En Lorraine, un démonstrateur de bioCCS agricole à l’étude

BioCO₂
11/07/2026
4 min
En Lorraine, BioCO2 Nancy pourrait devenir le premier démonstrateur français de bioCCS appliqué à la méthanisation agricole.©DR

BioCO₂ Nancy pourrait devenir, à partir de 2027, le premier démonstrateur français de captage et de stockage géologique du CO₂ biogénique issu de la méthanisation agricole. Le projet réunit trois unités situées près de Nancy : Meurthenergie, Mortagne et Méthanisation Seille Environnement.

Par Laura Icart

Le projet BioCO₂ Nancy est né en 2022 à partir d’un constat très concret. À l’origine de l’initiative, les exploitants de l’unité Meurthenergie, près de Nancy, ont sollicité la société Carbon Impact afin d’étudier des pistes de valorisation. Très vite, le projet dépasse l’échelle d’un seul méthaniseur. Pour atteindre une taille économiquement crédible, Carbon Impact décide d’agréger plusieurs unités voisines. Deux autres sites rejoignent alors l’initiative : Mortagne et Méthanisation Seille Environnement. « Le démonstrateur représentera un potentiel d’environ 10 000 tonnes de CO₂ biogénique retirées par an », explique Karim Rahmani,cofondateur de Carbone Impact.

L’objectif n’est pas de réutiliser ce CO₂ mais de l’acheminer vers des infrastructures de stockage géologique afin de le séquestrer durablement. « Leur CO₂ n’a pas de débouchés locaux. On veut donc construire une filière alternative avec le stockage géologique », souligne-t-il. Le projet lorrain s’inscrit dans la dynamique émergente du BECCS. Carbon Impact participe d’ailleurs déjà à un premier projet suisse près de Zurich. Quelque 4 000 tonnes de CO₂ biogénique doivent y être captées puis transportées jusqu’au Danemark pour être stockées sous la mer du Nord.

Une chaîne industrielle encore à construire

Les agriculteurs exploitants fournissent les flux de CO₂ biogénique. Carbon Impact pilote la structuration du projet et son montage financier. Des partenaires techniques interviennent sur les équipements de captage, de liquéfaction et de transport. « À court terme, les capacités de stockage géologique devraient être mutualisées à l’échelle européenne, faute d’infrastructures opérationnelles en France », indique Karim Rahmani. « Le modèle économique reste toutefois fragile. » En l’absence de mécanisme public spécifique pour rémunérer les émissions négatives, le projet s’appuie aujourd’hui sur plusieurs leviers : la vente future de crédits carbone, des soutiens européens et des contrats long terme avec des entreprises souhaitant compenser une partie de leurs émissions résiduelles. « On ne lance pas ces projets sans visibilité sur la demande. Il faut sécuriser des engagements sur plusieurs années pour financer les équipements », précise le dirigeant.

Vers une filière territoriale du carbone ?

Au-delà du démonstrateur industriel, BioCO₂ Nancy cherche aussi à expérimenter une approche plus locale du captage et du stockage du carbone. En parallèle, Carbon Impact travaille avec GRDF, le BRGM et l’université de Lorraine sur le projet Néostock, destiné à étudier les capacités potentielles de stockage géologique à proximité des méthaniseurs du territoire. L’ambition serait, à terme, de créer des chaînes intégrées à l’échelle régionale : produire du biométhane, capter le CO₂ biogénique, le stocker localement et limiter ainsi les coûts logistiques liés au transport. « L’idée est de pouvoir gérer localement l’énergie, les déchets agricoles et le CO₂ biogénique dans une logique territoriale complète », résume l’entrepreneur.

Prévu au plus tôt pour 2027, BioCO₂ Nancy pourrait ainsi devenir le premier démonstrateur français de bioCCS appliqué à la méthanisation agricole. Au-delà de son volume relativement modeste, le projet cherche « surtout à poser les premières briques industrielles et réglementaires » d’une future filière française des émissions négatives.

Cet article est tiré du dossier « La bataille du carbone : l’Europe à l’heure des choix » paru dans Gaz d’aujourd’hui, juin 2026.

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