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En Bref...
21/12/2025
8 min

Le gouvernement a confié au député du Haut-Rhin Raphaël Schellenberger une mission ciblée pour identifier et lever les freins à l’électrification des sites industriels. Dans le Grand Ouest, le projet GOCO₂ achève sa concertation préalable, étape clé pour la décarbonation des filières ciment et chaux. La filière hydrogène se dote parallèlement d’une nouvelle gouvernance avec la nomination de Nicolas Brahy à la présidence de France Hydrogène, tandis que Lhyfe précise sa stratégie afin de consolider sa croissance, prioriser les marchés matures et renforcer sa trajectoire financière. 

Par la rédaction de Gaz d’aujourd’hui 

Industrie : Raphaël Schellenberger chargé de lever les freins à l’électrification

Le ministère de l’Économie a confié au député (non inscrit) du Haut-Rhin Raphaël Schellenberger une mission de six mois, à compter de janvier 2026, pour identifier et lever les freins à l’électrification des sites industriels. Un enjeu stratégique alors que la France dispose d’une électricité « abondante, compétitive et largement décarbonée » souligne Bercy dans son courrier, mais peine à transformer cet atout en projets concrets. Engagé sur les questions énergétiques, l’élu, ancien président de la commission d’enquête sur la perte de souveraineté énergétique de la France, entend rompre avec les constats généraux : « faire du qualitatif. L’analyse macro ne suffit pas. Il faut aller identifier, projet par projet, les freins. Donc énormément de terrain », explique-t-il à Gaz d’aujourd’hui. À partir de la liste des projets industriels identifiés par RTE et encore bloqués dans les tuyaux, le député prévoit de multiplier les déplacements pour « susciter de l’intérêt » et débloquer des situations parfois très locales. Au-delà de recommandations au gouvernement, la mission sera « très opérationnelle ». « Il y aura une part de travail de sous-préfet, avec des sollicitations des administrations au cas par cas pour lever des irritants, qu’ils soient liés à l’urbanisme, aux ICPE ou aux raccordements. » Raphaël Schellenberger veut formuler des « propositions concrètes : les financements sont-ils orientés au bon endroit ? Quid des enjeux de compétences dans les entreprises ? », autant de questions clés pour transformer le potentiel industriel français en projets électrifiés et rapidement déployables.

GOCO₂ : l’État industriel à l’épreuve du terrain

Le projet GOCO₂, pilier de la décarbonation des filières ciment et chaux dans le Grand Ouest, a franchi un cap politique et industriel avec la clôture de sa concertation préalable, dont la réunion de synthèse s’est tenue le 16 décembre à Saint-Nazaire. Engagée depuis fin septembre sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP), la démarche a donné lieu à 35 rencontres dans cinq départements, réunissant près de 1 500 participants. Un temps d’échanges nourris, marqué par des interrogations sur la pertinence du captage du CO₂, son financement et ses impacts territoriaux. « Continuer à produire du ciment et de la chaux en France est un enjeu de souveraineté industrielle. Face à l’urgence climatique, nous devons réduire au maximum nos émissions et, en dernier recours, capter le CO₂ résiduel », a défendu Jean-François Bricaud, directeur décarbonation de Heidelberg Materials France. Autre point sensible, le financement d’un projet estimé à 2,5 milliards d’euros : « GOCO₂ repose sur des financements privés mais requiert aussi des soutiens publics, indispensables pour déployer des infrastructures utiles demain à l’économie du Grand Ouest », a souligné Thomas de Charette, pour Lafarge Ciments. Sur l’impact climatique, Vincent Lelong, chez Lhoist, a insisté : « Notre ambition est d’éviter 2,2 millions de tonnes de CO₂ par an. Les chiffres seront affinés, mais l’impact positif sera réel dès la première année. » Les échanges ont également porté sur les tracés des canalisations et le stockage du CO₂, appelant à un dialogue prolongé avec les collectivités, le monde agricole et les associations. « La concertation a fait émerger une demande forte de dialogue de proximité, que nous poursuivrons dans les mois à venir », a confirmé Laurent Muzart, pour Natran. Alors que la concertation préalable s’achève officiellement le 19 décembre, le projet entre désormais dans une phase de concertation continue, sous l’égide de la CNDP, illustrant la volonté des industriels d’ancrer durablement ce projet stratégique dans le débat public et les territoires.

