Prix des carburants : la suppression des CEE jugée « illusoire » par les professionnels

05/10/2026
5 min

Alors que la flambée des prix à la pompe relance le débat sur le coût des certificats d’économie d’énergie, 18 organisations professionnelles mettent en garde dans la Tribune ce 3 octobre contre leur suppression. Elles rappellent que ce dispositif finance chaque année plusieurs milliards d’euros d’aides à la rénovation et à l’électrification, au moment même où les ventes de voitures électriques accélèrent en France.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

La hausse des prix des carburants ravive une vieille controverse : faut-il suspendre les certificats d’économie d’énergie (CEE) pour alléger la facture des automobilistes ? Pour 18 organisations professionnelles du bâtiment, des énergies renouvelables, de l’électrification et des technologies énergétiques, la réponse est clairement non. Dans une tribune publiée samedi, elles jugent cette piste « illusoire » sur le plan du pouvoir d’achat et surtout « dangereuse » pour la transition énergétique.

Un mauvais calcul

Le principe des CEE repose sur une obligation imposée aux fournisseurs d’énergie, dont les distributeurs de carburants, de financer des actions réduisant la consommation énergétique. Certains élus et acteurs de la grande distribution estiment qu’une suspension du dispositif permettrait aux fournisseurs de répercuter l’économie réalisée sur les prix de l’essence et du gazole. Des baisses pouvant aller jusqu’à 25 centimes par litre ont parfois été évoquées. Les professionnels contestent cette équation. Selon eux, supprimer les CEE n’aurait qu’un impact limité sur les prix affichés en station, tout en privant la transition énergétique d’une source majeure de financement. Le dispositif représente, selon les organisations signataires, entre 8 et 10 milliards d’euros d’aides par an, destinées notamment à la rénovation énergétique des bâtiments, au remplacement des équipements de chauffage, à l’électrification des usages ou encore à la lutte contre la précarité énergétique.

L’automobile électrique au cœur du débat

Le sujet prend une dimension particulière alors que les CEE jouent désormais un rôle croissant dans le financement de la mobilité électrique. Le bonus financé par le dispositif contribue notamment à soutenir l’achat de véhicules électriques et le leasing social. La semaine dernière, plusieurs organisations professionnelles comme la Plateforme automobile française ou le réseau Mobilians écrivaient au Premier ministre pour lui demander de sécuriser le dispositif. Les chiffres du marché automobile illustrent cette dynamique. En septembre, les immatriculations de voitures particulières neuves ont progressé de 11,6 % sur un an, à 156 629 unités. Les modèles électriques représentent désormais 42 % des ventes, quasiment au niveau des hybrides, à 43 %. En incluant les hybrides rechargeables, les véhicules électrifiés atteignent 48 % du marché. Cette progression repose toutefois largement sur les aides publiques et parafiscales. Selon AAA Data, les particuliers, soutenus notamment par le leasing social et le bonus CEE, constituent le principal moteur de la croissance du marché électrique. La Plateforme automobile souligne elle aussi que ces dispositifs permettent au marché de s’installer, tout en reconnaissant sa forte dépendance aux aides à l’achat. Le contraste avec les motorisations thermiques est saisissant. Les ventes de voitures essence ont reculé de 39 % sur un an en septembre, tandis que celles de diesel se sont effondrées de 62 %, ne représentant plus que 2 % du marché. Un recul accentué par la hausse de la fiscalité et par des prix des carburants restés à des niveaux très élevés dans un contexte de tensions géopolitiques.

Un débat autant budgétaire qu’énergétique

La controverse dépasse donc la seule question des prix à la pompe. Pour les défenseurs des CEE, « suspendre le dispositif reviendrait à réduire les moyens consacrés à la sortie progressive des énergies fossiles au moment même où les ménages subissent de plein fouet leur renchérissement ». Les organisations professionnelles reconnaissent néanmoins les faiblesses du système : complexité administrative, instabilité des règles et fraudes ont régulièrement alimenté les critiques. Elles plaident pour davantage de contrôles, de sanctions et de simplification, mais écartent une suppression pure et simple.

Le débat devrait rester vif tant que les carburants demeureront sous pression. L’annonce de l’Union européenne de débloquer des millions de litres d’essence ne devrait réduire que temporairement le coût à la pompe. D’un côté, les partisans d’une suspension des CEE mettent en avant l’urgence du pouvoir d’achat. De l’autre, les professionnels de la transition énergétique rappellent que ces certificats financent précisément les équipements — voitures électriques, pompes à chaleur ou rénovation des logements — censés réduire durablement la dépendance des ménages au pétrole et au gaz. Et comme toujours, le débat fin du monde vs fin du mois reste plus que jamais présent.

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