Les grands chantiers qui attendent Emmanuel Macron réélu président de la République

Le président français Emmanuel Macron lors d'une réunion avec le gouverneur de l'Espagne au Palais présidentiel d'Elysée à Paris, le 21 mars 2022.

Publié le 25/04/2022

7 min

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Hier soir, Emmanuel Macron a été réélu président de la République, devançant la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen. Le président a promis « cinq ans de mieux » avec de nombreux défis majeurs à relever. Et en premier lieu, celui du climat et de la transition écologique et énergétique : sortie des énergies fossiles, sobriété, développement des renouvelables, baisse des émissions de gaz à effet de serre, décarbonation des usages, dans un contexte social difficile, marqué par une inflation record et des prix de l’énergie au plus haut depuis des mois.

Par la rédaction de Gaz d’aujourd’hui

 

Il y a quelques semaines, le rapport des experts climat de l’ONU (Giec) exhortait les dirigeants du monde à aller plus vite et plus loin dans leurs actions pour réduire les effets du réchauffement climatique. Et si le président de la République promet de gouverner « différemment » avec plus de « concertation », celui qui a annoncé faire de l’écologie la priorité de son nouveau quinquennat devrait très rapidement annoncer la couleur, avec un projet de loi de finances rectificative (intégrant notamment l’extension du bouclier tarifaire et la ristourne sur le carburant) et une loi de simplification pour les énergies renouvelables attendus dès cet été.

Réduire les émissions

Un des grands défis de ce nouveau quinquennat sera de mettre la France sur une trajectoire lui permettant d’atteindre l’objectif de baisse des émissions de 40 % d’ici à 2030 par rapport à 1990. Si les émissions de gaz à effet de serre ont considérablement chuté en 2020 en France de l’ordre de 10 %. Cette baisse liée en premier lieu à la crise pandémique n’est que conjoncturelle. Pourtant les émissions de GES ont bien diminué en France, le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa) observe une « baisse continue depuis 2017 ». Mais cette baisse en moyenne de 1,9 % chaque année s’avère toujours « insuffisante » selon le Haut Conseil pour le climat puisque son rythme devra quasiment doubler pour atteindre au moins 3 % dès 2021 et 3,3 % en moyenne sur la période 2024-2028. 

Réduire notre consommation d’énergie

 « Il n’y a pas de transition énergétique et climatique s’il n’y a pas une décarbonation de l’énergie produite, en particulier notre électricité. Il n’y a pas de vraie souveraineté s’il n’y a pas des choix que la nation peut porter et tenir en matière d’énergie » soulignait il y a quelques semaines à Belfort Emmanuel Macron, présentant la stratégie énergétique de la France de demain. C’est un chantier colossal et indispensable pour atteindre la neutralité carbone, celui qui doit nous amener en moins de 30 ans à réduire de 40 % notre consommation d’énergie finale, selon la stratégie nationale bas carbone (SNBC). Si le président se refuse à pratiquer « l’austérité économique », les objectifs fixés par la SNBC conduisent à une réduction de notre consommation qui sera impossible sans le fameux combo sobriété (en grande partie liée à nos comportements) et efficacité (en grande partie liée à l’optimisation de nos équipements). À Marseille, le 16 avril, Emmanuel Macron a promis un Premier ministre « directement chargé de la planification écologique« , « appuyé par deux ministres forts ». Un ministre de la planification énergétique, qui aura pour mission de faire de la France la première grande nation à sortir des fossiles, et un ministre « chargé de la planification écologique territoriale » qui, dans un « agenda de décentralisation massive », va œuvrer pour « changer nos moyens de se déplacer au quotidien », « réinvestir sur le fluvial et le fret ferroviaire », « accélérer la rénovation des logements, au moins 700 000 par an sur les cinq ans qui viennent », ou encore « agir pour la qualité de l’eau, de l’air, de l’alimentation ». Le président a notamment inscrit dans son programme la possibilité pour les ménages modestes d’accéder à une offre de voitures électriques en location à partir de 100 euros par mois. 

La première nation à sortir des énergies fossiles

Il a notamment déclaré vouloir sortir « progressivement la France des énergies fossiles », faisant écho à une actualité qui met à mal notre dépendance française et européenne en la matière. Pour cela, il mise sur un combo énergie renouvelable et nucléaire. Si les énergies renouvelables ne représentent aujourd’hui que 20 % de notre mix énergétique, Emmanuel Macron compte amener cette part à 50 % d’ici 2050. Comment ? En investissant massivement dans l’hydrogène décarboné, en misant particulièrement sur l’éolien avec notamment la construction de 50 parcs éoliens en mer (soit 40 GW de puissance) et le doublement de l’éolien terrestre – actuellement 19 GW de capacités sont installées -, et le solaire avec l’objectif d’atteindre 100 GW au milieu du siècle, soit un facteur 10. La semaine dernière, France Énergie Éolienne annonçait que près de 14 milliards d’euros seraient reversés à l’État en fin d’année (dont plus de 6 milliards liés à l’éolien, le reste se partageant entre le solaire et l’hydroélectricité). Un programme qui signe surtout le retour en grâce du nucléaire puisqu’Emmanuel Macron prévoit de construire six nouveaux EPR2, la mise à l’étude huit autres et la prolongation au-delà de 50 ans de l’ensemble des réacteurs qui peuvent l’être. Également prévue : la mise en place d’un appel à projets d’un milliard d’euros sur les petits réacteurs modulaires de type SMR et « des réacteurs innovants ». Le président candidat compte ramener la part du nucléaire à 50 % du mix énergétique – elle est de 40 % aujourd’hui -, le reste étant dévolu aux énergies renouvelables. Emmanuel Macron veut faire de la France un leader de l’hydrogène mais aussi recréer sur les territoires des filières 100 % françaises dans le photovoltaïque, l’éolien ou pour les voitures électriques.

La SFEC, un travail au long cours

Les travaux de la future stratégie française sur l’énergie et le climat (SFEC), la feuille de route de la France pour atteindre la neutralité carbone, ont commencé début octobre via des ateliers réunissant différents acteurs du monde énergétique et climatique. La consultation publique s’est terminée le 15 février. La SFEC sera constituée de la première loi de programmation quinquennale sur l’énergie et le climat qui doit être adoptée avant la fin du premier semestre 2023 et déclinée par la stratégie nationale bas carbone et la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 2024-2033), qui seront « actualisées pour mettre en œuvre les orientations de cette loi, dans un délai d’un an suivant son adoption, c’est-à-dire avant le 1er juillet 2024 » souligne le MTE, qui précise que le plan national d’adaptation au changement climatique sera également intégré à la SFEC, pour « renforcer l’articulation entre les politiques d’atténuation et d’adaptation au changement climatique ». D’ici là, Emmanuel Macron prévoit « une large concertation du public » au second semestre 2022 sur l’énergie. Rappelons qu’un grand nombre d’acteurs, dont tout récemment le Conseil économique, social et environnemental (CESE), préconisent « un grand débat public national sur la stratégie française énergie climat (SFEC) » et réclament une « réelle coordination » entre État, régions et intercommunalités pour penser davantage l’énergie à une échelle territoriale. 

Crédit : Victor Joly/Shutterstock.