Nicolas Brahy nommé président de France Hydrogène

Après 18 mois de travaux et dans un contexte moins florissant qu’imaginé il y a un an, l’association France Hydrogène s’est dotée de nouveaux statuts et d’un conseil d’administration entièrement renouvelé, élu pour trois ans, afin de « mieux répondre aux défis d’une filière arrivée à un moment charnière ». Philippe Boucly, président depuis huit ans et figure de l’essor de l’hydrogène français depuis le plan Hulot de 2018 jusqu’à la révision récente de la stratégie nationale hydrogène, passe le relais après avoir contribué à structurer une filière en pleine accélération industrielle. Dans un contexte marqué à la fois par des avancées concrètes et des incertitudes réglementaires et industrielles, France Hydrogène entend désormais « clarifier ses priorités et renforcer l’unité de ses acteurs ». France Hydrogène a confié sa présidence à Nicolas Brahy, figure reconnue de la filière hydrogène en France et en Europe, à l’issue de son assemblée générale du 16 décembre. Fort de 16 années d’engagement dans le développement de l’hydrogène, il a contribué dès 2009 à la structuration des politiques européennes au sein du Clean Hydrogen Partnership, avant de cofond­er Hydrogen Europe et d’en faire un acteur central des stratégies énergétiques du continent. Plus récemment, il a participé à la création de Hy24, première plateforme mondiale d’investissement dédiée à l’hydrogène. En prenant la tête de France Hydrogène, Nicolas Brahy entend porter la voix de l’ensemble des acteurs de la filière à un moment clé de son développement, avec pour priorités le soutien aux projets industriels, la consolidation des politiques publiques et le renforcement de l’unité d’une filière stratégique pour la décarbonation et la réindustrialisation du pays. 

Lhyfe affine sa stratégie pour consolider sa croissance

Lhyfe poursuit sa trajectoire de croissance tout en ajustant son cap stratégique. Le producteur nantais d’hydrogène vert, coté sur Euronext, a confirmé jeudi viser un chiffre d’affaires d’environ 10 millions d’euros en 2025, soit un doublement en un an, après être passé de 1 à 5 millions d’euros entre 2023 et 2024. Fort de six sites de production en exploitation ou en construction en France et en Allemagne, totalisant 22 MW installés et une capacité appelée à progresser de 70 % d’ici 2026, le groupe s’appuie sur une supply chain déjà pleinement opérationnelle – plus de 1 000 livraisons réalisées auprès d’une soixantaine de clients dans neuf pays européens. Dans un contexte européen jugé encore trop lent sur le plan réglementaire, Lhyfe adapte toutefois sa feuille de route : l’entreprise priorise ses projets sur les marchés les plus matures et existants, notamment la mobilité, l’industrie au Royaume-Uni et les raffineries en Europe, tout en conservant un portefeuille de 55 projets pour accompagner l’évolution future de la demande. Elle annonce également un recentrage de son ingénierie sur ses métiers cœurs, avec l’externalisation de l’EPC pour ses prochains projets industriels et une discipline financière renforcée : dès 2026, le groupe vise une réduction de ses coûts d’environ 30 %. Objectif affiché : accélérer l’atteinte de l’équilibre économique et démontrer que l’hydrogène vert peut désormais conjuguer croissance industrielle et soutenabilité financière, tout en s’imposant comme un pilier européen de la décarbonation de l’industrie et de la mobilité.

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