Plenitude et Methagora ouvrent la voie aux premiers contrats via les certificats de production de biogaz

Biogaz
16/03/2026
5 min

Le fournisseur d’énergie Plenitude et le développeur de projets Methagora ont annoncé la semaine dernière un accord portant sur l’approvisionnement de 50 GWh de biométhane par an pendant quinze ans, dans le cadre du dispositif des certificats de production de biométhane (CPB) entré en vigueur au 1er janvier 2026.

Par Gaz d’aujourd’hui

Annoncé le 11 mars en marge du salon Expobiogaz, Methagora fournira à Plenitude, société géré par l’énergéticien italien Eni, 50 GWh de biométhane chaque année sur une durée de 15 ans, issu de quatre unités de méthanisation réparties sur différentes zones agricoles françaises. Un contrat de fourniture qui s’appuie sur le dispositif des certificats de production de biométhane (CPB), un mécanisme extra-budgétaire qui doit permettre de massifier la production de biométhane en France sans impacter les finances publiques. Un dispositif en phase de déploiement mais qui souffre déjà selon les acteurs de la filière d’un manque de visibilité avec des trajectoires d’obligation qui ne dépassent pas l’année 2028.

Convertir les unités existantes de méthanisation

Le modèle économique de Methagora repose sur la transformation d’unités de méthanisation déjà en activité. L’entreprise cible en particulier des sites qui valorisent aujourd’hui le biogaz par cogénération, afin de les convertir à l’injection de biométhane dans le réseau. Cette transformation implique l’installation d’équipements spécifiques — épurateurs, compresseurs ou systèmes de détente — permettant d’épurer le biogaz et de le rendre compatible avec les réseaux gaziers. Dans ce contexte, certains acteurs ont pris les devants en concluant les premiers accords commerciaux. « Dès le début de la période d’obligation en 2026, on commencera à livrer les premiers volumes », explique Florent Thouminot à Gaz d’aujourd’hui, directeur général de Méthagora. « Nous avons plusieurs installations, ce qui nous permet de mutualiser le risque et de prendre des engagements fermes. C’est d’ailleurs ce qui a intéressé notre partenaire et permis de conclure l’accord » souligne-t-il.

Des négociations dans un contexte réglementaire mouvant

Ces premiers contrats ont toutefois été négociés dans un environnement réglementaire encore instable. Le cadre des CPB s’est construit progressivement, obligeant les acteurs à ajuster les paramètres contractuels au fil des annonces publiques. « Le contrat a été long à négocier parce que nous étions au tout début des CPB. Le contexte réglementaire évoluait en permanence », poursuit Florent Thouminot. « Nous avons dû modifier plusieurs fois les éléments contractuels au gré des incertitudes et des annonces, jusqu’aux changements de coefficients de modulation intervenus fin décembre. » Pour les parties prenantes, l’objectif était avant tout d’ouvrir la voie. « C’était important de mettre un premier pied dans ce mécanisme et d’apprendre en marchant. Aujourd’hui, on a construit un partenariat solide et j’espère que cela en amènera d’autres. »

Mutualiser la production pour sécuriser les volumes

L’un des piliers du contrat repose sur une logique d’agrégation de la production. Plutôt que de dépendre d’un seul site, les volumes fournis à Plenitude proviendront de plusieurs installations. « Les volumes ne proviennent pas d’une seule unité. Ils viennent de plusieurs installations, ce qui permet de sécuriser l’approvisionnement et de prendre des engagements plus crédibles », explique Florent Thouminot. « C’est aussi ce qui rend possible un vrai partenariat entre les parties. » Dans l’état actuel du marché, les projets capables de produire rapidement sont les plus recherchés. Les installations existantes — notamment celles issues de la cogénération — bénéficient d’un avantage compétitif. « Un site qui ne sera mis en service qu’en 2028, aujourd’hui personne n’en veut vraiment », reconnaît Florent Thouminot, « l’acheteur doit pouvoir couvrir son risque sur une période suffisamment longue. Si la production arrive trop tard, il ne bénéficie presque pas du contrat. » Une réalité qui explique pourquoi les premiers contrats CPB s’appuient largement sur des infrastructures déjà en activité ou sont portés par des grands groupes.

Malgré ces premières signatures, la filière reste au stade de l’expérimentation. « On parle encore du tout début. Les volumes sont modestes », souligne Florent Thouminot. « C’est très positif de voir que des acteurs importants comprennent le mécanisme et acceptent de s’engager. Mais pour lancer réellement la machine, il faudra aller plus loin. » L’enjeu, désormais, est de passer à l’échelle industrielle. « Aujourd’hui, on teste le système avec quelques contrats. Si l’on veut atteindre la croissance attendue, il faut passer de la pré-série à la série. »

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