Hydrogène : la Commission alloue une aide de plus de 5 milliards au projet communautaire « Hy2Tech »

C'est plus de 14 milliards d'euros, au total ( 5,5 milliards d'euros d'aides publiques et 8,8 milliards d'investissements privés) qui seront alloués au développement d'un écosystème hydrogène dans l'UE.

Publié le 18/07/2022

10 min

Publié le 18/07/2022

Temps de lecture : 10 min 10 min

Cette décision était particulièrement attendue par les acteurs de l’hydrogène : la Commission européenne a autorisé le 15 juillet un financement public pouvant atteindre 5,4 milliards d’euros, dans le cadre du projet important d’intérêt européen commun (PIIEC). Baptisé « Hy2Tech », il réunit plus d’une quinzaine de pays et 45 entreprises intégrant l’ensemble des composantes de la chaîne de valeur de la technologie de l’hydrogène. La France est particulièrement bien positionnée avec des entreprises et des initiatives sur toute la chaîne de valeur.

Par L. I , avec AFP

 

Depuis la publication en juillet 2020 de la stratégie de l’Union européenne (UE) pour l’hydrogène et le lancement de l’alliance européenne pour un hydrogène propre, la construction d’un PIIEC hydrogène d’une nature inédite par son ampleur, aussi bien financière que transnational était  « en route » pour permettre à cette filière particulièrement stratégique pour l’UE d’accélérer significativement son rythme de développement. Le PIIEC, intitulé « Hy2Tech », a été élaboré et notifié conjointement par 15 États membres : l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, l’Estonie, la Finlande, la France, la Grèce, l’Italie, les Pays-Bas, la Pologne, le Portugal, la Slovaquie et la Tchéquie. Pour rappel, les PIIEC permettent aux États membres de l’Union européenne de participer au financement de projets industriels jugés essentiels pour la compétitivité de l’UE au-delà des limites habituelles des aides d’État, normalement très encadrées par la législation européenne.

« Le projet « Hy2Tech » est un exemple de coopération européenne véritablement ambitieuse pour un objectif commun essentiel. Il montre également comment la politique de concurrence fonctionne de concert avec l’innovation de rupture » a déclaré la vice-présidente exécutive chargée de la politique de concurrence, Margrethe Vestager

Une aide publique jusqu’à 5,4 milliards d’euros

Les États membres fourniront un financement public pouvant aller « jusqu’à 5,4 milliards d’euros, qui devraient mobiliser 8,8 milliards d’euros supplémentaires d’investissements privés » a précisé la Commission lors d’une conférence de presse le 15 juillet. Dans le cadre de ce PIIEC, 35 entreprises exerçant des activités dans un ou plusieurs États membres, y compris des petites et moyennes entreprises (PME) et des jeunes pousses, participeront à 41 projets. Il rassemble des acteurs travaillant sur la production d’hydrogène, comme Enel, des spécialistes des piles à combustibles (Bosch, Symbio…), des acteurs du transport et stockage de l’hydrogène (Faurecia, Plastic Omnium…) et des fabricants de véhicules de transports routier, naval et ferroviaire (Alstom, Daimler Truck, Fincantieri, Iveco…). « Le projet d’aujourd’hui est un exemple de coopération européenne véritablement ambitieuse pour un objectif commun essentiel. Il montre également comment la politique de concurrence fonctionne de concert avec l’innovation de rupture » a déclaré la vice-présidente exécutive chargée de la politique de concurrence, Margrethe Vestager. L’UE attend des participants directs « une étroite coopération les uns avec les autres », dans le cadre des nombreuses collaborations prévues, « ainsi qu’avec plus de 300 partenaires externes, comme des universités, des organismes de recherche et des PME de toute l’Europe » ajoute la Commission qui précise que le calendrier du PIIEC « varie » en fonction des projets individuels et des entreprises concernées. « Cette décision de financement très attendue est une étape importante dans l’accélération du déploiement des technologies de l’hydrogène à grande échelle » a réagi Hydrogen Europe. « Le secteur a travaillé dur pour développer et affiner les concepts, les analyses de rentabilité et les partenariats adéquats pour des projets qui permettront de réduire réellement les émissions de CO2 à moindre coût pour les contribuables » souligne Jorgo Chatzimarkakis, le PDG de Hydrogen Europe qui ajoute que cette décision arrive également « au bon moment pour aider à réduire la dépendance aux combustibles fossiles, dans le contexte de la crise énergétique actuelle ».

Une filière stratégique pour la décarbonation de l’économie

« L’hydrogène recèle un énorme potentiel pour l’avenir. Il s’agit d’un élément indispensable à la diversification des sources d’énergie et à la transition écologique » a tenu à souligner Margrethe Vestager. Car il est vrai que l’hydrogène est appelé à jouer un rôle central pour permettre à l’industrie de produire de l’acier, du ciment ou des produits chimiques et pharmaceutiques sans émettre de CO2. Pour cela, il devra être lui-même renouvelable, c’est-à-dire issu d’une électrolyse de la molécule d’eau (H2O) qui sépare l’hydrogène et l’oxygène grâce à de l’électricité générée à partir d’énergies bas carbone. Cet hydrogène pourrait ainsi remplacer le charbon dans l’industrie et permettre de stocker les énergies renouvelables intermittentes, solaire ou éolienne, via les piles à combustible. Les transports lourds (trains, navires, véhicules utilitaires routiers…) pourraient aussi recourir à l’hydrogène pour remplacer leurs carburants fossiles.

