Quatre infos à retenir cette semaine

En bref...
14/06/2026
10 min

Cette semaine, l’Entso-E et Entsog ont présenté dans le cadre de la préparation des plans décennaux de développement des réseaux énergétiques européens (TYNDP 2026) leur scénarios prospectifs à l’horizon 2050. Dans le même temps, le G7 mobilisait les investisseurs privés pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. En France, la Commission de régulation de l’énergie a dressé « un bilan plutôt positif » mais « perfectible » en matière d’indépendance et de respect des codes de bonne conduite des gestionnaires de réseaux d’électricité et de gaz. Mise en cause notamment : la communication  et les pratiques des gestionnaires de réseaux de gaz en France. À moins de six mois de l’ouverture de la COP31 en Turquie, Paris appelle l’Union européenne à replacer la sortie des énergies fossiles au cœur des négociations de la future COP.

  • Par Laura Icart, avec AFP

Électricité, hydrogène, gaz : l’Europe dessine son système énergétique de 2050

L’Europe se dirige vers un système énergétique profondément remodelé par la transition climatique, avec une place croissante accordée à l’électricité et à l’hydrogène au détriment des combustibles fossiles. C’est ce que montrent les scénarios prospectifs publiés par Entso-E et Entsog dans le cadre de la préparation des plans décennaux de développement des réseaux énergétiques européens (TYNDP 2026). Élaborés selon les nouvelles lignes directrices de l’Agence de coopération des régulateurs de l’énergie (Acer), ces travaux reposent sur un scénario central, baptisé « National Trends+ », qui intègre les politiques énergétiques nationales les plus récentes et reste aligné sur les objectifs européens de réduction d’au moins 55 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 et de neutralité carbone à l’horizon 2050. Les projections mettent en évidence une baisse structurelle de la demande énergétique globale en Europe, sous l’effet des gains d’efficacité dans l’industrie, le bâtiment et les transports. Cette diminution de la consommation totale s’accompagne toutefois d’une hausse marquée de la demande d’électricité, appelée à devenir le principal vecteur énergétique du continent. L’électrification des usages, notamment dans les transports, le chauffage et certains procédés industriels, apparaît comme l’un des piliers de la décarbonation européenne. Dans le même temps, l’hydrogène devrait s’imposer progressivement comme une solution essentielle pour les secteurs difficiles à électrifier, tels que la sidérurgie, la chimie ou certaines activités de transport lourd. À l’inverse, la consommation de méthane est appelée à reculer continûment au cours des prochaines décennies. Les gestionnaires de réseaux soulignent néanmoins que les infrastructures gazières existantes conserveront un rôle important pour garantir la flexibilité du système énergétique, soutenir le développement des réseaux d’hydrogène et assurer la sécurité d’approvisionnement durant la période de transition. Le gaz devrait également connaître une décarbonation progressive grâce à l’essor du biométhane et des gaz renouvelables. Ces scénarios serviront désormais de référence pour les futurs plans européens de développement des réseaux et pour la sélection des prochains projets d’intérêt commun (PCI/PMI), considérés comme stratégiques pour la sécurité énergétique et la décarbonation du continent.

Énergie : la CRE demande aux gestionnaires de réseaux de gaz de cesser toute communication « assimilable à une promotion du gaz fossile »

La Commission de régulation de l’énergie (CRE) estime que les principaux gestionnaires de réseaux français d’électricité et de gaz affichent un niveau globalement élevé de conformité aux règles d’indépendance prévues par le droit européen. Dans son rapport 2023-2025 sur le respect des codes de bonne conduite et l’indépendance des gestionnaires de réseaux, publié le 11 juin, le régulateur identifie toutefois plusieurs écarts persistants, notamment dans le secteur gazier et au sein des entreprises locales de distribution (ELD). Parmi les principaux constats figure la communication de plusieurs gestionnaires de réseaux de gaz. Selon la CRE, certaines campagnes dépassent le périmètre des missions réglementées et entretiennent une confusion entre gaz renouvelable et gaz fossile, voire et « s’apparente à de la promotion du gaz fossile ou de ses usages », alors même « que le biométhane ne représentait qu’environ 3,2 % du gaz consommé en France en 2024 ». En conséquence, la CRE demande explicitement à GRDF de « cesser les communications » susceptibles d’entretenir cette confusion. Elle invite également le gouvernement à clarifier les missions de GRDF dans le cadre de son contrat de service public. « Le biométhane couvre aujourd’hui 5 % de la consommation nationale de gaz et déjà entre 15 et 20 % dans certains départements », a répliqué GRDF dans un document écrit transmis à la presse. Le rapport souligne également que plusieurs gestionnaires de réseaux interviennent auprès de la filière biométhane au-delà de leurs missions légales. Si l’accompagnement des porteurs de projets est jugé utile par les acteurs de la filière, la CRE demande notamment à GRDF de ne plus lancer d’appels à projets visant principalement à développer la production de biométhane et de recentrer son action sur les missions d’accès et d’utilisation des réseaux. Dans ce même document, GRDF s’est dit étonné des demandes de la CRE, « qui outrepassent, selon le gestionnaire, les limites d’un tel rapport sur la conformité et l’indépendance d’un gestionnaire de réseau » et estime que « certaines recommandations du rapport excèdent les prérogatives du régulateur », alors même l’entreprise est engagée dans un projet de décarbonation de ses activités.

