Quatre infos à retenir cette semaine

En bref...
22/06/2026
12 min
© RVillalon / Shutterstock

Cette semaine, le Parlement a adopté la réforme du régime des barrages hydroélectriques, ouvrant la voie à plusieurs milliards d’euros d’investissements après 15 ans de blocage juridique. Dans le bâtiment, plus de 40 organisations ont appelé le gouvernement à maintenir les solutions énergétiques hybrides et à reconnaître le rôle des gaz renouvelables. À Bruxelles, une coalition d’acteurs économiques et environnementaux a demandé de faire de la crise actuelle la dernière crise liée aux énergies fossiles importées. Enfin, un rapport parlementaire propose de rendre le chèque énergie automatique, de porter son budget à 1,5 milliard d’euros et d’élargir son bénéfice à 5,2 millions de ménages.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

Hydroélectricité : une nouvelle ère pour les barrages Français

Le Parlement a définitivement adopté, mercredi 17 juin, la réforme très attendue du régime des barrages hydroélectriques, destinée à sortir la filière de 15 années de blocage juridique avec Bruxelles et à relancer plusieurs milliards d’euros d’investissements. Deuxième source de production électrique en France après le nucléaire et première énergie renouvelable, l’hydroélectricité basculera d’un régime de concession à un régime d’autorisation pour les installations de plus de 4,5 MW, tandis que l’État conservera la propriété des ouvrages. Les exploitants actuels bénéficieront d’un droit d’occupation de 70 ans, après indemnisation pour la résiliation de leurs concessions, et 40 % des capacités hydroélectriques françaises devront être ouvertes aux concurrents d’EDF via un mécanisme d’enchères supervisé par la Commission de régulation de l’énergie, avec une capacité virtuelle initiale de 6 GW. Le texte préserve le statut des salariés des industries électriques et gazières, neutralise les effets fiscaux du changement de régime et prévoit qu’une part de la nouvelle redevance hydroélectrique soit affectée aux établissements publics territoriaux de bassin. « Il est des moments qui marquent une vie parlementaire. Celui-ci en fait partie », s’est félicitée la députée Marie-Noëlle Battistel, porteuse du texte, saluant « l’aboutissement d’un engagement continu pendant 13 années » et une réforme permettant de « lever les contentieux européens », de « relancer les investissements » et de maintenir les ouvrages dans le patrimoine de l’État. Pour la ministre déléguée à l’énergie, Maud Bregeon, le dispositif « ouvre la voie à une nouvelle dynamique pour l’hydroélectricité française » et à « plusieurs milliards d’euros d’investissements dans nos vallées ». L’entrée en vigueur est prévue au plus tard le 1er septembre 2026.

Bâtiment : une coalition professionnelle défend le maintien des solutions énergétiques hybrides

