PPE : pas de moratoire, appels d’offres relancés… les syndicats EnR « rassurés »

Politiques énergétiques
06/02/2026
7 min

Reçus ce 6 février à Matignon par le Premier ministre Sébastien Lecornu, les représentants du secteur des énergies renouvelables ont obtenu des garanties jugées cruciales pour l’avenir de leurs activités et de milliers d’emplois.

Par Laura Icart, avec AFP

Un climat « très constructif » et surtout un message clair. Ce vendredi, pendant plus de deux heures, les syndicats représentatifs des énergies renouvelables ont échangé avec le Premier ministre Sébastien Lecornu, entouré du ministre de l’Économie Roland Lescure, au sujet de la future programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), la feuille de route énergétique de la France jusqu’en 2035. En arrivant à Matignon, les professionnels savaient que la séquence serait décisive. « Deux scénarios étaient possibles : soit un énième cycle de concertation qui aurait enterré la PPE, soit un arbitrage final », écrit Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables, sur son compte Linkedin. « Sébastien Lecornu a choisi la seconde option. »

Pas de moratoire

« À l’évidence, il n’y aura pas de moratoire sur les énergies renouvelables », se félicitent dans un communiqué commun le SER, France renouvelables et Enerplan. Une annonce très attendue alors que la rumeur d’un coup d’arrêt planait depuis plusieurs semaines sur les projets solaires et éoliens. Pour les organisations professionnelles, « cette clarification était attendue et nécessaire pour rassurer les salariés des entreprises du secteur ».

Des appels d’offres relancés

Autre engagement clé obtenu lors de la réunion : la reprise des appels d’offres publics, indispensables pour lancer de nouveaux projets. « La filière a obtenu des garanties du Premier ministre sur la relance des appels d’offres », assurent les syndicats qui y voient une condition vitale pour maintenir l’activité industrielle et l’emploi dans les territoires. « La réunion a été très constructive. Le Premier ministre a été à l’écoute » explique Daniel Bour, président d’Enerplan. Mais au-delà des mesures techniques, les acteurs retiennent surtout le cap politique affiché par l’exécutif. Lors de cette première rencontre à ce niveau depuis plus d’une décennie, Jules Nyssen souligne que le chef du gouvernement « a consacré deux heures d’une discussion franche et directe pour nous dire que la France avait un combat à gagner, celui de la souveraineté ». Et d’insister : « La souveraineté passe par la maîtrise de notre destin énergétique. La PPE est l’outil pour y arriver. Elle doit permettre de constituer l’équipe de France des énergies. »

L’urgence énergétique en toile de fond

Au-delà des mesures concrètes, les discussions ont mis en lumière un sentiment d’urgence partagé par le gouvernement et la filière. « La question énergétique est aujourd’hui une question de souveraineté, de sécurité d’approvisionnement et de compétitivité industrielle », soulignent les organisations, pointant le contexte géopolitique international et la dépendance persistante aux énergies fossiles. Les acteurs appellent désormais à une mobilisation générale. « Nous sommes prêts à prendre notre part. Mais cela suppose une véritable “équipe de France des énergies”, alignée sur des objectifs clairs et ambitieux afin de sortir de notre dépendance aux énergies fossiles. » Pour eux, la PPE3 doit devenir « un cadre opérationnel, lisible et crédible » capable de déclencher des investissements massifs dans l’industrie et l’emploi local. Et surtout marquer la fin des hésitations. « Le débat doit rester centré sur l’avenir énergétique de la France et sur la manière de joindre les actes aux paroles », estime encore Jules Nyssen. « Les énergies renouvelables doivent occuper une place importante dans la PPE. C’est bien ce qui nous a été confirmé ce matin. »

Une rencontre « constructive » pour les acteurs du nucléaire

Les principaux acteurs de la filière nucléaire française — EDF, sa filiale Framatome et Orano — ont eux aussi été reçus aujourd’hui par le Premier ministre et le ministre de l’Économie. À l’issue de cette rencontre, qualifiée de « constructive », les industriels ont souligné la mobilisation de l’ensemble du secteur pour garantir une électricité compétitive, souveraine et bas carbone. Ils saluent notamment la priorité donnée par l’État à l’électrification des usages et au soutien durable de la filière nucléaire, jugés essentiels pour assurer la continuité de la production, la sûreté des installations et l’emploi qualifié sur le territoire. Dans un contexte de relance du nucléaire aux côtés des renouvelables et de l’hydraulique, les échanges ont également porté sur le programme des futurs réacteurs EPR2 et la stratégie de recyclage du combustible.

Une feuille de route attendue depuis plus de deux ans

Car le retard s’accumule. La PPE, document stratégique censé planifier la politique énergétique du pays, est attendue depuis deux ans et demi. Sa publication a été repoussée à plusieurs reprises, sur fond de divisions politiques entre partisans du nucléaire et défenseurs des renouvelables. Les représentants du secteur redoutaient qu’un ralentissement du solaire et de l’éolien ne fragilise des milliers d’emplois. France renouvelables alertait encore récemment sur « l’impact sur l’emploi d’un coup de frein au déploiement ».

Faure hausse le ton contre « l’extrême droite »

Depuis des mois, la question de la PPE rythme aussi la vie politique française à bon et mauvais escient tant le débat est devenu idéologique et très caricatural. Dans une tribune publiée vendredi, le patron du Parti socialiste Olivier Faure presse le gouvernement d’agir sans tarder. « Ça suffit ! Attendre encore, c’est condamner des filières énergétiques qui ont besoin d’une trajectoire, prendre le risque d’investisseurs qui partiront ailleurs… et surtout renoncer à notre souveraineté », écrit-il. Il appelle le Premier ministre à « tourner le dos aux sirènes obscurantistes de l’extrême droite » accusée de vouloir freiner l’essor du solaire et de l’éolien. « L’extrême droite est une boussole qui indique systématiquement la mauvaise direction. Leur pression ne peut conduire le gouvernement à saborder les énergies renouvelables », insiste-t-il. Et de prévenir : « Si les renouvelables ne progressent pas, alors les fossiles seront de facto l’alternative et la planète comme les Françaises et Français en paieront le prix. »

En attendant la publication officielle de la PPE3, promise « dans les prochains jours », les syndicats assurent rester mobilisés.

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