Chèque énergie : 700 000 foyers supplémentaires intégrés au dispositif d’automatisation

Précarité
31/03/2026
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Le gouvernement annonce un élargissement du chèque énergie, avec l’intégration de 700 000 foyers supplémentaires dès le 1er mai 2026. Une mesure présentée « comme une correction technique » suite à la réforme du chèque énergie l’année dernière, qui avait laissé « de nombreux trous dans la raquette » selon les associations de lutte contre la précarité énergétique et qui intervient alors que les factures de gaz des Français devraient augmenter en mai.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

Dans un message publié lundi 30 mars sur le réseau X, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé que « près de 700 000 foyers supplémentaires recevront le chèque énergie dès le 1er mai », grâce à un croisement de données amélioré. Jusqu’à présent, environ 3,8 millions de ménages percevaient automatiquement cette aide annuelle, dont le montant moyen s’élève à 153 euros, pouvant atteindre 277 euros selon les ressources. Malgré ces correctifs, la réforme a entraîné une chute notable du nombre de bénéficiaires automatiques : ils étaient encore 5,8 millions en 2023. « Avec cette extension, le nombre total de bénéficiaires automatiques atteindrait désormais 4,5 millions » selon Bercy.  

Une réforme encore incomplète

Cette évolution repose sur une optimisation du système d’identification des ayants droit, pilotée notamment par l’Agence de services et de paiement (ASP). « Le dispositif croise désormais plus finement les données fiscales — notamment le revenu fiscal de référence — avec celles des compteurs d’électricité, afin de limiter les doublons et mieux cibler les ménages » indique Matignon. Cet ajustement intervient après plusieurs années de dysfonctionnements. Jusqu’en 2023, l’attribution du chèque énergie reposait en grande partie sur la taxe d’habitation sur la résidence principale, aujourd’hui supprimée. Sa disparition a contraint l’administration à revoir en profondeur ses méthodes. Depuis, la détection des bénéficiaires s’appuie sur des croisements de fichiers, mais ceux-ci ont laissé de nombreux ménages de côté. En 2025, selon Bercy, 3,8 millions de chèques ont été envoyés automatiquement. Pour pallier ces manques, un guichet de réclamation a été ouvert en 2025 : « 370 000 foyers ont ainsi pu obtenir l’aide après démarche volontaire, tandis que 130 000 dossiers restaient en cours d’instruction » précise Bercy.

Une précarité énergétique qui s’installe dans le quotidien des Français

« C’est mieux mais ça ne fait pas le compte ! » nous confie Françoise Thiébault, coordinatrice du secteur énergie au Cnafal « 5,6 millions avant la fin de la taxe d’habitation, 4,5 millions plus quelques centaines de milliers avec le guichet, il en manque ! » estime celle qui regrette toujours «  la non revalorisation du montant ni modification de l’assiette » dans un contexte de precarisation, de hausse des impayés  et des coupures ou réductions de puissance. En 2025, 1,2 million d’interventions — comprenant les limitations de puissance en électricité et les coupures d’électricité ou de gaz naturel — ont été réalisées chez des particuliers selon le Médiateur national de l’énergie. « Si l’on peut apprécier les efforts on ne peut tout de même pas s’en satisfaire » ajoute-t-elle. Selon les données disponibles, environ 12 % des Français sont en situation de précarité énergétique, et près de 20 % seraient éligibles au chèque énergie. Plus préoccupant encore, la part de foyers déclarant souffrir du froid dans leur logement a fortement progressé, passant de 14 % en 2020 à 35 % en 2025. Un phénomène que le médiateur national de l’énergie qualifie de « structurel », lié à la fois à la dégradation du parc immobilier et à l’intensification des aléas climatiques.

Une réponse politique sous contrainte budgétaire

Cette annonce s’inscrit également dans une séquence politique tendue autour du pouvoir d’achat. La hausse récente des prix de l’énergie, accentuée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, a ravivé les critiques contre la stratégie gouvernementale. L’exécutif privilégie des aides ciblées, estimées à environ 70 millions d’euros par mois, notamment pour les agriculteurs, pêcheurs et transporteurs. Une approche contestée par certains acteurs économiques et politiques, qui plaident pour des mesures plus larges, comme une baisse des taxes sur les carburants — une option que le gouvernement juge trop coûteuse. « La logique des chèques laisse de côté des millions de nos compatriotes de la classe moyenne, qui subissent de plein fouet la flambée des carburants. L’urgence sociale commande de baisser les taxes sur les carburants, qui font plus de 50 % du prix à la pompe : c’est la seule solution viable et efficace pour le pouvoir d’achat des Français ! » a déclaré sur X le président du Rassemblement national Jordan Bardella.

Sur le terrain, la colère reste vive. Des opérations de blocage, comme celle menée par des transporteurs sur le périphérique parisien lundi, témoignent d’un mécontentement persistant.

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