Quatre infos à retenir cette semaine

En Bref...
05/07/2026
9 min

Électricité, gaz vert, financements européens et records climatiques : l’actualité énergétique de la semaine illustre les tensions et les mutations à l’œuvre dans le secteur. Au premier semestre 2026, la France a atteint un niveau inédit d’exportations d’électricité, avec un solde de 51 TWh selon RTE, tandis que les territoires poursuivent la structuration de filières locales, à l’image de l’unité de méthanisation Les 3 Dômes à Gien. À l’échelle européenne, le Fonds pour la modernisation mobilise 2,5 milliards d’euros pour 51 projets énergétiques dans onze États membres. En toile de fond, juin 2026 s’impose comme le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France, avec une température moyenne de 22,7 °C, soit 3,8 °C au-dessus des normales.

Par Gaz d’aujourd’hui avec AFP

Électricité : la France exporte à plein régime malgré la canicule

La canicule n’aura pas changé la donne : au premier semestre 2026, la France est restée très largement exportatrice d’électricité. Selon RTE, le gestionnaire du réseau à haute tension, le solde des échanges atteint 51 TWh, un niveau inédit pour une première moitié d’année. « Jamais un tel niveau d’exports n’avait été atteint au premier semestre », souligne Thomas Veyrenc, directeur général Économie, Stratégie et Finances de RTE. À titre de comparaison, l’année 2025, pourtant record avec 92 TWh exportés sur douze mois, n’affichait « que » 37 TWh au premier semestre. La France exporte ainsi désormais en six mois presque autant qu’en une année entière dans les années 2010, comme en 2019, où le solde avait atteint 55 TWh. Cette performance s’explique par plusieurs facteurs : le rétablissement de la production nucléaire, la progression des renouvelables, une consommation encore inférieure à son niveau d’avant-crise et des coûts marginaux faibles, qui rendent l’électricité française compétitive sur le marché européen. Les exportations concernent presque toutes les frontières : 14 TWh vers la zone Allemagne-Belgique, 14 TWh vers l’Italie, 12 TWh vers le Royaume-Uni. Seule exception notable : l’Espagne, avec laquelle la France affiche un très léger solde importateur, d’environ 1 TWh, en raison d’une production également bon marché côté espagnol.

Au-delà du record, RTE y voit un signal stratégique. Ces exports traduisent « l’abondance et la compétitivité » de la production bas carbone française, et confortent l’idée qu’une électrification massive des usages est possible sans conflit entre les secteurs. Industrie, numérique, transports, bâtiments : lorsque la France exporte autant, le risque de concurrence entre filières souhaitant s’électrifier apparaît limité. « L’addition du nucléaire et des renouvelables produit bien un effet cumulatif : davantage de production bas carbone, moins de recours aux fossiles en France et en Europe, et plus d’exports tant que la consommation nationale ne repart pas fortement » explique sur Linkedin, Thomas Veyrenc.

À Gien, la méthanisation amène plus de circularité

À Gien, dans le Loiret, la transition énergétique prend une forme très concrète : celle de déchets agricoles, industriels et organiques transformés en gaz vert, en fertilisants naturels et bientôt en CO₂ biogénique valorisé localement. En service depuis plus de deux ans, l’unité de méthanisation les 3 Dômes, portée par le groupe Kéon, traite chaque année plusieurs dizaines de milliers de tonnes de matières issues majoritairement du Loiret : déchets agricoles, biodéchets industriels ou collectifs. Une fois valorisées, ces matières permettent de produire 28,8 GWh de biométhane par an, soit l’équivalent de 7 200 logements neufs chauffés au gaz. Injecté dans le réseau exploité par GRDF, ce gaz vert alimente directement la zone de consommation de Gien. À la différence du gaz fossile importé, le biométhane est produit localement et présente un bilan carbone nettement plus favorable, avec un poids carbone annoncé à 41,7 gCO₂/kWh, soit cinq fois moins que celui du gaz naturel. Les 3 Dômes produisent aussi plus de 30 000 tonnes de digestat, un fertilisant naturel restitué aux exploitations agricoles partenaires. L’unité va encore plus loin avec la valorisation du CO₂ biogénique, une ressource encore peu exploitée en France. Une installation dédiée, en cours de mise en service, doit permettre de produire environ 3 500 tonnes de CO₂ par an de qualité alimentaire. Ce CO₂ pourra être utilisé par des industries agroalimentaires, notamment pour les atmosphères protectrices, mais aussi dans l’élevage ou l’abattage. Aujourd’hui, une grande partie du CO₂ utilisé par ces secteurs est importée et d’origine fossile. En le captant sur place, Les 3 Dômes ajoutent une brique supplémentaire à l’économie circulaire locale. Sur les 830 sites de méthanisation en France, une trentaine valorise aujourd’hui le CO₂ biogénique, dont un dans le Loiret : celui de Gien. Dans le Loiret, 10 unités de méthanisation injectent déjà 180 GWh par an de gaz vert dans les réseaux de GRDF et de Natran, « soit l’équivalent de plus de 45 000 logements neufs chauffés au gaz. »

