Mobilité : ces initiatives qui désenclavent les campagnes

Territoires
03/06/2026
6 min

Hausse durable des prix des carburants, dépendance à la voiture individuelle dans les territoires ruraux, difficultés de recrutement, accès aux soins fragilisé et impératif de réduction des émissions de gaz à effet de serre : la question de la mobilité s’impose aujourd’hui comme l’un des grands défis sociaux, économiques et environnementaux du pays. Selon le dernier baromètre des mobilités du quotidien de Wimoov, près de 15 millions de personnes sont aujourd’hui en situation de précarité-mobilité. Un phénomène particulièrement marqué dans les territoires ruraux et périurbains, où la voiture reste souvent indispensable.

Par Laura Icart

Covoiturage, autopartage, transport à la demande, vélo ou accompagnement personnalisé se développent désormais dans les zones rurales et périurbaines. Après quatre années d’expérimentation à travers la France, le programme Tims, porté par Cler solutions, filiale du réseau Cler, le réseau Mob’in, Auvergne-Rhône-Alpes énergie environnement et le réseau des agences régionales de l’énergie et de l’environnement, dévoile des résultats qui montrent qu’une mobilité plus sobre peut aussi devenir un levier d’inclusion sociale, d’accès à l’emploi et d’indépendance énergétique. Lancé en 2023 et financé par les certificats d’économie d’énergie (CEE) jusqu’à fin 2026, le programme Tims vise à développer une mobilité à la fois durable et inclusive en facilitant l’accès de tous, notamment des publics en situation de précarité, aux services essentiels et aux modes de déplacement sobres en énergie.

La mobilité, révélateur des fragilités sociales

Le constat dressé par le programme national Tims est sans appel. Une personne accompagnée sur cinq cumule au moins deux freins à la mobilité : coût des transports, problèmes de santé, handicap, manque d’information sur les solutions disponibles ou encore appréhension à se déplacer. Les conséquences sont lourdes : 46,8 % des personnes interrogées ont déjà renoncé à un emploi ou à une formation faute de solution de déplacement adaptée quand 39 % ont renoncé à des soins médicaux. Pour beaucoup, ces difficultés entretiennent un cercle vicieux d’isolement et de précarité.

Des résultats mesurables sur le terrain

Depuis quatre ans, le programme Tims, financé par les CEE, a soutenu 69 projets locaux représentant 662 actions à travers la France. Au total, plus de 327 000 personnes ont bénéficié d’un accompagnement et près de 7 millions d’habitants ont été touchés par les actions menées. « Les résultats observés sont significatifs », indique le réseau Cler : 53 % des personnes concernées utilisent encore une solution de mobilité durable six mois après leur accompagnement, plus de 60 % d’entre elles ont pu accéder à un emploi, une formation et ont vu leurs démarches administratives facilités. Autre chiffre important dans territoires où les déserts médicaux rendent la mobilité indispensable : près de 59 % des individus ont pu accéder à des soins de santé. L’impact se mesure également dans la vie quotidienne. Près de 86 % des personnes accompagnées déclarent avoir gagné en autonomie et 75 % estiment que leur qualité de vie s’est améliorée.

Autopartage, vélo, accompagnement : la riposte des territoires ruraux

Sur le terrain, les initiatives se multiplient pour offrir des alternatives à la voiture individuelle dans les territoires peu denses. À Chemillé-en-Anjou, dans les Mauges, plusieurs associations ont uni leurs forces pour développer un service d’autopartage qui compte aujourd’hui cinq véhicules, thermiques et électriques, utilisés par une vingtaine d’habitants. En 2025, près de 130 trajets ont été réalisés, pour une distance moyenne de 35 kilomètres, à un tarif de 28 centimes par kilomètre, bien inférieur au coût d’usage d’un véhicule personnel occasionnel. Le projet a également débouché sur l’acquisition d’un minibus électrique mutualisé au profit des associations sportives locales. Plus au sud, à Tarnos, dans les Landes, la Maison de la mobilité joue le rôle de guichet unique pour les habitants en quête de solutions de déplacement : accompagnement personnalisé, location de vélos électriques, ateliers de réparation ou encore autopartage. Depuis son ouverture en 2024, la structure a accompagné 90 personnes, accueilli près de 150 participants à des ateliers collectifs et permis à plus de 40 habitants de reprendre confiance à vélo grâce à des stages de remise en selle.

Pour les porteurs du programme, ces réalisations illustrent le rôle croissant des collectivités locales dans l’organisation de mobilités plus inclusives. À Coutances mer et bocage, dans la Manche, la mobilité solidaire est ainsi devenue un axe structurant de l’action publique locale. « Le programme a contribué à organiser les offres de mobilités solidaires et inclusives. Il inscrit durablement ces enjeux dans la démarche du territoire », souligne Benoît Biton, vice-président chargé de la mobilité et de la transition écologique.

Des économies d’énergie à grande échelle

Au-delà de l’enjeu social, les porteurs du programme mettent en avant les bénéfices environnementaux. En quatre ans, les actions soutenues auraient permis d’éviter 200 000 tonnes de CO₂ , près de 200 tonnes de polluants atmosphériques et 800 GWh d’énergie. Selon les calculs réalisés à partir des références de l’Ademe et d’Atmo France, cela représente l’équivalent de 97 000 vols Paris-New York, des émissions annuelles de 42 000 voitures ou encore de la consommation électrique annuelle de l’agglomération de La Rochelle.

Alors que les prix de l’énergie demeurent élevés et que la transition vers des transports moins carbonés s’accélère, les expériences menées dans plusieurs régions montrent qu’il existe des alternatives à la voiture individuelle, y compris dans les territoires les moins denses. « Une réalité qui pourrait inspirer de nombreuses collectivités », espèrent les coordinateurs du projet. Le Tims Tour, lancé le 3 juin à Paris devant près de 200 acteurs de la mobilité, doit désormais parcourir neuf régions jusqu’à la fin du mois de septembre pour présenter ces initiatives aux nouveaux élus locaux.

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