Quatre infos à retenir cette semaine

En bref
22/03/2026
8 min

Bruxelles injecte 330 millions d’euros dans la fusion et la fission, pour soutenir l’indépendance énergétique et la neutralité carbone, tandis qu’outre-Atlantique, l’éolien et le solaire représentent désormais 17 % de la production américaine. Mais cette transition s’accompagne de nouveaux risques : en France, la pollution de l’air coûte 130 milliards d’euros par an et freine la productivité, selon la direction générale du Trésor, et la méga-panne électrique en Espagne et au Portugal révèle les vulnérabilités d’infrastructures confrontées à un mix énergétique décentralisé et numérique. L’enjeu est double : sécuriser l’approvisionnement tout en accélérant la lutte contre le changement climatique.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

Nucléaire : Bruxelles investit 330 millions d’euros pour accélérer la fusion

Bruxelles passe à la vitesse supérieure sur le nucléaire du futur. La Commission européenne a annoncé un investissement de 330 millions d’euros dans le cadre du programme de recherche Euratom 2026-2027, avec l’ambition de consolider l’indépendance énergétique de l’Union et d’accélérer sa trajectoire vers la neutralité carbone. Dans le détail, 222 millions d’euros seront dédiés à la fusion nucléaire, une technologie encore en développement mais considérée comme potentiellement révolutionnaire. L’exécutif européen entend franchir une nouvelle étape, « des laboratoires au réseau électrique », en soutenant la création d’un partenariat public-privé à l’échelle européenne et en mobilisant des outils comme le Conseil européen de l’innovation pour accompagner les start-up du secteur et attirer des financements privés. En parallèle, 108 millions d’euros seront consacrés à la fission nucléaire, avec un accent mis sur la sûreté des installations, la gestion des déchets radioactifs et le développement de technologies avancées comme les petits réacteurs modulaires (SMR), au cœur de la stratégie industrielle européenne. Le programme prévoit également de renforcer l’autonomie de l’UE dans des domaines sensibles comme la production d’isotopes pour la médecine nucléaire, tout en facilitant l’accès à plus de 230 infrastructures de recherche à travers le continent. Au-delà des investissements technologiques, Bruxelles insiste sur l’enjeu des compétences, alors que la demande d’électricité pourrait doubler d’ici 2050. Des dispositifs comme les bourses Marie Skłodowska-Curie seront mobilisés pour attirer et former une nouvelle génération de chercheurs et d’ingénieurs. Cette stratégie globale s’inscrit dans les priorités portées par Ursula von der Leyen, qui voit dans le nucléaire – et en particulier la fusion – un levier clé pour concilier souveraineté énergétique, compétitivité industrielle et transition climatique.

Aux États-Unis, l’éolien et le solaire franchissent un seuil historique

Les énergies renouvelables intermittentes changent d’échelle outre-Atlantique. Selon les dernières données de la U.S. Energy Information Administration (EIA), l’éolien et le solaire ont représenté 17 % de la production d’électricité américaine en 2025, contre moins de 1 % en 2005, marquant une transformation profonde du mix énergétique en l’espace de deux décennies. À eux seuls, ces deux segments ont généré 760 000 GWh, soit 88 000 GWh supplémentaires en un an, portés par une accélération spectaculaire du solaire. La production solaire à grande échelle a bondi de 34 % pour atteindre 296 000 GWh, tandis que l’éolien, plus mature, a progressé de 3 % à 464 000 GWh. En intégrant le solaire décentralisé, la part combinée atteint même 19 % de l’électricité totale. Cette montée en puissance s’inscrit dans une dynamique d’investissement sans précédent : 86 GW de nouvelles capacités électriques sont attendus en 2026, un record depuis plus de 20 ans. Le solaire devrait concentrer à lui seul 51 % des ajouts (43,4 GW), devant le stockage par batteries (28 %) et l’éolien (14 %), illustrant le basculement rapide vers un système électrique plus flexible. « Nous nous attendons à ce que 2026 soit une autre grande année pour l’ajout de capacités solaires », anticipe l’EIA. Reste que, malgré cette percée, les sources pilotables – gaz, charbon et nucléaire – assurent encore 75 % de la production, soulignant les défis persistants liés à l’intermittence et à la sécurité d’approvisionnement.

