Transport maritime : vers de nouvelles mesures pour réduire l’intensité carbone des navires ?

Publié le 27/10/2020

5 min

Publié le 27/10/2020

Temps de lecture : 5 min 5 min

Dans le cadre de la stratégie de l’Organisation maritime internationale (OMI) sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre adoptée en 2018, le groupe de travail interétatique chargé de finaliser les mesures pour réduire l’intensité carbone du transport maritime international de 40 % à l’horizon 2030 a proposé, le 23 octobre, de nouvelles mesures plus contraignantes pour y parvenir, en classant notamment les navires selon leur rendement énergétique.

Par la rédaction de Gaz d’aujourd’hui

 

Le transport maritime, qui génère aujourd’hui 2 à 3 % des émissions mondiales de CO2, est responsable de plus d’un cinquième de la consommation de carburant mondiale. La stratégie initiale de l’OMI sur les gaz à effet de serre (GES), adoptée en 2018, fixe des objectifs ambitieux pour réduire de moitié les émissions de GES des navires d’ici 2050 par rapport à 2008, et réduire l’intensité en carbone du transport maritime international de 40 % d’ici 2030 par rapport à 2008. Un défi très important dans un secteur responsable en 2018 du rejet 138 millions de tonnes de CO2, soit  plus de 3 % des émissions totales de CO2 dans l’Union européenne, et qui causerait, selon les experts de l’université de Rostock et du centre de recherche sur l’environnement allemand Helmholzzentrum de Munich, le décès prématuré de près de 60 000 personnes chaque année – sont particulièrement concernées les populations des zones côtières. En cause : deux polluants particulièrement nocifs pour notre santé, l’oxyde de soufre (SOx) et l’oxyde d’azote (NOx). À noter que depuis le 1er janvier 2020, la teneur en soufre dans les carburants marins a été réduite de 3,5 à 0,5 % pour le transport de passagers, selon la nouvelle réglementation de l’OMI.

Une empreinte carbone pour chaque navire

Réunis en session de travail à distance la semaine dernière, le groupe de travail sur la réduction des GES, dans lequel la France est très engagée, a adopté deux nouvelles mesures visant à réduire l’intensité en carbone des navires existants pour aller vers plus d’efficacité énergétique dans le transport maritime. Les amendements proposés à la convention Marpol exigeront que les navires combinent une approche technique et une approche opérationnelle pour réduire leur intensité en carbone. Les experts du groupe de travail se sont donc mis d’accord sur la mise en place obligatoire d’une certification de l’efficacité énergétique (EEXI) associée à des mesures techniques (comme la limitation de puissance) qui réduisent et plafonnent dès 2023 l’empreinte CO2 de chaque navire ainsi qu’un système de mesure de l’intensité carbone des navires (CII) permettant de classer annuellement les navires en fonction de leurs performances réelles, des catégories A (faible intensité carbone) à E (forte intensité carbone) et avec des exigences croissantes d’année en année. « Ce système permettra aux États, aux financeurs et aux chargeurs de mettre en place des mécanismes d’incitation de type bonus-malus » indique le ministère de la Mer dans un communiqué. Des nouvelles mesures obligatoires qui, si elles sont approuvées à la prochaine session du comité de la protection du milieu marin le mois prochain, s’appliqueront dès 2023 aux plus grands navires existants, représentant plus de 80 % des émissions de gaz à effet de serre du transport maritime international.

Si l’OMI n’hésite pas à qualifier ces amendements « d’un pas en avant majeur », la France est plus mesurée. Elle espérait « un niveau d’ambition plus élevé » et « qui aurait souhaité que des mesures de coercition plus fortes s’appliquent aux navires les moins efficients ». « C’est une belle avancée mais ce n’est pas suffisant. Ce résultat n’est pas à la hauteur des attentes de la France car il ne garantit pas l’atteinte des objectifs de l’accord de Paris sur le climat ni de la stratégie de l’OMI. Il constitue cependant une étape importante pour instaurer dès 2023 un mécanisme de décarbonation du transport maritime international. La France a obtenu que les mesures soient évaluées avant la fin 2025. Si les résultats ne sont pas à la hauteur d’ici là, nous agirons pour en déployer de nouvelles » a déclaré Annick Girardin, ministre de la Mer, suite à des négociations qui se sont avérées particulièrement difficiles.

Le groupe de travail a également validé un programme d’étapes pour évaluer les effets possibles de ces deux nouvelles mesures sur les États, en accordant une attention particulière aux besoins des pays en développement, en particulier des petits États insulaires en développement (PEID) et des pays les moins avancés (PMA).

© CMA-CGM.

Légende : Le nouveau navire amiral du groupe CMA CGM, entré en flotte ce mois-ci, est le premier d’une série de neuf porte-conteneurs de 23 000 EVP, une flotte homogène propulsée au gaz naturel liquéfié battant pavillon français.