Plus de 40 organisations professionnelles, entreprises, associations et représentants des territoires, parmi lesquelles groupe Atlantic, Union sociale pour l’habitat, Famille rurales, Anode, FNCCR, GRFD, France gaz, le Synasav ou encore la Capeb ont publié le 15 juin une tribune appelant le gouvernement à ne pas limiter la décarbonation des bâtiments à la seule électrification. « Nous, acteurs du bâtiment, de l’énergie, du logement et des territoires et représentants de consommateurs appelons au maintien des systèmes hybrides, à la reconnaissance du rôle des gaz renouvelables et à une trajectoire cohérente avec les réalités et la temporalité du terrain », ont-ils écrit. Les signataires défendent un mix associant électricité décarbonée, gaz renouvelables, réseaux de chaleur, rénovation performante et équipements hybrides, afin de tenir compte de l’hétérogénéité du parc immobilier et des contraintes locales. Cette prise de position intervient après la présentation, le 23 avril, du plan gouvernemental d’électrification, dont la mesure 5 prévoit la fin des équipements au gaz, y compris hybrides, dans les logements neufs à compter du 1er janvier 2027, puis dans les bâtiments tertiaires. Environ un quart des projets d’immeubles actuellement en conception ou en construction reposent sur des systèmes hybrides, indiquait le gouvernement en mai. De nombreux acteurs s’étaient alertés suite à cette annonce sur les risques de retards, de surcoûts ou d’abandons en cas de changement rapide des règles. « On ne peut pas demander à une filière de repartir de zéro du jour au lendemain. Les solutions hybrides ont été choisies pour des raisons techniques, économiques et climatiques très concrètes », affirmait par exemple début mai Antoine Cohignac, directeur général du fabricant Terris Energy. La pompe à chaleur hybride, qui utilise principalement l’électricité mais sollicite ponctuellement une chaudière à condensation pendant les pointes hivernales, constitue selon la filière une solution adaptée au logement collectif alors même la consommation de biogaz augmente progressivement en France. « Remplacer massivement les chaudières gaz par des PAC tout électriques ferait peser tous les pics hivernaux sur un réseau déjà sous tension », ajoute Antoine Cohignac. « C’est une solution de transition intelligente : elle permet de réduire fortement les émissions tout en restant alignée avec les réalités du terrain. » « Cette volonté d’interdiction met aussi en relief les limites du modèle reposant sur une seule énergie », a réagi le président de France gaz, Frédéric Martin, sur Linkedin. « Dans tous les pays, la solidité du système énergétique repose sur la complémentarité des énergies, pas sur l’exclusion. Réduire la diversité énergétique, c’est prendre le risque d’un système moins adaptable face aux aléas climatiques. Promouvoir un système moins diversifié revient à amoindrir sa résilience sur le long terme. » « Notre pays doit développer une électricité décarbonée tout en accélérant la production de gaz verts », ont rappelé les signataires de la tribune alors que le décret sur les trajectoires post 2028 des certificats de production de biogaz se fait toujours attendre.

Bruxelles sommée de faire de la crise énergétique actuelle « la dernière crise des énergies fossiles »

Mardi, une large coalition d’acteurs économiques, industriels, syndicaux et environnementaux exhorte les dirigeants européens à accélérer la sortie de la dépendance aux énergies fossiles importées. Dans une lettre ouverte cosignée par une vingtaine d’organisations européennes et plusieurs experts de premier plan, dont Patrice Geoffron, directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières à l’Université Paris-Dauphine PSL, les signataires estiment que « l’Europe ne peut ni sécuriser son économie, ni renforcer sa base industrielle, ni protéger ses citoyens contre de futurs chocs tout en restant structurellement dépendante des énergies fossiles ». Le document place la question énergétique au cœur de la compétitivité européenne. Selon ses auteurs, le continent se trouve face à un choix stratégique : bâtir une économie fondée sur une énergie décarbonée produite localement ou continuer à subir les conséquences économiques et géopolitiques de sa dépendance aux hydrocarbures importés. La coalition avance que la réduction de cette dépendance pourrait permettre jusqu’à 50 milliards d’euros d’économies sur les importations de gaz d’ici à 2030, tout en générant 1 600 milliards d’euros d’économies sur l’ensemble du système énergétique à l’horizon 2050. Les signataires soulignent que les conditions d’une telle transformation sont déjà réunies. Depuis 2022, la production d’électricité renouvelable a fortement progressé, tandis que l’électrification des transports et du chauffage s’accélère. Selon les projections citées dans la lettre, la demande européenne de pétrole pourrait diminuer d’un quart et celle de gaz de moitié d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 2019. « À une époque de concurrence mondiale accrue, l’accès à une énergie propre, abordable, prévisible et produite localement constituera un facteur déterminant de la puissance industrielle et de l’attractivité des investissements », écrivent les auteurs. Au-delà du constat, la coalition appelle Bruxelles à engager une véritable stratégie industrielle de l’électrification, à offrir davantage de visibilité réglementaire aux investisseurs et à inscrire dans la durée l’objectif d’indépendance vis-à-vis des combustibles fossiles, dans le prolongement du plan REPowerEU. Elle réclame également une mobilisation « à une échelle sans précédent » des financements publics et privés afin de faire des renouvelables, de l’efficacité énergétique et de l’électrification les options les plus compétitives pour les ménages comme pour les entreprises.