Pollution de l’air : un coût sanitaire massif et un frein croissant pour l’économie française

Avec plus de 40 000 décès prématurés par an attribués aux particules fines, la pollution de l’air s’impose comme un enjeu sanitaire majeur en France, mais aussi comme un choc économique d’ampleur. La direction générale du Trésor souligne ainsi que « les impacts sanitaires ont un coût socio-économique important », lié à la fois aux dépenses de santé et aux pertes de production. Selon ses estimations, le coût annuel de la mortalité associée aux particules fines atteint environ 130 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent près de 12,9 milliards d’euros liés à la morbidité. Au-delà de ces coûts directs, la pollution agit comme un frein diffus sur l’activité économique. « L’impact économique de la pollution de l’air à court terme passe par […] une moindre productivité des travailleurs présents et une baisse de la demande », note le Trésor. Empiriquement, une hausse de 10 % de l’exposition aux PM2,5 se traduirait par une baisse d’environ 0,4 % du chiffre d’affaires des entreprises dans les mois suivants. À une échelle plus macroéconomique, une augmentation de 1 µg/m³ de particules fines pourrait réduire le PIB de 0,8 % la même année. Ces effets s’expliquent notamment par l’altération des capacités humaines. Comme le souligne la note, « la pollution de l’air altère les capacités cognitives et physiques des individus, réduisant leur productivité », avec des impacts observés aussi bien dans l’industrie que dans les métiers à forte intensité intellectuelle. À plus long terme, la pollution affecte également le capital humain : « elle pourrait réduire la productivité future, en affectant les performances scolaires et en freinant l’innovation », avec un recul estimé de 7,2 % du nombre de brevets après un choc de pollution. Malgré une baisse significative des émissions depuis 2005 (- 60 % pour les NOx et – 54 % pour les PM2,5), la qualité de l’air demeure au-dessus des recommandations de l’OMS dans de nombreuses zones. « Les progrès réalisés restent néanmoins insuffisants », souligne la direction générale du Trésor, confirmant qu’au-delà de l’enjeu sanitaire, la pollution de l’air constitue désormais un déterminant durable de la performance économique française.

Électricité : les leçons d’une panne historique en Espagne et au Portugal

La méga-panne électrique qui a paralysé la péninsule Ibérique le 28 avril 2025 n’a rien d’un accident isolé, mais résulte d’un « cocktail parfait » de défaillances techniques et structurelles, selon les conclusions rendues publiques par un groupe de 49 experts européens. Cette crise, qualifiée de « plus grave panne du système électrique européen depuis plus de 20 ans » selon Damian Cortinas à la tête du conseil exécutif d’ENTSO-E, met en lumière les fragilités d’un réseau confronté à des transformations rapides, notamment avec la montée en puissance des énergies renouvelables. Le rapport pointe notamment « l’inefficacité du contrôle de la tension » dans le système électrique espagnol. Une succession de fluctuations et d’oscillations a entraîné des déconnexions en chaîne des moyens de production, en particulier ceux reposant sur des technologies à convertisseur, largement utilisées dans l’éolien et le solaire. En quelques minutes, ces déséquilibres ont provoqué un effondrement généralisé du réseau, privant simultanément d’électricité l’Espagne et le Portugal. Mais les experts insistent sur l’absence de cause unique. « Il n’y a pas de cause unique. C’était un cocktail parfait de multiples facteurs en interaction », souligne le rapport, évoquant à la fois des vulnérabilités techniques, une gestion insuffisante des surtensions et un contexte de forte sollicitation du réseau. Cette combinaison a abouti à une réaction en cascade que les systèmes de sécurité n’ont pas su contenir. Les conséquences ont été immédiates et massives : transports à l’arrêt, réseaux de communication coupés, systèmes bancaires inopérants.

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