L’exécutif presse les raffineurs d’augmenter leur production face aux tensions énergétiques

Crise énergétique
23/03/2026
6 min

Dans un contexte de forte volatilité des marchés pétroliers, le gouvernement français a demandé aux raffineurs d’évaluer « dans les meilleurs délais » leur capacité à accroître rapidement et temporairement leur production. Le gouvernement a adressé ce 23 mars aux industriels, vise à contenir les tensions sur l’approvisionnement en carburants en Europe, alors que la crise au Moyen-Orient continue de perturber les flux énergétiques mondiaux.

Par Gaz D’aujourd’hui avec AFP

Selon cette lettre signée par Roland Lescure et Maud Bregeon, « la situation géopolitique […] réclame une vigilance accrue sur la capacité de production en carburants ». L’exécutif insiste sur la nécessité d’« alléger la tension sur les marchés des produits raffinés en Europe » en mobilisant rapidement les capacités disponibles sur le territoire national. La France dispose de deux bioraffineries et sept raffineries de pétrole en activité — six en métropole et une en Martinique — majoritairement implantées près des zones portuaires pour faciliter l’acheminement du brut. Leur capacité de raffinage cumulée atteignait l’année dernière près de 57 millions de tonnes par an (environ 1,15 million de barils par jour), en net recul par rapport aux 98 millions de tonnes enregistrés en 2009. « Le pétrole brut c’est 43% de l’énergie finale consommée en France et 97% de l’énergie des transports en France en 2024« , rappelait la semaine dernière à la presse l’Ufip Énergies et Mobilités.

Des marges de manœuvre limitées pour les industriels

Dans les faits, la capacité des raffineurs à répondre à cette sollicitation apparaît contrainte. Le gouvernement invite néanmoins les opérateurs à optimiser leurs installations, en ajustant les unités de production, en différant certains arrêts techniques ou en relançant des sites temporairement à l’arrêt, sans compromettre les exigences de sécurité et de maintenance. « Une analyse rapide de vos capacités d’augmentation de production […] serait très précieuse aux services de l’État dans les prochains jours », précise le courrier, qui demande également l’ouverture d’échanges avec les services déconcentrés dans un délai de 72 heures. L’exécutif promet en retour un traitement administratif accéléré, sous réserve du strict respect des normes environnementales.

Le rôle clé de la raffinerie de Gravenchon

Dans cette stratégie, la raffinerie de Gravenchon, près du Havre, occupe une place centrale. Récemment reprise par l’énergéticien canadien North Atlantic, elle représente à elle seule 21 % des capacités de raffinage en France, avec une production annuelle d’environ 12 millions de tonnes. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a d’ailleurs indiqué que le site avait été autorisé à augmenter rapidement ses capacités pour répondre à la situation. Les perturbations autour du détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour près de 20 % du pétrole mondial, alimentent une hausse des prix de l’énergie qui affecte l’ensemble des économies européennes.

Une crise énergétique qui diffuse dans toute l’économie

Les répercussions de cette hausse se font déjà sentir dans plusieurs secteurs clés, du transport à l’agriculture. L’exécutif souligne que les fluctuations des prix des produits raffinés « affectent directement les ménages et les entreprises », tout en rappelant les contraintes budgétaires qui limitent, à ce stade, toute baisse des taxes sur les carburants. Face à ces tensions, le gouvernement met en avant une logique de « solidarité entre les filières » et de soutien ciblé aux entreprises les plus fragiles, notamment via des dispositifs de trésorerie.

La pêche en première ligne face à la flambée du gasoil

Parmi les secteurs les plus exposés figure la pêche, fortement dépendante des carburants fossiles. Depuis fin février, la hausse des prix du gasoil met sous pression la rentabilité des navires et, par ricochet, l’ensemble de la filière, des criées aux distributeurs. La ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, a multiplié les réunions avec les professionnels afin de coordonner la réponse publique. Plusieurs mesures d’urgence ont été activées pour soulager la trésorerie des entreprises : étalement des charges sociales et fiscales, prêts garantis par l’État via Bpifrance, ou encore suivi quotidien des prix du carburant. En parallèle, des discussions sont engagées avec les distributeurs pour envisager des mécanismes de réduction à la pompe, tandis que les banques sont appelées à faire preuve de flexibilité.

Vers une réponse structurelle à la dépendance énergétique

Au-delà de la gestion de crise, l’exécutif entend tirer les enseignements de cet épisode pour accélérer la transition énergétique du secteur. Plusieurs pistes sont à l’étude, notamment le renforcement des certificats d’économie d’énergie, la mise en place de mécanismes assurantiels contre les chocs énergétiques et l’accélération de la décarbonation de la flotte de pêche.

La guerre au Moyen-Orient illustre, une nouvelle fois, la vulnérabilité de l’économie française et plus largement européenne face aux chocs énergétiques. Elle met aussi en lumière les limites des leviers d’action à court terme, entre contraintes industrielles, impératifs environnementaux et discipline budgétaire.

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