« Les décisions prises aujourd’hui façonneront pour des décennies la puissance économique, le leadership industriel et la sécurité de l’Europe », avertissent les signataires, pour qui le principal obstacle n’est plus technologique mais politique. « L’Europe dispose des technologies, du soutien de l’opinion, du savoir-faire industriel et des outils réglementaires nécessaires. Ce qui manque désormais, c’est la volonté politique de concrétiser cette transformation. »

Chèque énergie : un rapport parlementaire propose une aide automatique et un budget porté à 1,5 milliard d’euros

Lors de sa séance du 17 juin, le Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques de l’Assemblée nationale a approuvé la publication d’un rapport rédigé par les députés Maxime Amblard (RN) et Vincent Rolland (LR). Les deux rapporteurs considèrent que le dispositif reste utile pour lutter contre la précarité énergétique, mais qu’il ne répond plus suffisamment à la hausse des dépenses supportées par les ménages modestes. « Créé en 2015, le chèque énergie est désormais à bout de souffle », assure dans une publication Linkedin Maxime Amblard. Les députés mettent en cause l’absence de revalorisation du barème depuis 2019, alors que les prix de l’énergie ont fortement augmenté. Ils estiment que le montant du chèque a perdu une partie de son efficacité et proposent de viser, pour les ménages les plus modestes, une prise en charge pouvant aller jusqu’à 30 % des dépenses énergétiques du logement. Dans ce scénario, le montant moyen de l’aide passerait de 153 à 288 euros par an. Le nombre de bénéficiaires augmenterait également. Il passerait d’environ 4,2 millions aujourd’hui à 5,2 millions de ménages. Le coût total du dispositif atteindrait alors 1,5 milliard d’euros par an, contre 503 millions d’euros en 2025, selon une évaluation récente de la commission des finances du Sénat. Le rapport insiste aussi sur les défaillances du nouveau système d’identification des bénéficiaires. Jusqu’à la suppression de la taxe d’habitation, l’administration fiscale disposait d’informations permettant d’attribuer automatiquement le chèque.

Le nouveau système repose désormais sur le croisement de données fiscales et de données transmises par les fournisseurs et distributeurs d’énergie. Pour la campagne 2025, celui-ci est passé de 5,5 millions à 3,8 millions, soit une diminution de 32 %. Environ 1,8 million de ménages auraient ainsi cessé de recevoir automatiquement l’aide. La plateforme ouverte pour permettre aux foyers de se déclarer eux-mêmes « n’aurait permis de récupérer qu’environ 380 000 bénéficiaires au 30 avril 2026 », selon le rapport. Les rapporteurs proposent d’enrichir les bases de données croisées entre administrations et de contrôler chaque année les performances de l’Agence de services et de paiement. Ils recommandent aussi de faciliter l’usage de l’intelligence artificielle afin d’améliorer l’appariement des informations fiscales, des adresses et des contrats d’énergie. Autre proposition : supprimer progressivement le chèque papier au profit d’une aide automatiquement déduite de la facture d’électricité. Cette « pré-affectation » permettrait, selon les députés, de limiter les pertes, les oublis et le non-recours. En 2023, 15,5 % des chèques distribués n’avaient pas été utilisés. Les rapporteurs préconisent également une révision annuelle du barème par arrêté ministériel, afin que l’aide suive plus rapidement l’évolution des prix. Ils proposent enfin une différenciation géographique en fonction des besoins de chauffage de chaque commune. Les ménages vivant dans les zones les plus froides pourraient ainsi recevoir un montant supérieur.

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