 5 milliards au projet communautaire Hy2Use

Publié le 22/09/2022

9 min

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La Commission européenne a autorisé le 21 septembre un financement public pouvant atteindre 5,2 milliards d’euros, dans le cadre du projet important d’intérêt européen commun (PIIEC). Baptisé « Hy2Use », il réunit 13 pays et 29 entreprises intégrant l’ensemble des composantes de la chaîne de valeur de la technologie de l’hydrogène. Si le premier PIIEC était davantage tourné vers les utilisateurs finaux dans le secteur de la mobilité, ce second projet vise à soutenir la recherche et l’innovation, le premier déploiement industriel et la construction d’infrastructures pertinentes dans la chaîne de valeur de l’hydrogène, avec en ligne de mire notamment la décarbonation des industries les plus énergivores.

Par la rédaction de Gaz d’aujourd’hui

 

Stimuler l’approvisionnement d’hydrogène renouvelable et créer les conditions d’un développement économique et technologique compétitif, c’est l’ambition de cette PIIEC Hy2Use qui concerne 13 États membres : Autriche, Belgique, Danemark, Finlande, France, Grèce, Italie, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Slovaquie, Espagne et Suède. « Les États membres fourniront jusqu’à 5,2 milliards d’euros de fonds publics, qui devraient permettre de débloquer 7 milliards d’euros supplémentaires d’investissements privés » indique la Commission. « L’hydrogène peut changer la donne pour l’Europe. Il a un rôle crucial à jouer pour diversifier nos sources d’énergie et nous aider à réduire notre dépendance au gaz russe. Nous devons mettre ce marché de niche à l’échelle » soulignait le 14 septembre la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen en annonçant la création d’une banque publique de l’hydrogène, lors de son discours sur l’état de l’Union.

 

« L’hydrogène est crucial pour la transition écologique des industries à forte intensité énergétique en Europe : il nous permet de produire de l’acier, du ciment et des produits chimiques sans carbone et peut remplacer de grandes quantités de combustibles fossiles. »

Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur

13 pays, 29 entreprises, 35 projets

Le PIIEC Hy2Use, c’est 29 entreprises ayant des activités dans un ou plusieurs États membres, y compris des petites et moyennes entreprises et des start-ups, qui participeront à 35 projets. À cela s’ajoute près de 160 collaborateurs externes comprenant des universités et des organismes de recherche. Si le premier PIIEC comptait plus d’une quinzaine d’entreprises françaises, le deuxième compte trois grands groupes énergétiques : TotalEnergies, Engie et Air liquide.

 

Stimuler l’approvisionnement en hydrogène renouvelable et bas carbone

« La chaîne de valeur de l’hydrogène en Europe n’en est qu’à ses balbutiements » souligne  Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la politique de concurrence qui rappelle qu’« investir seuls dans un marché si innovant peut être risqué pour les États membres ou les entreprises. C’est ici que les aides d’État ont un rôle à jouer, pour débloquer, attirer et mobiliser des investissements privés considérables qui, autrement, ne seraient pas réalisés ». Hy2Use doit couvrir « une grande partie de la chaîne de valeur de l’hydrogène » via la construction d’infrastructures liées à l’hydrogène, notamment des électrolyseurs à grande échelle et des infrastructures de transport, pour la production, le stockage et le transport d’hydrogène renouvelable et à faible teneur en carbone. Cette partie concerne la grande majorité des projets retenus, soit une vingtaine. L’autre volet est davantage axé sur la recherche et le développement de technologies innovantes et plus durables pour l’intégration de l’hydrogène dans les processus industriels de multiples secteurs, en particulier ceux qui sont plus difficiles à décarboniser, comme l’acier, le ciment et le verre. Pour le commissaire au marché intérieur Thierry Breton, « l’hydrogène est crucial pour la transition écologique des industries à forte intensité énergétique en Europe : il nous permet de produire de l’acier, du ciment et des produits chimiques sans carbone et peut remplacer de grandes quantités de combustibles fossiles ».