L’UE flèche 2,5 milliards d’euros vers des projets énergétiques dans onze pays

La Commission européenne et la Banque européenne d’investissement ont annoncé le versement de 2,5 milliards d’euros au titre du Fonds pour la modernisation. Cette nouvelle enveloppe, financée par les recettes du système européen d’échange de quotas d’émission, doit soutenir 51 projets liés à l’énergie dans onze États membres. Depuis janvier 2021, le Fonds pour la modernisation a ainsi mis à disposition 23,2 milliards d’euros pour accompagner les pays bénéficiaires dans la modernisation de leurs systèmes énergétiques et la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. La Roumanie reçoit la plus importante allocation de ce cycle, avec 636,9 millions d’euros, devant la Hongrie (552,3 millions), la Tchéquie (516,8 millions) et la Grèce (233,9 millions). La Pologne bénéficiera de 180 millions d’euros, la Lituanie de 169 millions, la Croatie de 109 millions, le Portugal de 81,4 millions, l’Estonie de 44,8 millions, la Lettonie de 40 millions et la Slovénie de 20,2 millions. Les projets retenus portent principalement sur la production d’électricité renouvelable, le stockage, la modernisation des réseaux, l’efficacité énergétique et la décarbonation des transports, de l’industrie et du chauffage urbain. Parmi les opérations citées figurent le développement du stockage par batteries en Roumanie, la numérisation du réseau électrique en Hongrie, la géothermie pour le chauffage urbain en Croatie ou encore le remplacement de bus diesel par des bus électriques en Lettonie.

Décarbonation des transports : le Parlement plaide pour une transition technologique sans dogme

Adopté à l’unanimité par l’OPECST le 2 juillet, le rapport du député (Ensemble pour la république) du Rhône Jean-Luc Fugit et du sénateur (Les Indépendants) de Haute-Garonne Pierre Médevielle intervient dans un contexte de pression croissante sur le secteur des transports, devenu le premier émetteur de gaz à effet de serre en France avec près de 123 Mt de CO₂ équivalent en 2025, soit environ un tiers des émissions nationales. Les rapporteurs rappellent que les transports terrestres représentent à eux seuls près de 95 % des émissions du secteur, essentiellement imputables au transport routier, alors même que les émissions ont très peu reculé depuis trente ans contrairement aux autres secteurs de l’économie. Dans ce contexte, le rapport refuse l’idée d’un « tout électrique » et défend une approche qualifiée de « systémique », fondée sur la complémentarité des solutions technologiques — électrification des véhicules légers, biocarburants avancés, biométhane, hydrogène bas carbone, carburants de synthèse ou encore rétrofit — en fonction des usages et des segments de marché. Les auteurs soulignent également l’importance d’une évaluation des technologies sur l’ensemble de leur cycle de vie, intégrant la production de l’énergie, la fabrication des véhicules et le recyclage des matériaux, ainsi que les enjeux de souveraineté industrielle et de résilience des chaînes d’approvisionnement européennes face à la concurrence chinoise dans les batteries et les matières premières stratégiques.  

Les 26 recommandations formulées visent précisément à donner de la visibilité aux ménages et aux industriels. Parmi les mesures emblématiques figurent l’instauration d’un mécanisme pérenne d’aide au renouvellement du parc automobile, l’inscription du leasing social dans une programmation pluriannuelle afin d’éviter les à-coups budgétaires, la création d’un taux réduit de TVA sur les véhicules à faibles émissions, ainsi qu’un soutien renforcé au marché de l’occasion électrique, considéré comme une condition essentielle de l’acceptabilité sociale de la transition. Le rapport propose également de financer, via les certificats d’économies d’énergie, une aide à l’acquisition de deux-roues électriques ou rétrofités afin d’encourager le report modal. L’OPECST insiste enfin sur la nécessité d’investissements massifs dans les infrastructures de recharge, les transports collectifs et les mobilités actives, tout en appelant à davantage de stabilité réglementaire sur les zones à faibles émissions (ZFE). Les rapporteurs rappellent que le durcissement progressif des normes européennes de qualité de l’air conduira de nombreuses agglomérations françaises à dépasser les seuils réglementaires d’ici à 2030, renforçant la nécessité d’accompagner socialement les restrictions de circulation plutôt que de les opposer aux impératifs sanitaires et climatiques.  

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