L’énergie, un bien « hors de prix » pour des millions de travailleurs européens

Les cours du gaz s’élevaient fin août à 15 fois leur niveau d’avant la pandémie de Covid-19 et à près du double de leur niveau de juillet, quand la Commission européenne a publié ses dernières prévisions économiques.

Publié le 12/09/2022

5 min

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La Confédération européenne des syndicats (CES) a publié la semaine dernière une étude soulignant que l’énergie devenait hors de prix pour des millions de travailleurs européens alors que les factures énergétiques s’envolent et que les salaires n’augmentent pas. Dans la majorité des États membres de l’UE, « la facture énergétique moyenne annuelle est aujourd’hui supérieure à un mois de salaire pour les travailleurs les moins bien rémunérés » notent les syndicats européens.

Par la rédaction de Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

 

La hausse du prix de l’électricité et du gaz rend les factures d’énergie de millions d’Européens inabordables, a alerté mardi la Confédération européenne des syndicats (CES) dans un communiqué. « Quelque 9,5 millions d’actifs avaient déjà des difficultés à acquitter leurs factures d’énergie avant que l’inflation ne s’envole pour atteindre le niveau record de 9,1% sur un an en août dans la zone euro », affirme la CES, qui se base sur une étude de l’Institut syndical européen. Elle était même de 9,8 % en juillet pour l’ensemble de l’Union européenne. 

Des factures de gaz et d’électricité qui explosent

Dans un contexte de crise énergétique d’une ampleur inédite, combinaison d’une multitude de facteurs et accentuée par la guerre en Ukraine, l’énergie est de plus en plus chère. Le risque de récession augmente dans l’UE, en raison notamment de la flambée des prix de l’énergie sur fond de guerre en Ukraine, notait le 8 septembre le commissaire européen à l’Économie, Paolo Gentiloni. « Nous pourrions bien nous diriger vers l’un des hivers les plus difficiles depuis des générations », a-t-il averti, dans un discours à Bruxelles. « Un certain nombre de signaux d’alarme clignotent au rouge : les prix de l’énergie ont battu de nouveaux records, l’inflation a continué à grimper, le climat économique se détériore. Et la guerre russe continue », a-t-il dit. De juillet 2021 à juillet 2022, le coût du gaz et de l’électricité a augmenté de 38 % à travers l’Europe « et il continue à grimper », porté par une inflation record. « Quand votre facture annuelle coûte plus d’un mois de salaire, il n’existe pas d’astuces pour économiser de l’argent« , s’alarme la secrétaire générale adjointe de la CES Esther Lynch, citée dans le communiqué. Selon elle, « ces prix ne sont tout simplement pas supportables pour des millions de citoyens ».

Plus d’un mois de salaire dans 16 pays de l’UE

Dans 16 États membres de l’Union européenne, dont la France, « les travailleurs payés au salaire minimum doivent mettre de côté l’équivalent d’un mois de salaire, voire plus, pour continuer à s’éclairer et se chauffer à domicile », déplorent les syndicats. En 2021, ce n’était le cas que dans 8 des 27 États membres de l’UE. En République tchèque, en Grèce et en Estonie, la facture énergétique annuelle correspondait en juillet (les prix ont augmenté depuis) à presque deux mois de salaire (salaire minimum de chaque pays membre). En Hongrie, en Roumanie et en France, la facture énergétique correspondait à un mois de salaire.

En 2022, un actif estonien doit ainsi travailler 26 jours de plus qu’en 2021 pour payer sa facture énergétique annuelle, et un actif néerlandais 20 jours supplémentaires, 17 pour un travailleur tchèque et 16 pour un letton. En Slovaquie, en Grèce, en République tchèque et en Italie, « la facture moyenne d’énergie annuelle représente désormais plus d’un mois de salaire pour un actif payé au salaire moyen » de son pays, détaille la CES. Des données qui « ne reflètent que le coût de l’énergie en juillet 2022 » alors que la spirale inflationniste gagne de nombreux secteurs, à commencer par celui de l’alimentation.

La CES demande une augmentation des salaires minimaux

Les syndicats ont appelé les gouvernements européens à « mettre un terme aux hausses de prix insoutenables ». Dans un plan en six points à l’adresse des décideurs du continent, ils demandent d’augmenter les salaires et en particulier les salaires minimaux « pour faire face aux augmentations du coût de la vie et assurer que les travailleurs reçoivent leur juste part des gains de productivité ». La CES a aussi appelé à plafonner les factures d’énergie et à taxer les bénéfices exceptionnels des entreprises énergétiques. « C’est immoral et il faut que les politiques s’attaquent à cette crise avant qu’elle ne coûte des vies cet hiver » alerte Esther Lynch. « Il est temps de veiller à de justes augmentations de salaire, à limiter les prix de l’énergie, à taxer les surprofits et à venir en aide aux ménages les plus pauvres » insiste-t-elle. Des demandes qui ont été à l’ordre du jour du conseil de l’énergie du 9 septembre, qui a notamment abordé la question d’un mécanisme de solidarité européen consistant à demander une contribution des entreprises fossiles (mais pas seulement) faisant des profits exceptionnels pendant cette période de crise, et qui pourrait être reversée aux ménages précaires. La CES invite également l’UE à investir « massivement dans les énergies vertes » et pointe « les conséquences des privatisations ».