Lhyfe inaugure le premier projet offshore d’hydrogène renouvelable au monde

L’électrolyseur de 1 MW fabriqué par Plug sera le premier électrolyseur capable de fonctionner sur une plateforme flottante. Les premières molécules d’hydrogène ont déjà été produites à quai.

Publié le 23/09/2022

5 min

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À Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), au cœur des Chantiers de l’Atlantique, Lhyfe a inauguré le 22 septembre un démonstrateur de production d’hydrogène renouvelable en mer (offshore). Une première mondiale et un potentiel très important en devenir pour la pure player nantaise qui produit déjà de l’hydrogène renouvelable à partir d’éolienne sur terre. Si à horizon 2030, Lhyfe dispose déjà d’un pipeline commercial représentant une capacité totale de production installée de 9,8 GW, l’hydrogène offshore pourrait ajouter près de 3 GW de capacités supplémentaires à son portefeuille.

Par Laura Icart  

 

Créée en 2017 par Matthieu Guesné, on n’arrête plus l’entreprise Lhyfe dont l’ambition affichée est de produire de l’hydrogène à partir d’énergies renouvelables locales en continu et « à prix compétitif ». « Il y a ceux qui le disent et ceux qui le font » déclare tout sourire le fondateur de Lhyfe alors qu’une centaine de personnes est réunie autour de lui pour inaugurer la plateforme Sealhyfe, petit concentré de technologie abritant un prototype d’électrolyseur d’1MW de type PEM (membrane à échange de protons), directement alimenté par des éoliennes offshore, le premier selon son concepteur, la société américaine Plug Power, « capable de produire sur une plateforme flottante ».

Une première mondiale 

Le projet Sealhyfe ouvre donc de nouvelles perspectives et pas n’importe lesquelles : celles de maximiser les rendements énergétiques des éoliennes en mer. « Pour décarboner la mobilité, l’industrie, tout est possible, tout est faisable si on passe à l’échelle » déclare tout sourire le patron de Lhyfe, Matthieu Guesné. Et passer à l’échelle rapidement c’est bien l’intention de Lhyfe et de ses principaux partenaires dans ce projet, Geps Techno, Plug, les Chantiers de l’Atlantique, l’École centrale de Nantes,  Eiffage énergie système, Kraken Subsea Solutions et le Port de Saint-Nazaire qui ont conçu et accompagné cette plateforme flottante qui doit relever de nombreux défis, techniques, technologiques et environnementaux. Des défis qui doivent lui permettre, d’ici 18 mois, de produire à pleine capacité jusqu’à 400 kilos d’hydrogène renouvelable par jour, soit une puissance de 1 MW. Car c’est bien un contexte de production « inédit » rappellent les partenaires du consortium où il va falloir entre autres tout à la fois convertir la tension électrique provenant de l’éolienne flottante, désaliniser l’eau et la purifier tout en gérant l’impact du mouvement de la plateforme sur les équipements et en faisant face aux multiples aléas environnementaux d’une production en pleine mer, le tout dans un milieu complètement isolé où tout doit être pilotable à distance.

Objectif : 400 kilos par jour d’hydrogène renouvelable

Le projet Sealhyfe, c’est un assemblage de plusieurs technologies et d’un savoir-faire industriel innovant qui réunit sur une barge flottante houlomotrice de GEPS Techno, l’unité de désalinisation de Lhyfe combinée à l’électrolyseur de Plug Power. Et si les premières molécules d’hydrogène renouvelable ont déjà produites à quai, « depuis trois semaines » indique Thomas Créach, directeur technique de Lhyfe, l’objectif de Lhyfe est bien de la tester rapidement  en mer « dans six mois environ » et plus exactement à 20 kilomètres des côtes, au large du Croisic, sur le site d’essais en mer SEM-REV opéré par Centrale Nantes. « Le dispositif y sera alors alimenté en électricité par l’éolienne flottante installée en 2018 sur le site d’essais en mer, un dispositif pionnier et encore unique en France » précise le communiqué. Pour Lhyfe, qui va tester cette plateforme durant dix-huit mois et réaliser les adaptations nécessaires, « le pari est déjà réussi ». Celui de créer en très peu de temps un écosystème local dédié en rassemblant des acteurs, « des sachants » comme les appelle Matthieu Guesné, et d’arriver concrètement à la réalisation d’un site pilote pour une production d’hydrogène renouvelable favorisant l’émergence de l’éolien offshore et s’ouvrant par là même les marchés de la mer du Nord et de la mer Baltique. Le projet Sealhyfe est d’ailleurs soutenu financièrement par l’Agence de la transition écologique (Ademe) et par la région des Pays de la Loire, « une région où un emploi sur sept est industriel » rappelait le délégué à l’industrie de la région pays de Loire, Richard Thiriet. « Nous souhaitions aller vite et nous avons trouvé ici [en Pays-de-la Loire, NDLR] un soutien rapide efficace qui a mis à disposition tous les moyens pour nous permettre de performer rapidement » souligne Matthieu Guesné.

Massifier la production d’hydrogène renouvelable

Que ce soit sur terre ou en mer, Lhyfe multiplie les projets en France, au Danemark, en Allemagne, en Pologne et devrait exporter rapidement son savoir-faire aux États-Unis ou encore en Asie. L’entreprise dispose déjà d’un pipeline commercial représentant une capacité totale de production installée de 9,8 GW à l’horizon 2030 et ne concerne que l’hydrogène sur terre. Une capacité qui devrait encore  augmenter avec de la production d’hydrogène offshore évaluée à horizon 2030-2035 à 3 GW. Elle multiplie également les partenariats, comme avec Plug Power avec qui elle prévoit de développer d’ici 2025 des usines de production d’hydrogène vert en Europe pour une capacité total de 300 MW. La société américaine a d’ailleurs signé en septembre son plus important contrat d’électrolyseurs en Europe (puissance à installer de 50 MW) avec l’entreprise française. D’ici 2024, cinq nouveaux sites de production d’hydrogène renouvelable opérés par Lhyfe seront annoncés en Europe, dont trois en France.

Crédit : Laura Icart.