Veolia, Waga Energy et Engie signent le plus long BPA de France

Le site de Veolia à Claye-Souilly équipée d’une Wagbox produit 120 GWh de biométhane chaque année, soit la consommation d’environ 20 000 foyers ou l’alimentation annuelle de 480 bus alimentés au biogaz et permettrait d’éviter l’émission « d’environ 20 000 tonnes d’eqCO2 en réduisant l’usage du gaz naturel fossile. ©Waga Energy

Publié le 29/05/2024

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Le 28 mai, Waga Energy et Veolia ont annoncé la signature d’un biomethane purchase agreement, plus communément appelé « BPA », avec l’énergéticien Engie. D’une durée de 13 ans, ce contrat est le plus long signé à ce jour en France. Pour massifier le développement de la filière de biométhane en France, les BPA seront amenés à se multiplier dans les prochaines années, alors que de plus en plus d’acteurs font part de leur intérêt pour sécuriser leurs approvisionnements avec une énergie renouvelable et locale.

Par Laura Icart

 

Si, pour le spécialiste de la production de biométhane sur les sites de stockage des déchets Waga Energy comme pour le groupe Engie, ce biomethane purchase agreement n’est pas le premier, il est en revanche le plus long jamais signé en France à ce jour puisque la durée prévue s’étale sur 13 ans. Ce contrat entre Waga Energy et Veolia, qui exploite depuis 2022 la plus grande unité de production de biométhane valorisant du biogaz issu d’une installation de stockage des déchets non dangereux (ISDND) française, située à Claye-Souilly (Seine-et-Marne), constitue une « étape importante » pour le développement de la filière française du biométhane, indiquent les acteurs.  

Une durée inédite pour un BPA

Donner aux industriels une vision de long terme tant sur le prix que sur la sécurisation du volume disponible, c’est l’un des objectifs majeurs des BPA, outre le fait de ne pas recourir aux deniers publics. En France, ces contrats, où le producteur s’engage à vendre le biométhane (énergie + garantie d’origine + certificat de durabilité éventuel) à un prix négocié entre les parties pendant une période donnée, sont encore peu développés, contrairement à l’Espagne ou aux États-Unis. Cela dit, quelques BPA – des contrats de gré à gré sans recourir au tarif avec obligation d’achat subventionné par le gouvernement français ont déjà été signés par Engie et par TotalEnergies avec des industriels sur des durées allant de trois à dix ans. « Avec cette collaboration, nous contribuons au développement d’une véritable filière de la production de gaz vert au niveau européen, indispensable pour la transformation écologique » souligne la directrice générale de Veolia, Estelle Brachlianoff dont le groupe devrait, via différents partenariats dont celui signé en 2022 avec TotalEnergies, accentuer sa présence en France et à l’international dans la production de biométhane issu d‘installations de traitement de déchets et d’eaux usées.

Compétitivité et volume 

Le site de Veolia à Claye-Souilly, dimensionné pour produire 120 GWh de biométhane, soit la consommation d’environ 20 000 foyers ou l’alimentation annuelle de 480 bus alimentés au biogaz véhicule (bioGNV), avait l’objet initialement d’une contractualisation avec un tarif d’achat subventionné. Avec ce BPA entré en vigueur au 1er mai, Engie va commercialiser du biométhane non subventionné, comprenez 100% valorisable pour ses clients industriels notamment  et « à un prix supérieur au prix subventionné » indique Mathieu Lefebvre, président-directeur général de Waga Energy. Car c’est bien tout l’enjeu des acteurs de la filière biométhane, alors qu’on reproche souvent à cette énergie de coûter trop cher : de montrer que non seulement les volumes sont disponibles mais que la compétitivité peut être aussi avérée avec en ligne de mire un partage de la valeur pour l’ensemble des acteurs. Une durée et un tarif qui ont permis à Waga Energy de maintenir le financement de son unité de production via un crédit à long terme auprès de deux partenaires bancaires : le CIC et Arkéa banque entreprises et institutionnels. « Nous nous réjouissons de cette grande première dans le monde du gaz renouvelable » souligne Mathieu Lefebvre. Il s’agit également de pouvoir répondre à l’un des objectifs majeurs de Waga Energy – outre celui de transformer une pollution en énergie : celle de fournir « un biométhane compétitif et accessible ». Il faut dire que son entreprise basée en Isère, qui a connu un développement fulgurant depuis avril 2017 et l’installation de sa première Wagabox (une première mondiale à l’époque), en exploite désormais 24 dans le monde pour une capacité installée de quasi 1 TWh.

De la valeur à la valeur

La question de la valeur ajoutée est très souvent évoquée lorsque l’on parle de production de biométhane et plus généralement de gaz renouvelables. Dans une étude (« Beyond energy : monetising biomethane’s whole system benefits ») publiée en avril 2023, l’Association européenne du biogaz (EBA) revenait sur l’importance de monétariser l’ensemble des externalités positives de la méthanisation régulièrement mises en avant pour les nombreux services systémiques (emplois, traitement des déchets, engrais, production énergétique) qu’elles apportent aux territoires en favorisant les transitions agroécologiques et énergétiques. Cette valeur sociétale, ce partage de la valeur seront de plus en plus importants dans les années à venir car beaucoup de décisions, publiques comme privées, pourraient y être conditionnées.