Quatre infos à retenir cette semaine

En bref...
17/05/2026
10 min
Baisse du prix repère du gaz en France, interrogations sur le coût du réseau allemand d’hydrogène, appels européens à accélérer les infrastructures énergétiques et débat sur le coût de la sûreté nucléaire : plusieurs publications et réunions intervenues cette semaine mettent en lumière les enjeux financiers, industriels et réglementaires qui accompagnent la transition énergétique en Europe.

Par Gaz d’aujourd’hui

Gaz : le prix repère recule de 4,8 % en juin après la détente des marchés

La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a annoncé, le 11 mai, une baisse de 4,8 % TTC du prix repère de vente de gaz (PRVG) au 1er juin, dans le sillage du reflux des cours européens du gaz observé en avril après les tensions provoquées par le conflit au Moyen-Orient. Le prix repère s’établira ainsi à 152,86 euros TTC par MWh, contre 160,54 euros en mai. Selon la CRE, cette évolution se traduira par une diminution moyenne de 1,26 euro TTC sur la facture de juin pour les ménages disposant d’une offre indexée sur ce référentiel. « Seule la part approvisionnement évolue au 1er juin 2026 », précise l’autorité, rappelant que les coûts d’acheminement et les taxes demeurent inchangés à cette date. Depuis la disparition des tarifs réglementés de vente du gaz, le 1er juillet 2023, le PRVG sert d’indicateur de référence pour aider les consommateurs à comparer les offres des fournisseurs. Il ne constitue toutefois pas une offre commerciale directement accessible. Son calcul repose principalement sur les prix de marché du gaz observés sur la plateforme EEX, à travers les indices month ahead (80 %) et quarter ahead (20 %), auxquels s’ajoutent les coûts commerciaux, les certificats d’économie d’énergie et les coûts de réseau. La CRE souligne que cette baisse ne concerne pas les quelque 40 % de consommateurs résidentiels ayant souscrit des contrats à prix fixe. Au total, la France comptait encore 10,34 millions de ménages titulaires d’un contrat de gaz naturel à fin 2025.

Hydrogène : le pari allemand à 50 milliards d’euros

L’Allemagne a fait de l’hydrogène vert l’un des piliers de sa stratégie énergétique et industrielle. Berlin espère ainsi concilier trois objectifs majeurs : atteindre la neutralité carbone, réduire sa dépendance énergétique après la crise du gaz russe et préserver la compétitivité de son appareil industriel. Mais ce pari technologique pourrait s’avérer beaucoup « plus coûteux que les estimations officielles ne le laissent entendre ». Dans un rapport publié le 13 mai, l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA) estime que le futur réseau national allemand d’hydrogène pourrait représenter un engagement financier proche de 50 milliards d’euros, bien au-delà des 19,8 milliards annoncés jusqu’ici par les autorités. Cette réévaluation inclut notamment les coûts de financement, la reconversion d’infrastructures existantes et les dépenses de maintenance. Le projet n’en est encore qu’à ses débuts : seulement 4 % du réseau prévu ont été achevés. Pourtant, les opérateurs anticipent déjà au moins 5 milliards d’euros de surcoûts supplémentaires. Le modèle économique du réseau repose sur l’hypothèse d’une forte hausse de la demande d’hydrogène d’ici 2040, afin que les infrastructures puissent être rentabilisées grâce aux tarifs de transport payés par les utilisateurs. Or, selon l’IEEFA, cette hypothèse apparaît de plus en plus fragile. L’hydrogène vert reste durablement coûteux à produire et les scénarios officiels surestimeraient probablement son adoption dans plusieurs secteurs clés, notamment le chauffage, la production d’électricité et les transports.

Le rapport souligne également l’écart grandissant entre les ambitions affichées et la réalité industrielle. L’objectif allemand de disposer de 10 GW de capacités d’électrolyse d’ici 2030 semble aujourd’hui très éloigné : à peine un huitième des projets envisagés ont atteint une décision finale d’investissement. Pour le think tank, le risque budgétaire est désormais « potentiellement massif ». Dans l’hypothèse d’un déploiement limité de l’hydrogène, les dépenses publiques additionnelles pourraient atteindre jusqu’à 45 milliards d’euros. L’essentiel de cette somme proviendrait de coûts d’infrastructures non récupérés, notamment près de 34,7 milliards d’euros liés au réseau de pipelines. Le rapport avertit enfin que « le plus grand risque budgétaire n’est sans doute pas celui des infrastructures devenues obsolètes, mais plutôt celui d’infrastructures suffisamment efficaces pour enfermer durablement l’économie dans des subventions à la demande généralisées et sans limite de durée ».

