CMA CGM et TotalEnergies obtiennent le feu vert de Bruxelles pour leur coentreprise dans le GNL maritime

Transport maritime
21/08/2026
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La Commission européenne a autorisé la création d’une coentreprise entre CMA CGM et TotalEnergies consacrée au ravitaillement des navires en gaz naturel liquéfié dans la région Amsterdam-Rotterdam-Anvers. Le projet doit notamment sécuriser les besoins croissants de la flotte au GNL de l’armateur français. Un pari de long terme qui intervient alors que les tensions au Moyen-Orient rappellent la vulnérabilité du marché mondial du gaz liquéfié.

Par Laura Icart, avec AFP

Un peu plus d’un an après l’annonce de leur rapprochement dans le ravitaillement maritime en gaz naturel liquéfié (GNL), les deux groupes français ont obtenu vendredi 21 août le feu vert de la Commission européenne. Bruxelles a estimé que cette opération ne soulevait pas de problème de concurrence, compte tenu du poids limité de la future coentreprise dans l’espace économique européen et des parts de marché cumulées des deux groupes. L’opération avait été formellement notifiée à la Commission le 29 juillet. Elle porte sur la prise de contrôle conjointe d’une société nouvellement créée aux Pays-Bas par CMA CGM et TotalEnergies Gaz & Electricité Holdings. Bruxelles avait alors classé le dossier parmi les opérations susceptibles de bénéficier de sa procédure simplifiée de contrôle des concentrations.

Un nouveau navire de soutage à Rotterdam

Annoncé en juillet 2025, le projet prévoit une coentreprise détenue à parts égales par les deux groupes. Son objectif est de développer une chaîne logistique de soutage de GNL dans la zone Amsterdam-Rotterdam-Anvers (ARA), l’un des principaux carrefours portuaires européens. La société assurera la logistique entre les installations du terminal Gate de Rotterdam et les navires utilisant du GNL comme carburant. Elle ne servira pas uniquement les bâtiments de CMA CGM : le service doit également être proposé à d’autres compagnies maritimes présentes dans la région. Au cœur du dispositif figure un nouveau navire avitailleur d’une capacité de 20 000 mètres cubes, qui doit être positionné à Rotterdam d’ici fin 2028. Il viendra compléter le Gas Agility, navire de soutage de 18 600 mètres cubes exploité par TotalEnergies dans la région depuis 2020. Les deux groupes espèrent ainsi améliorer la flexibilité des livraisons et augmenter leurs capacités de ravitaillement dans le premier hub portuaire d’Europe. L’opération marque aussi une évolution notable dans la chaîne de valeur : pour la première fois, selon les deux entreprises, une compagnie maritime et un énergéticien vont codévelopper et exploiter ensemble des infrastructures de soutage de GNL.

Jusqu’à 360 000 tonnes par an pour CMA CGM

Derrière l’investissement logistique se trouve surtout un enjeu d’approvisionnement à long terme. TotalEnergies s’est engagé à fournir à CMA CGM jusqu’à 360 000 tonnes de GNL par an entre 2028 et 2040. L’accord doit alimenter une flotte de navires dual-fuel en forte expansion : CMA CGM prévoit d’en exploiter 123 dès 2029. L’armateur marseillais fait ainsi du GNL l’un des piliers de sa stratégie de renouvellement de flotte et de réduction de ses émissions. Le choix reste toutefois débattu. Le GNL permet d’éliminer pratiquement les émissions d’oxydes de soufre et de particules liées à l’utilisation des carburants marins traditionnels et réduit certaines émissions. Mais son bilan climatique dépend fortement des fuites de méthane sur l’ensemble de la chaîne, de la production du gaz jusqu’à sa combustion à bord. CMA CGM inscrit néanmoins cet investissement dans son objectif d’atteindre le « Net Zero Carbon » en 2050, horizon également retenu par l’Organisation maritime internationale pour conduire le secteur vers la neutralité carbone.

Le GNL maritime à l’épreuve de sa propre croissance

Le pari dépasse les deux groupes français. La multiplication des navires dual-fuel accroît progressivement la demande de GNL du transport maritime. Elle oblige donc les ports européens à développer en parallèle terminaux, capacités de stockage et navires de soutage. Rotterdam occupe une place stratégique dans cette nouvelle infrastructure. La future coentreprise doit précisément transformer l’accès au terminal méthanier en une chaîne logistique allant jusqu’au réservoir du navire. Mais la croissance du GNL maritime intervient alors que l’Europe elle-même est devenue beaucoup plus dépendante des importations de gaz liquéfié depuis la réduction des approvisionnements russes.

L’autorisation européenne intervient surtout dans un environnement gazier radicalement différent de celui dans lequel les compagnies maritimes avaient commencé à miser sur le GNL. La crise du détroit d’Ormuz en apporte une démonstration supplémentaire. Car si cette crise affecte en premier lieu l’approvisionnement énergétique européen et le remplissage des stockages. Mais elle pose aussi une question aux compagnies maritimes qui investissent massivement dans des navires fonctionnant au GNL : comment sécuriser sur 10 ou 15 ans un carburant dont le prix dépend désormais d’un marché mondialisé et fortement exposé aux crises géopolitiques ? Pour CMA CGM, l’accord de long terme conclu avec TotalEnergies jusqu’en 2040 apporte précisément une partie de la réponse. Il garantit une organisation logistique et des volumes importants, même si les modalités tarifaires du contrat n’ont pas été rendues publiques. Pour TotalEnergies, l’opération permet de son côté d’intégrer davantage la chaîne de valeur, de ses activités mondiales dans le GNL jusqu’à la livraison du carburant directement aux navires.

En donnant son feu vert à la coentreprise, Bruxelles lève désormais l’obstacle réglementaire au projet franco-français. CMA CGM et TotalEnergies disposent encore de deux ans avant l’arrivée prévue de leur nouveau navire de soutage.

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