Biométhane : Bruxelles lance une plateforme pour rapprocher producteurs, acheteurs et investisseurs

Gaz renouvelables
19/06/2026
5 min
En 2024, la production européenne de biogaz et de biométhane atteint les 232 TWh, soit 6,6 % de la consommation de gaz naturel de l’Union européenne cette même année. La filière du biométhane connaît une croissance importante dans toute l’Europe, avec une production qui s’élevait à la fin de l’année 2024 à plus de 54 TWh et 25 pays producteurs de biométhane en Europe. ©Shutterstock

La Commission européenne a ouvert, le 18 juin, les inscriptions à son « Biomethane Mechanism ». Gratuit et volontaire, ce nouvel outil doit faciliter la rencontre entre l’offre et la demande, améliorer la visibilité des projets et accélérer les investissements dans une filière encore très inégalement développée en Europe.

Par Gaz d’aujourd’hui

L’Union européenne veut donner un coup d’accélérateur au marché du biométhane. La Commission a officiellement lancé, jeudi 18 juin, son « Biomethane Mechanism », une plateforme destinée à mettre en relation producteurs, fournisseurs, entreprises consommatrices, investisseurs, établissements financiers et acteurs publics. Intégré à la plateforme européenne consacrée à l’énergie et aux matières premières, ce dispositif est présenté comme volontaire et gratuit. Son objectif est de rendre le marché européen du biométhane plus lisible, dans un secteur où les projets et les volumes disponibles restent encore dispersés. Les entreprises pourront notamment déclarer leurs besoins ou leurs capacités de production afin d’identifier de potentiels partenaires dans d’autres pays européens. Le mécanisme doit également fournir des informations sur les réglementations nationales, les conditions d’investissement dans les différentes régions et les solutions de financement disponibles.

Une réponse aux enjeux de souveraineté énergétique

Bruxelles considère le biométhane comme un levier à la fois énergétique, industriel et climatique. Produit principalement à partir de déchets agricoles, d’effluents d’élevage, de biodéchets ou de résidus organiques, ce gaz renouvelable peut être injecté dans les réseaux existants ou stocké pour une utilisation ultérieure. Il présente ainsi l’avantage d’être produit sur le territoire européen et d’utiliser, dans une large mesure, les infrastructures gazières déjà en place. Pour la Commission, son développement doit contribuer à réduire la consommation de gaz fossile importé, à renforcer la sécurité d’approvisionnement et à diminuer les émissions de gaz à effet de serre. « Le biométhane n’est pas seulement un combustible : c’est un actif stratégique », a déclaré le commissaire européen à l’énergie et au logement, Dan Jørgensen. Il estime que cette filière peut simultanément soutenir les agriculteurs, l’industrie et les économies locales. Le lancement intervient dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes et de volatilité des marchés de l’énergie. Depuis la crise énergétique déclenchée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’Union européenne cherche à diversifier ses approvisionnements et à développer ses capacités de production domestiques.

Une filière mature, mais encore concentrée

La Commission estime que plusieurs conditions nécessaires au développement du biométhane sont déjà réunies en Europe : les technologies sont éprouvées, les matières premières durables sont disponibles et les réseaux gaziers sont, dans leur ensemble, compatibles avec son utilisation. « La production reste toutefois limitée et fortement concentrée dans un nombre restreint de pays », explique la Commission. Néanmoins, selon l’Association européenne du biogaz, plus d’une vingtaine de pays produisaient du biométhane en 2024. Le plan européen REPowerEU fixe un objectif de 35 milliards de mètres cubes de biométhane d’ici 2030 afin de réduire la dépendance au gaz russe. Selon l’European Biogas Association (EBA), ce volume pourrait couvrir entre 15 % et 20 % de la consommation actuelle de gaz naturel de l’Union européenne à moyen terme. Certains scénarios sectoriels estiment même qu’un potentiel supérieur à 100 milliards de mètres cubes pourrait être atteint à horizon 2040 grâce aux déchets agricoles, résidus organiques, boues urbaines ou effluents industriels.

« Les différences de réglementation, les difficultés d’accès au financement ou aux réseaux et le manque de visibilité sur la demande freinent encore le passage à l’échelle », précise Bruxelles. L’initiative doit également permettre aux collectivités territoriales et aux gestionnaires de réseaux de présenter leurs projets, leurs ressources en matières premières organiques et leurs capacités de raccordement. Les investisseurs pourront, de leur côté, comparer plus facilement les conditions de développement d’un projet selon les régions. Ce nouveau mécanisme doit précisément réduire ces obstacles. En donnant davantage de visibilité aux volumes recherchés et disponibles, Bruxelles espère favoriser la conclusion de contrats, y compris transfrontaliers. Les producteurs de petite taille pourront également se regrouper pour répondre aux besoins d’acheteurs industriels demandant des volumes plus importants. La première opération de mise en relation entre acheteurs et vendeurs est prévue en septembre 2026. D’autres fonctionnalités doivent être ajoutées progressivement.

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