L’Ariège voit ses premières molécules de biométhane injecté dans le réseau

Publié le 01/12/2021

4 min

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L’unité de méthanisation agricole Ariège biométhane a injecté en avril les premières molécules de gaz vert du département. Inaugurée officiellement ce 15 novembre, elle produira jusqu’à 8,9 GWh par an de gaz renouvelable via la valorisation de 17 000 tonnes de matières organiques de sept exploitations agricoles environnantes, principalement de l’élevage. La production représentera environ 6 % de la consommation gaz de la communauté de commune Portes d’Ariège Pyrénées.

Par Laura Icart

 

C’est en basse Ariège, entre Pamiers et Mirepoix, à Ludiès, petite commune d’une centaine d’habitants qu’est né le projet des frères Durand. À la tête de la SCEA des Seigneuries, à Saint-Félix-de-Tournegat, une exploitation de 400 hectares en grandes cultures dont une partie en production de semences, Maxime et Sébastien Durand cherchaient une valorisation des « pieds mâles de maïs » qu’ils utilisent pour féconder les pieds femelles indique l’association Solagro qui les a accompagnés tout au long du projet, de la conception au choix du maître d’ouvrage. Comme beaucoup d’agriculteurs, c’est l’intérêt agronomique du digestat et la possibilité de réduire fortement leurs consommations d’engrais chimiques qui ont poussé les deux frères à se lancer dans un projet de méthanisation en 2016. Leur projet initialement pensé avec une unité traitant uniquement leurs propres résidus végétaux s’est transformé en un projet plus collectif avec une unité capable de traiter les effluents de sept exploitations agricoles (en bovin lait, bovin viande et ovin), dans un rayon de moins de 8 km, ainsi que des Cives issues de silos de deux coopératives céréalières. 

17 000 tonnes de déchets agricoles valorisés

Au total, 17 000 tonnes d’intrants agricoles seront traités annuellement par Ariège Biométhane, principalement des fumiers et des lisiers de leurs voisins éleveurs, « un gain de temps et d’argent pour eux » souligne Maxime Durand, puisque « nous gérons directement les effluents ». Un service gagnant-gagnant en quelque sorte pour l’exploitant de l’unité car les éleveurs partenaires récupèrent également du digestat pour épandre sur leurs terres et n’ont plus à se préoccuper du stockage de leurs effluents. Au total, cette unité dimensionnée pour produire jusqu’à 8,9 GWh par an de gaz renouvelable, à hauteur de 90 Nm3 par heure de biométhane injecté, et qui a nécessité une extension de 6,5 kilomètres, permettra selon GRDF d’alimenter « l’équivalent de 1 800 logements implantés sur le territoire de la communauté de communes des Portes d’Ariège Pyrénées ». Seize mois de travaux auront été nécessaires pour construire cette unité, qui représente un investissement de plus de 5,7 millions d’euros, « dont 60 % de prestations à des entreprises ariégeoises » précise le communiqué, explicitant le fait que la valeur ajoutée de la méthanisation se trouve aussi dans les retombées économiques qu’elle génère sur les territoires où les unités sont construites. Le projet a également vu la création de quatre emplois locaux non délocalisables et permis de consolider 24 emplois locaux. La région Occitanie a investi plus de 900 millions d’euros.

Faire vivre une économie locale

Construite par Arkolia Énergies, producteur et constructeur de centrales d’énergie verte, selon un procédé de méthanisation en technologie infiniment mélangé, l’unité Ariège Biométhane est également équipée de panneaux photovoltaïques en autoconsommation sur la toiture du bâtiment de stockage du site. La centrale photovoltaïque qui produit 100 kWc par an permet d’alimenter en continu le procédé de méthanisation et d’épuration du biogaz avec une électricité renouvelable. Le site est également conçu pour récupérer un maximum d’eau de pluie qui alimente le process de méthanisation en limitant le recours à l’eau des réseaux agricoles.

Une mobilité au biométhane à développer

La première station bioGNV d’Ariège devrait ouvrir à la mi-décembre. Développé par la start-up montpelliéraine Seven Occitanie, cette station implantée sur la zone industrielle de Gabrielat, à proximité immédiate de l’A66 et de la RN 20, distribuera en partie du biométhane issu des unités de méthanisation du territoire. Après Ariège Biométhane, une deuxième unité, celle d’Arseme (Montault) a commencé à injecter dans le réseau de Teréga en juin dernier. Développer une mobilité avec du biométhane produit localement, en lien avec le schéma de cohérence territoriale (SCoT), c’est la volonté affichée de la communauté de communes, du syndicat départemental de l’énergie (SDE09) de GRDF et de Seven Occitanie qui insistent sur la dimension territoriale de ce projet et sur son potentiel de déploiement.