La solidarité gazière et électrique entre la France et l’Allemagne sera renforcée

Publié le 05/09/2022

6 min

Publié le 05/09/2022

Temps de lecture : 6 min 6 min

Emmanuel Macron s’est entretenu lundi 5 septembre avec le chancelier allemand Olaf Scholz sur la crise énergétique et sur les moyens dont l’Union européenne (UE) dispose pour répondre aux enjeux de sécurité d’approvisionnement mais aussi pour faire un point sur les mesures mises en place et à venir pour protéger les entreprises et les ménages. Et si les deux pays ont prévu de renforcer leurs échanges mutuels en gaz et en électricité pour surmonter la crise, le projet de gazoduc Midcat poussé par Madrid et Berlin n’est pas « une évidence » a souligné le président de la République.

Par Laura Icart  

 

Le président de la République s’est présenté devant la presse en rappelant les origines de la crise énergétique, accentuée par la guerre en Ukraine en soulignant la très grande dépendance de l’Union européenne au gaz russe (près de 50 % au début de l’année 2022 alors que le gaz représente un quart du mix énergétique de l’UE). Et s’il a rappelé la nécessité « d’accélérer la transition pour se passer des énergies fossiles » Emmanuel Macron estime que l’urgence est également à la maîtrise de l’inflation avec des « prix du gaz qui ont été multipliés par six » et « des prix de l’électricité ont atteint des niveaux qu’ils n’avaient jamais connu, avec des phénomènes spéculatifs extrêmement importants ».

Solidarité gazière vs solidarité électrique

Comme annoncé vendredi par la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher, la France va renforcer sa coopération avec l’Allemagne. Le président de la République a résumé cette solidarité par : « L’Allemagne a besoin de notre gaz et nous pourrions avoir besoin de leur électricité en hiver. » La France s’engage donc à livrer davantage de gaz à l’Allemagne qui serait également solidaire et se « mettra en situation de produire davantage d’électricité et de nous (en) apporter dans les situations de pic », a déclaré le président français qui a précisé que pour y parvenir « des infrastructures gazières entre les deux pays » seront « renforcées ». Le président fait surtout référence à un gazoduc qui doit être remis en service en Moselle et qui aura une capacité journalière de transport de l’ordre 130 gigawattheures (GWh) par jour. « L’Allemagne et la France travaillent depuis plusieurs semaines sur la réactivation de ce gazoduc et sur la question technique de l’odorisation et de la désodorisation » avait précisé il y a quelques semaines le cabinet de la ministre de la Transition énergétique.

Un prix plafonné pour le gaz russe et des achats groupés

Emmanuel Macron s’est dit favorable au plafonnement du prix du gaz russe. « Si la Commission venait à décider de mettre un plafond au prix du gaz acheté à travers les gazoducs à la Russie, la France soutiendra une telle mesure » a précisé le président de la République. Emmanuel Macron souhaite également que le principe d’achat groupé de gaz au sein de l’UE soit rapidement activé. Lors des université d’été du Medef, le député européen Pascal Canfin estimait que ce « projet n’avançait pas assez vite ».

Midcat : « Le besoin n’est pas là » selon Emmanuel Macron

Également évoqué lors de son entretien avec le chancelier allemand Olaf Scholz, le projet de gazoduc Midcat initié en 2013 et qui revient sur le devant de la scène aujourd’hui fortement poussé par Berlin et Madrid. Cette nouvelle interconnexion gazière doit doubler la capacité de transport de gaz de l’Espagne vers la France, grâce à 224 kilomètres de nouveaux tuyaux à travers les Pyrénées. Ce projet, qui avait fait beaucoup d’encre à l’époque, était évalué à près de 3 milliards d’euros dont plus de 2 milliards imputés à la partie française « pour créer des capacités représentant jusqu’à 15 % environ des consommations de gaz en France et en Espagne », n’avait pas recueilli à l’époque les faveurs du régulateur et de la plupart des acteurs français. Ils l’avaient estimé en août 2016 « trop coûteux mais également en totale inadéquation avec les besoins actuels sur le marché du gaz ». Si le président de la République n’a pas évoqué le coût, il a par contre parlé du « manque d’évidence du besoin aujourd’hui comme demain »  d’un nouveau gazoduc entre la France et l’Espagne. « Nous sommes prêts à développer toutes les interconnexions qui ont du sens » a déclaré le président français, insistant davantage sur le fait que l’UE avait selon lui davantage besoin « d’interconnexions électriques que gazières ». Il a évoqué « la réalité du besoin » qu’il n’estime à ce stade pas justifié. Depuis le début de la guerre, les deux gazoducs existants entre la France et l’Espagne « n’ont été utilisés qu’à 53 % de leurs capacités » a souligné le président français qui précise : « Quand je regarde les chiffres du mois d’août, le sens de la marche c’est que la France exporte du gaz vers l’Espagne. Aujourd’hui, à l’heure d’un pic gazier, je constate que les connexions existantes ne sont pas saturées et il n’y pas de besoin de l’Espagne d’exporter ses capacités gazières vers la France puisqu’elle en importe. Au moment où je vous parle les centrales à cycle combiné gaz pour produire de l’électricité en Espagne sont en sous-utilisation. » « Je ne comprends pas le problème à court terme que l’on essaie de résoudre » a ajouté Emmanuel Macron qui a déclaré que ce projet ne réglerait en rien le problème gazier européen. « C’est factuellement faux de dire que c’est le cas » a insisté Emmanuel Macron qui avance également des oppositions environnementales importantes.

La France favorable à un « mécanisme de contribution européenne« 

Le président français s’est également dit favorable à un mécanisme de contribution européenne afin de réduire les prix. « Nous défendons un mécanisme qui serait demandé aux opérateurs énergétiques » souligne Emmanuel Macron qui a précisé que « cette contribution pourrait être reversée à chaque État pour financer leurs mesures cibles nationales et éviter les pratiques spéculatives ».

La sobriété, le fil rouge

Enfin, le président français, à l’image de tout son gouvernement ces dernières semaines, a appelé les Français à être au rendez-vous de la sobriété en insistant sur le fait de baisser la climatisation et de « se caler sur une référence de chauffage à 19 degrés dans la pièce » et sur la nécessité d’atteindre la baisse de 10 % en deux ans. « C’est faisable » pour le président, en ayant « une responsabilité collective ». « Nous sommes déjà en train d’économiser l’énergie » a-t-il annoncé.