Financements : accélérer le développement des projets de méthanisation en France

Publié le 10/12/2020

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Bpifrance a annoncé le 7 décembre le renforcement de son dispositif de financement à destination des porteurs de projets de la filière méthanisation, avec deux types de prêts développés en partenariat avec le ministère de l’Agriculture et de l’alimentation (MAA) et l’Agence de la transition écologique (Ademe). Objectif : accélérer le développement de la filière méthanisation dans notre pays, en facilitant notamment le démarrage des projets.

Par la rédaction de Gaz d’aujourd’hui

 

La France a aujourd’hui dépassé le cap du millier de méthaniseurs en activité. Ce sont principalement des installations produisant de l’électricité à partir de biogaz, raccordées au réseau (851), dont ensemble correspond à une capacité totale installée de 517 MW selon le dernier « Tableau de bord : biogaz pour la production d’électricité, 3e trimestre 2020 », publié fin novembre par les services statistiques du ministère de la Transition écologique. Au 1er décembre, 196 installations injectent du biométhane dans les réseaux gaziers pour une capacité qui s’élève à 3,4 TWh par an. Principaux points communs : la majeure partie des unités de méthanisation, qu’elles soient en cogénération ou en injection, se trouvent dans les exploitations agricoles, avec un parc principalement composé de petites installations, d’une puissance inférieure à 15 GWh par an pour le biométhane injecté et d’une puissance moyenne de 0,34 MW pour le biogaz produit par les méthaniseurs.  

Booster la méthanisation

Pour favoriser le déploiement des projets de méthanisation, Bpifrance, l’Ademe et le MMA ont donc souhaité faire évoluer les dispositifs de financement (sans sûretés complémentaires) en renforçant un prêt déjà existant (principalement à destination des installations de cogénération) et en créant un spécifique dédié aux projets en injection. Des prêts qui visent « à faciliter le bouclage des tours de table financiers » en prenant notamment en charge « les investissements matériels à faible valeur de gage, les dépenses diverses, les études et les besoins en fonds de roulement liés au démarrage des projets » indique Bpifrance dans un communiqué.

Quelque 800 méthaniseurs à la ferme

Pour le monde agricole, la méthanisation constitue une belle opportunité pour développer la production d’énergies renouvelables, l’économie circulaire et surtout pour valoriser les digestats issus de la méthanisation. Pourtant, et même si elle se développe rapidement ces dernières années et représente 90 % du potentiel de gisement évalué à 56 GWh d’énergie primaire en production de biogaz par l’Ademe, seules 26 % des 50 000 fermes françaises productrices d’EnR produisent du biogaz, alors que 20 % de la production d’EnR française est directement issue du monde agricole. Le plan « énergie méthanisation autonomie azote » annoncé en 2013, prévoyait 1 000 méthaniseurs à la ferme en 2020. L’objectif ne sera pas atteint puisque l’on recense environ 800 méthaniseurs (cogénération et injection confondus) dans notre pays. Lancé en avril 2019, en partenariat avec le MAA, le prêt méthanisation agricole de la Banque publique d’investissement affiche l’ambition d’accompagner la réalisation de 400 nouveaux projets dans les cinq prochaines années. Si Bpifrance ne souhaite pas encore communiquer sur le nombre de prêts octroyés (avec un ou plusieurs partenaires bancaires) depuis un an et demi, on connaît en revanche la fourchette du cofinancement comprise entre 100 000 et 500 000 euros et la durée : 12 ans maximum, dont un différé d’amortissement en capital de deux ans. S’il ciblait à son lancement principalement les installations de cogénération et de petite injection, ce dispositif finance également depuis mars dernier les installations de méthanisation en injection dont la puissance installée est inférieure à 125 Nm3 par heure.

Un prêt dédié pour les unités en injection de plus de 125 Nm3 par heure

Lancé mi-novembre en partenariat avec l’Ademe, ce nouveau prêt s’adresse spécifiquement aux projets de méthanisation avec injection dans les réseaux gaziers d’une puissance installée supérieure à 125 Nm3 par heure.  » En complément de son plan de financement et en partenariat avec un ou plusieurs acteurs bancaires », les porteurs de projets pourront « bénéficier d’un prêt d’un montant compris entre 300 000 et un million d’euros » indique Bpifrance et l’Ademe, sur une durée de 12 ans maximum dont deux ans de différé d’amortissement en capital. Cependant, pour bénéficier de ce prêt une série de critères agro-environnementaux dits « exemplaires » ont été définis par l’Ademe dans le cas où le projet de méthanisation prévoit de mobiliser des cultures énergétiques annuelles ou des cultures intermédiaires à vocation énergétiques (Cive). « Considérer les Cive d’hiver de préférence aux Cive d’été, de meilleure réussite agronomique et leur développement étant moins soumis à la disponibilité de la ressource en eau » ou encore « privilégier des itinéraires culturaux simplifiés pour l’implantation des Cive » sont quelques-unes des pratiques exemplaires préconisées par l’agence. Ce nouveau prêt, dont le montant total de financement est de 75 millions d’euros, a pour objectif d’accompagner une centaine de projets.

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