3,5 GW de capacité et 340 000 tonnes par an d’hydrogène

Les 35 projets représentent une capacité installée d’électrolyseurs de l’ordre de 3,5 GW, capables de produire 340 000 tonnes par an d’hydrogène renouvelable et bas carbone. Parmi les projets retenus, deux sont français : le projet d’Air liquide  qui doit construire un complexe d’électrolyseurs sur la zone industrielle de Port-Jérôme, en Normandie. La capacité du complexe pourra atteindre 200 MW et permettre une production d’hydrogène décarboné de l’ordre de 28 000 tonnes par an pour alimenter localement le secteur du raffinage et celui des engrais. Deuxième projet notifié, le projet MassHylia porté par Engie et TotalEnergie qui doit à terme faire du site de la bioraffinerie de La Mède dans les Bouches-du-Rhône, « le plus grand site français  de production d’hydrogène à partir d’électricité renouvelable ». Comment ? Via une production de 5 tonnes d’hydrogène vert par jour nécessaires aux besoins du processus de production de biocarburants de la bioraffinerie de Total,  rendue possible par l’installation de fermes solaires d’une capacité globale de plus de 100 MW et d’un électrolyseur de 40 MW. Dans le deuxième volet du PIIEC, l’entreprise italienne NextChem s’est vu attribuer une subvention de 194 millions d’euros pour le développement d’une usine de transformation des déchets en hydrogène. Ce projet, qui doit créer « l’Hydrogen Valley de Rome », est le premier centre technologique à l’échelle industrielle pour le développement de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement en hydrogène en Italie.  L’usine de transformation des déchets en hydrogène produira jusqu’à 20 000 tonnes par an d’hydrogène à pleine capacité, en utilisant 200 000 tonnes annuelles de déchets solides non recyclables comme matière première. Son démarrage est prévu en 2027.

« Plusieurs projets devraient être mis en œuvre dans un avenir proche, plusieurs électrolyseurs à grande échelle devant être opérationnels d’ici 2024-2026 et bon nombre des technologies innovantes déployées d’ici 2026-2027 » souligne  le Commission qui précise que  « l’achèvement du projet global est prévu pour 2036, les délais variant en fonction du projet et des entreprises impliquées ». Cette deuxième vague de projets s’inscrit dans la première et doit compléter la chaîne de valeur de l’hydrogène mais elle doit aussi couvrir des usages qui n’étaient pas présents dans la première vague (Hy2Tech), à savoir les infrastructures liées à l’hydrogène et les applications de l’hydrogène dans le secteur industriel.

Le premier PIIEC Hy2Tech a bénéficié de plus de 5 milliards

En juillet, un premier PIIEC  particulièrement attendu par la filière avait été annoncé par la Commission européenne. Une quinzaine d’États membres avait été notifiés. La Commission européenne avait validé plusieurs projets français dans le cadre de son PIIEC sur l’hydrogène renouvelable. Sur les 45 entreprises participantes, près d’une quinzaines sont françaises. Parmi les projets retenus, Bruxelles a choisi celui de gigafactory envisagé par l’entreprise McPhy à Belfort (Territoire de Belfort), qui veut y développer la fabrication d’électrolyseurs alcalins de nouvelle génération, notamment à destination du secteur des transports. Ce projet, annoncé en mai 2021 et dont la construction coûtera entre 30 et 40 millions d’euros selon McPhy, doit permettre la création de plusieurs centaines d’emplois et a déjà reçu le soutien des collectivités locales du département et de la région Bourgogne-Franche-Comté, à hauteur de plusieurs millions d’euros. Autre projet retenu, celui de gigafactory prévu par l’entreprise Elogen à Vendôme (Loir-et-Cher) pour la fabrication de stacks, les réacteurs composant les électrolyseurs, ainsi que la recherche et développement de ces unités. La production doit débuter sur les deux sites respectivement au premier semestre 2024 et courant 2025. Pour rappel, Elogen fournira un électrolyseur de 1 MW dans le cadre du projet Hypster, un premier démonstrateur de stockage d’hydrogène vert en cavité saline. Également retenu : Genvia, co-entreprise créée par le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et l’équipementier Schlumberger, qui vise le développement et le déploiement industriel de la technologie d’électrolyseur d’oxyde solide à haute performance pour la production d’hydrogène décarboné. Qualifié de « pépite » par le président de la République, une première ligne pilote de production automatisée de stacks devrait être mise en route prochainement.

680 kilotonnes d’hydrogène renouvelable d’ici 2030

En France, la stratégie d’industrialisation de l’hydrogène vert est passée en quelques années d’un investissement de 100 millions d’euros à presque 10 milliards d’euros engagés par l’État d’ici la fin de la décennie, avec les récentes annonces du président de la République dans le cadre de France 2030. Objectif : déployer jusqu’à 6,5 GW de capacité d’électrolyse et produire annuellement plus de 600 000 tonnes d’hydrogène renouvelable ou bas carbone fléchées principalement pour décarboner l’industrie et la mobilité lourde. Dans sa feuille de route présentée l’année dernière en septembre, France Hydrogène indiquait non seulement être en mesure de tenir le niveau d’ambition fixé dans la stratégie nationale, à savoir 680 kilotonnes d’hydrogène renouvelable ou bas carbone consommées par an d’ici 2030 (dont 70 % allouées à l’industrie, 23 % à la mobilité et 7 % à l’énergie), mais également de très largement le dépasser puisqu’elle propose un rehaussement de 60 % de ces objectifs dans son scénario « Ambition+ 2030 », avec une montée en puissance de la consommation d’hydrogène dans le secteur de la mobilité et de l’énergie.