Géothermie : le sous-sol francilien pourrait chauffer un million d’habitants de plus

Géothermie
20/05/2026
5 min
Depuis 2016, la Région Île-de-France a mobilisé près de 250 millions d’euros pour soutenir environ 700 projets d’énergies renouvelables, dont plus de 80 projets de géothermie profonde.

Une vaste étude menée en Île-de-France et publiée ce 19 mai révèle un potentiel inédit de géothermie profonde dans l’ouest et le sud de la région. Derrière cette énergie encore méconnue, les collectivités voient un moyen de réduire les factures et la dépendance au gaz.

Par Gaz d’aujourd’hui 

Et si la chaleur qui dort sous les pieds des Franciliens devenait l’une des armes majeures contre la volatilité des marchés énergétiques mondiaux et le réchauffement climatique ? C’est le pari de l’État, de la région Île-de-France et du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), qui viennent de dévoiler les résultats du programme Géoscan, une gigantesque étude du sous-sol francilien menée pendant deux ans. L’objectif : identifier les zones capables d’accueillir de nouveaux projets de géothermie profonde, notamment dans l’ouest et le sud de la région, encore peu exploités jusqu’ici. Et les résultats sont jugés « très encourageants ». « Décarbonation, souveraineté, compétitivité et sécurité énergétique sont intrinsèquement liées » souligne Yann Wehrling, vice-président de la région chargé de la transition écologique.

Une énergie locale… à 2 000 mètres sous terre

La géothermie profonde consiste à aller chercher la chaleur naturellement présente dans les nappes d’eau souterraines situées entre 1 000 et 3 000 mètres de profondeur. Le principe est relativement simple : un premier forage extrait l’eau chaude du sous-sol, tandis qu’un second la réinjecte après récupération des calories destinées au chauffage urbain. « Comme la température augmente en moyenne de 30 °C par kilomètre de profondeur, on peut trouver localement une énergie qui permet d’alimenter des réseaux de chaleur durablement et à prix maîtrisé », rappelle le dossier du BRGM. Aujourd’hui, l’Île-de-France concentre déjà le plus grand nombre d’installations de géothermie profonde en Europe, avec 54 installations en activité. « Ces réseaux permettent déjà de chauffer plus de 310 000 logements, soit près d’un million d’habitants » rappelait la semaine dernière la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse, lors d’un échange avec la presse. Selon les données du BRGM et de l’Ademe, elles permettent aussi d’éviter chaque année environ 400 000 tonnes de CO₂ par rapport à des chaufferies fonctionnant au gaz naturel. « Les résultats de cette campagne marquent une étape décisive et ouvrent la voie à une accélération concrète des projets », estime Amélie Renaud, directrice de la branche francilienne de l’Ademe.

Pourquoi la région veut accélérer

En Île-de-France, près de 45 % de la consommation énergétique finale est liée aux besoins de chaleur des bâtiments. Or cette chaleur dépend encore très largement des énergies fossiles. « La géothermie constitue un levier stratégique pour accélérer la transition énergétique et réduire notre dépendance aux énergies fossiles », souligne le communiqué officiel. Depuis 2016, plus de 70 nouveaux puits géothermiques ont été soutenus, pour 230 millions d’euros d’investissements. La région estime désormais à 14 TWh le potentiel énergétique supplémentaire encore mobilisable grâce à la géothermie de surface, aux réseaux de chaleur et à la récupération de chaleur fatale, rappelait-elle lors de la présentation de son plan de résilience énergétique. Le gouvernement veut désormais multiplier par deux à trois le nombre de projets de géothermie profonde d’ici 2030.

Une « échographie géante » du sous-sol

Pour mieux connaître les ressources disponibles, le programme Géoscan a lancé une campagne géophysique de grande ampleur. Pendant plusieurs semaines, des camions vibreurs ont sillonné près de 100 communes franciliennes de nuit afin d’envoyer des ondes acoustiques dans le sous-sol. « L’objectif était d’imager le sous-sol à la manière d’une échographie », explique le BRGM. Jusqu’ici, cette énergie restait surtout concentrée dans l’est parisien. L’ouest et le sud de la région demeuraient moins exploités faute d’une connaissance suffisante du sous-sol. « C’est précisément ce que le programme Géoscan voulait corriger » explique le BRGM. L’étude a mobilisé 280 kilomètres de nouvelles lignes sismiques, près de 1 660 kilomètres de données pétrolières anciennes ainsi qu’environ 80 puits géothermiques et pétroliers existants. Le résultat : un modèle géologique 3D inédit du sous-sol francilien, couvrant près de 2 000 km² et environ 300 communes. Les chercheurs ont particulièrement étudié trois grands réservoirs géologiques : le Dogger, l’Oxfordien et le Trias. Le Dogger, déjà exploité dans plusieurs réseaux de chaleur franciliens, présente des températures comprises entre 50 °C et 80 °C. Mais la principale surprise concerne l’Oxfordien, jusqu’ici jamais exploité en Île-de-France. « L’Oxfordien apparaît comme une ressource très prometteuse », estime le BRGM. Les premiers forages réalisés à Alfortville ont montré des « débits très encourageants ».

Le BRGM insiste, lui, sur un point clé : mieux connaître le sous-sol permet surtout de réduire le risque financier des forages, longtemps considéré comme le principal frein à la géothermie profonde.

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