 

Sécurité énergétique et compétitivité industrielle

 « Promouvoir le développement et le déploiement de l’hydrogène propre en Europe est essentiel pour notre sécurité énergétique, notre décarbonation et la compétitivité de notre industrie« , a commenté Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur. Pour éviter les distorsions de concurrence, les aides d’État sont strictement encadrées dans l’UE. Mais les règles européennes permettent de soutenir des filières stratégiques notamment quand elles contribuent à des objectifs prioritaires comme la lutte contre le changement climatique. Bruxelles estime que les aides publiques au projet  » Hy2Tech  » sont nécessaires, les mécanismes de marché ne permettant pas à eux seuls de faire naître ces technologies de rupture en raison des risques financiers de ces investissements pour les entreprises. Selon Hydrogen Europe, les prochaines vagues se concentreront « sur la décarbonisation de l’industrie, l’infrastructure et la mobilité respectivement et sont cruciales pour soutenir le leadership technologique de l’Europe dans la réalisation de l’objectif de 2030 de 20 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable ». L’association, qui représente plus de 350 entreprises, une trentaine d’associations nationales et plus de 20 régions de l’UE, invite les États membres « à notifier dès que possible les vagues de PIIEC en préparation ».

20 000 emplois à la clé 

Le projet est prévu pour couvrir une grande partie de la chaîne de valeur de la technologie de l’hydrogène, de la production d’hydrogène aux piles à combustible mais aussi le stockage, le transport et la distribution de l’hydrogène en passant par les applications d’utilisation finale. Pour les applications, c’est principalement le secteur de la mobilité qui est concerné. Il devrait contribuer « au développement d’importantes avancées technologiques, y compris de nouveaux matériaux d’électrodes à haute efficience, des piles à combustible plus performantes, des technologies de transport innovantes, parmi lesquelles des technologies de mobilité hydrogène déployées pour la première fois » indique la Commission. Un PIIEC qui devrait créer environ 20 000 emplois directs.

La France particulièrement bien positionnée

La Commission européenne a validé plusieurs projets français dans le cadre de son PIIEC sur l’hydrogène renouvelable. Sur les 45 entreprises retenues pour participer, près d’une quinzaines sont françaises. Parmi les projets retenus, Bruxelles a choisi celui de gigafactory envisagé par l’entreprise McPhy à Belfort (Territoire de Belfort), qui veut y développer la fabrication d’électrolyseurs alcalins de nouvelle génération, notamment à destination du secteur des transports. Ce projet, annoncé en mai 2021 et dont la construction coûtera entre 30 et 40 millions d’euros selon McPhy, doit permettre la création de plusieurs centaines d’emplois et a déjà reçu le soutien des collectivités locales du département et de la région Bourgogne-Franche-Comté, à hauteur de plusieurs millions d’euros. Autre projet retenu, celui de gigafactory prévu par l’entreprise Elogen à Vendôme (Loir-et-Cher) pour la fabrication de stacks, les réacteurs composant les électrolyseurs, ainsi que la recherche et développement de ces unités. La production doit débuter sur les deux sites respectivement au premier semestre 2024 et courant 2025. Pour rappel, Elogen fournira un électrolyseur de 1 MW dans le cadre du projet Hypster, un premier démonstrateur de stockage d’hydrogène vert en cavité saline. Également retenu : Genvia, co-entreprise créée par le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et l’équipementier Schlumberger, qui vise le développement et le déploiement industriel de la technologie d’électrolyseur d’oxyde solide à haute performance pour la production d’hydrogène décarboné. Qualifié de « pépite » par le président de la République, une première ligne pilote de production automatisée de stacks devrait être mise en route prochainement.

En France, la stratégie d’industrialisation de l’hydrogène vert est passée en quelques années d’un investissement de 100 millions d’euros à presque 10 milliards d’euros engagés par l’État d’ici la fin de la décennie, avec les récentes annonces du président de la République dans le cadre de France 2030. Objectif : déployer jusqu’à 6,5 GW de capacités d’électrolyse et produire annuellement plus de 600 000 tonnes d’hydrogène renouvelable ou bas carbone fléchées principalement pour décarboner l’industrie et la mobilité lourde. L’hydrogène, « c’est une manière de réinventer notre industrie, de créer de l’emploi et développer des filières d’excellence françaises » soulignait il y a quelques mois le président de France Hydrogène. Dans sa feuille de route présentée en septembre, France Hydrogène indiquait non seulement être en mesure de tenir le niveau d’ambition fixé dans la stratégie nationale, à savoir 680 kilotonnes d’hydrogène renouvelable ou bas carbone consommées par an d’ici 2030 (dont 70 % allouées à l’industrie, 23 % à la mobilité et 7 % à l’énergie), mais également de très largement le dépasser puisqu’elle propose un rehaussement de 60 % de ces objectifs dans son scénario « Ambition+ 2030 », avec une montée en puissance de la consommation d’hydrogène dans le secteur de la mobilité et de l’énergie. L’annonce de la Commission et le nombre de projets français notifiés devraient être un vrai vecteur d’accélération du développement d’un écosystème hydrogène en France comme en Europe.