À Chypre, l’Union européenne veut accélérer sa souveraineté énergétique

Réunis le 13 mai 2026 à l’occasion de la réunion informelle des ministres européens de l’Énergie organisée sous présidence chypriote du Conseil de l’UE, les États membres ont affiché leur volonté de renforcer la sécurité énergétique du continent face aux tensions géopolitiques persistantes et à la volatilité des marchés. Autour du ministre chypriote de l’Énergie Michael Damianos, les représentants des Vingt-Sept, accompagnés des pays de l’AELE, de l’Ukraine et de la Moldavie, ainsi que du commissaire européen à l’Énergie Dan Jørgensen, ont plaidé pour une accélération du stockage électrique, du développement des énergies renouvelables locales et des infrastructures stratégiques européennes. « La sécurité énergétique, une coordination renforcée entre les États membres et des partenariats fiables sont indispensables pour l’avenir de l’Europe », a déclaré Michael Damianos, estimant qu’« une véritable union de l’énergie » ne pourra émerger qu’en conciliant « sécurité, accessibilité et durabilité ». Dans un contexte marqué par les répercussions de la crise énergétique de 2022 et par les tensions persistantes au Moyen-Orient, les ministres ont souligné que les fluctuations des prix du gaz et de l’électricité continuaient de fragiliser les ménages et les industries européennes les plus énergivores. Les discussions ont notamment porté sur le rôle central du stockage dans la décarbonation du système électrique européen, les États membres appelant à combler rapidement le déficit d’investissements attendu au cours de la prochaine décennie. Les participants ont également insisté sur la nécessité de lever les obstacles réglementaires au déploiement des capacités de stockage, de renforcer les chaînes d’approvisionnement industrielles européennes et de développer les interconnexions énergétiques afin de garantir un marché intérieur plus intégré. Enfin, les débats ont mis en lumière le rôle que pourrait continuer de jouer le gaz naturel après 2030, notamment comme support au développement de l’hydrogène, dans le cadre des objectifs climatiques de l’Union européenne.

Nucléaire : l’Institut Montaigne ouvre le débat sur le coût réel de la sûreté

Dans une tribune publiée le 15 mai, par l’Institut Montaigne, Pierre Jérémie, ancien directeur adjoint du cabinet d’Agnès Pannier-Runacher au ministère de la Transition énergétique, remet en cause l’approche française de la sûreté nucléaire fondée sur une logique de « quoi qu’il en coûte ». L’auteur estime que la doctrine actuelle, fondée sur « l’amélioration permanente » des installations et l’alignement sur les « meilleures pratiques internationales », s’est progressivement affranchie de toute véritable analyse économique. « Il existe un niveau économiquement optimal d’investissement dans la sûreté, à savoir celui où un euro additionnel investi rapporte exactement un euro en moins de dommages évités », écrit-il, jugeant que ce seuil a « vraisemblablement été franchi » entre les premiers réacteurs REP français et les EPR de nouvelle génération. S’appuyant sur des études probabilistes de sûreté et sur les estimations de coûts de l’IRSN, Pierre Jérémie souligne que les gains de réduction du risque nucléaire apportés par l’EPR restent limités au regard de l’explosion des coûts de construction. Selon lui, le différentiel de sûreté aurait représenté entre 2 000 et 3 000 euros supplémentaires par kilowatt installé, alors que le gain collectif lié à la réduction du risque accidentel n’excéderait pas 1 000 euros par kilowatt. L’auteur rappelle néanmoins que les progrès réalisés depuis les années 1970 ont permis de réduire drastiquement la probabilité des accidents majeurs, notamment après Fukushima et grâce aux dispositifs de confinement renforcés des EPR. Mais il met en garde contre une « complexification » croissante des installations, des procédures et de la documentation technique susceptible, paradoxalement, de fragiliser la maîtrise opérationnelle des centrales. « Le progrès de l’intellectualisation de la sûreté entre experts ne risque-t-il pas, à un certain point, d’aller à l’encontre de la maîtrise réelle des conditions d’exploitation ? », interroge-t-il. Sans contester la pertinence du nucléaire dans le mix énergétique français, Pierre Jérémie appelle à replacer le coût de la sûreté au cœur du débat démocratique, estimant que le choix d’une sûreté maximale « ne découle pas de lois physiques », mais relève avant tout d’un arbitrage politique et sociétal.

Vous aimerez aussi