Minerais critiques : le G7 et ses partenaires mobilisent le secteur privé pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement

Alors que le sommet des dirigeants du G7  s’ouvrira à Évian en début de semaine, la France intensifie ses efforts pour renforcer la sécurité des approvisionnements en minerais critiques, indispensables à la transition énergétique et aux industries stratégiques. À l’initiative de Roland Lescure, ministre de l’Économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique, un forum sur l’investissement dans les minerais critiques s’est tenu à Paris en marge du sommet du B7 organisé par le Medef. L’événement a réuni plus d’une centaine de dirigeants d’entreprises minières, de groupes industriels, d’institutions financières, de banques multilatérales de développement et de représentants publics issus des pays du G7 ainsi que de partenaires stratégiques tels que l’Australie, le Brésil et la Corée du Sud. Les échanges ont porté sur les leviers permettant d’accélérer le financement des chaînes de valeur des minerais critiques, alors que les projets miniers et de transformation demeurent confrontés à des risques élevés et à des contraintes de rentabilité, notamment dans les phases amont de développement. Roland Lescure a présenté les travaux engagés par le G7 pour renforcer la coopération internationale autour du soutien à la production, de la traçabilité, des stocks stratégiques, du recyclage et de l’innovation. À l’issue du forum, 39 entreprises, institutions financières et fédérations professionnelles ont signé une déclaration commune appelant à une mobilisation accrue des capitaux privés, au renforcement des mécanismes de partage des risques et à une coopération plus étroite entre acteurs publics et privés afin de favoriser la résilience et la diversification des chaînes d’approvisionnement. Parmi les signataires figurent notamment Airbus, BNP Paribas, Eramet, Imerys, Orano, Société Générale et Siemens Energy. La présidence française du G7 entend désormais poursuivre ce dialogue avec les industriels et les investisseurs au second semestre 2026, afin de transformer ces engagements en projets concrets et de consolider l’autonomie stratégique des économies partenaires.

COP31 : « La sortie des énergies fossiles doit rester notre priorité« , dit la France

La question de la sortie des énergies fossiles « doit rester notre priorité » pour les prochaines COP sur le climat, a déclaré vendredi la ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut. « Sur le fond, je maintiens que la sortie des énergies fossiles doit rester notre priorité. Et pour moi, la COP véritablement historique qui a permis de marquer ça dans le marbre, c’est celle de Dubaï, la COP28. Et il faut qu’on arrive à revenir à ce que disait effectivement cette COP », a-t-elle dit lors d’une audition par une mission d’information au Parlement français. Elle a de nouveau critiqué les résultats de la dernière COP30 de Belem, au Brésil, qui a illustré selon elle une « perte d’élan » avec « une déclaration pour moi vide de sens, qui ne mentionne même pas la sortie des énergies fossiles, qui est quand même le cœur du sujet de l’accord de Paris« . Cette COP avait en effet échoué en novembre à inscrire une phrase sur ces énergies dans le texte final, approuvé par près de 200 pays sous l’égide de l’ONU, face à l’opposition de grands pays producteurs. En maigre compensation, la présidence brésilienne de la conférence a lancé l’idée d’une feuille de route volontaire pour une sortie progressive du charbon, du pétrole et du gaz. « Ce que j’ai vu, c’est une organisation des émergents et des pays pétroliers extraordinaire, c’est-à-dire qu’ils ont verrouillé tous les aspects, y compris les ONG », a-t-elle affirmé. Elle a pris en exemple les discours de l’Arabie saoudite, par ailleurs rétive à toute avancée sur la sortie des fossiles, en faveur de la « transition juste », concept séduisant pour la société civile. Monique Barbut a regretté une attitude de « bisounours » de l’Union européenne (UE), qu’elle a appelée une nouvelle fois à « sortir de sa naïveté » et « être capable, lorsque cela est nécessaire, de refuser un mauvais accord », à quelques mois de la prochaine COP31 d’Antalya (9-20 novembre). La ministre française a aussi souligné que la Commission européenne n’était pas la seule habilitée à s’exprimer au nom du bloc de 27 pays : « C’est une compétence partagée, c’est-à-dire que la France, l’Allemagne, l’Italie, on a chacun droit à notre expression individuelle. »

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