Bruxelles desserre l’étau sur les stocks de gaz pour éviter la flambée des prix

Perspectives
21/03/2026
3 min

Alors que la guerre au Moyen-Orient fait grimper les prix du gaz, la Commission européenne a demandé aux États de lever le pied sur leurs réserves pour l’hiver prochain. Dans un courrier adressé aux capitales européennes, le commissaire à l’énergie Dan Jørgensen recommande de réduire l’objectif de remplissage des stocks de gaz de 90 % à 80 %.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

Depuis plusieurs jours, les marchés de l’énergie s’emballent sous l’effet du conflit au Moyen-Orient. En ligne de mire : les infrastructures gazières stratégiques, notamment au Qatar. Des frappes ont visé le site de Ras Laffan, le plus grand centre mondial de production de gaz naturel liquéfié (GNL). Résultat : les approvisionnements mondiaux deviennent incertains et les prix s’envolent. Dans ce contexte, Bruxelles change de stratégie. Plutôt que de pousser les États à acheter massivement du gaz dès maintenant — ce qui ferait grimper encore les cours — l’idée est de calmer le jeu. Objectif : « rassurer les acteurs du marché » en évitant une ruée sur les stocks.

Une situation sous tension… mais encore maîtrisée

Malgré les inquiétudes, l’Europe ne se retrouve pas (encore) dans une situation critique. Selon Dan Jørgensen, la sécurité d’approvisionnement reste « relativement protégée ». Pourquoi ? L’Union dépend peu directement du gaz du Moyen-Orient, environ 13 milliards de mètres cubes de GNL du Golfe étaient directement destinés au marché européen et plusieurs cargaisons de GNL ont déjà transité avant l’escalade, notamment via le stratégique détroit d’Ormuz. Mais attention : comme l’ont rappelé plusieurs spécialistes du marché gazier, l’Europe reste très exposée à la volatilité des prix sur le marché mondial. Et ceux-ci pourraient continuer à grimper.

Le spectre de la crise de 2022

S’il est difficile de ne pas penser à la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine, avec la baisse brutale des livraisons russes qui avait plongé l’Europe dans une course effrénée au gaz, beaucoup d’experts se rejoignent sur le fait qu’aujourd’hui, le scénario est différent… même si les craintes restent assez similaires pour l’exécutif européen qui redoute notamment que la production de GNL mette du temps à revenir à la normale et que les prix élevés freinent le remplissage des stocks cet été. Cette demande avait été faite par plusieurs États et énergéticiens en début de semaine, notamment via Eurogas. Les objectifs obligatoires de remplissage pourraient, selon les industriels, accentuer la pression sur les prix en obligeant les États européens à acheter du gaz coûte que coûte. « L’Europe risque de payer une « prime d’ambiguïté si le marché ne sait pas clairement quels objectifs de stockage seront appliqués », avertit Eurogas. L’association plaide pour davantage de flexibilité et demande à Bruxelles d’autoriser temporairement un objectif de stockage minimal plus bas, autour de 75 % au lieu de 90 %.

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