EDF fixe à 72,8 milliards d’euros le coût plafond des six EPR2

Nucléaire
18/12/2025
6 min
EDF a révisé en nette hausse le coût prévisionnel du programme de six réacteurs nucléaires EPR2, désormais estimé à 72,8 milliards d'euros, soit une augmentation d'environ 40% par rapport au devis initial. ©Shutterstock

Après plus de deux ans d’attente, EDF a enfin levé le voile sur le devis consolidé de son programme de nouveau nucléaire. L’électricien public a officialisé un coût maximal de 72,8 milliards d’euros pour la construction de six réacteurs EPR2 à Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord) et au Bugey (Ain).  Depuis l’annonce initiale de 2022, la facture du programme de relance du nucléaire français a augmenté de près de 40 %, ravivant les interrogations sur la maîtrise des coûts et du calendrier. Ce même jour, EDF a confirmé ses prévisions de production pour 2026-27, plus prudente sur 2028 en raison d’ »incertitudes« .

Par la rédaction, avec AFP

EDF a franchi une étape clé dans la relance du nucléaire français. Réuni le 18 décembre, le conseil d’administration de l’électricien public a validé un devis prévisionnel de 72,8 milliards d’euros (en euros 2020, hors coûts de financement) pour son programme de construction de six réacteurs EPR2 à Penly, Gravelines et au Bugey. Ce chiffrage consolidé, attendu de longue date, marque toutefois un nouveau renchérissement du « chantier du siècle ». Par rapport à la précédente estimation de 67,4 milliards d’euros fin 2023, la hausse atteint près de 8 %. Surtout, depuis l’évaluation initiale de 51,7 milliards d’euros publiée en 2022, le coût global du programme a bondi d’environ 40 %, alimentant les critiques sur la capacité d’EDF à tenir ses engagements industriels.

Un plafond de coûts assumé par EDF

L’entreprise se veut néanmoins rassurante. Ce nouveau chiffrage, fruit d’un an de travaux, a été présenté comme un plafond de coûts lors des discussions engagées avec l’État sur le financement du programme. « Le montant total du devis est aligné avec l’enveloppe globale telle qu’elle avait été travaillée avec l’État », a souligné Bercy, y voyant un signe de montée en maturité du projet. EDF explique cette révision par un relèvement des provisions pour risques, destinées à couvrir les aléas techniques et industriels. « On vise aujourd’hui à démontrer que le programme va être mis sous contrôle et suivi de manière rigoureuse », a assuré Xavier Gruz, directeur exécutif chargé de la maîtrise d’ouvrage du nouveau nucléaire. Pour 2026, le conseil d’administration a par ailleurs validé une enveloppe budgétaire de 2,7 milliards d’euros, destinée à financer la poursuite des travaux préparatoires.

Tirer les leçons de Flamanville

Pour établir ce nouveau devis, EDF s’est appuyée sur plusieurs leviers : le retour d’expérience des chantiers d’EPR existants, notamment Flamanville en France (Manche) et Hinkley Point au Royaume-Uni, ainsi qu’un important travail d’optimisation industrielle. L’objectif affiché est de réduire la durée de construction de chaque réacteur de 96 à 70 mois, grâce à l’effet de série et à une meilleure organisation des chantiers. L’enjeu est crucial pour le groupe, encore marqué par les déboires de l’EPR de Flamanville, longtemps qualifié de « chantier maudit ». Raccordé au réseau en décembre 2024 avec 12 ans de retard, ce projet a symbolisé les pertes de compétences de la filière et les dérives de coûts du nucléaire français.

Un calendrier repoussé

Sur le plan du calendrier, EDF confirme un nouveau glissement. La mise en service du premier réacteur EPR2 à Penly est désormais attendue en 2038, contre une fourchette initiale de 2035 à 2037. Les réacteurs suivants devraient entrer en service avec un cadencement de 12 à 18 mois. D’ici là, plusieurs jalons restent à franchir. Le devis sera soumis à un audit approfondi de la délégation interministérielle au nouveau nucléaire (DINN) dès janvier 2026. L’objectif est d’aboutir, d’ici fin mars, à un devis partagé entre l’État et EDF, préalable à une décision finale d’investissement attendue fin 2026. Le programme EPR2 repose sur un montage financier largement adossé à l’État, notifié à la Commission européenne le 19 novembre. Il prévoit notamment un prêt public avantageux finançant environ 60 % des coûts de construction, un contrat pour différence sur 40 ans garantissant un prix de l’électricité, ainsi qu’un partage des risques entre l’État et EDF.

Production nucléaire : cap maintenu à court terme, prudence à l’horizon 2028

EDF confirme ses prévisions de production nucléaire pour 2026 et 2027, attendues entre 350 et 370 TWh, soit un niveau stable pour un parc de 57 réacteurs, incluant l’EPR de Flamanville désormais à pleine puissance. Pour 2028, le groupe se montre plus prudent, publiant pour la première fois une fourchette élargie de 345 à 375 TWh, en raison d’« incertitudes accrues » sur l’évolution de la demande électrique et les besoins de modulation du parc, dans un contexte de consommation toujours inférieure d’environ 6 % à son niveau d’avant-Covid et de montée en puissance des énergies renouvelables. Ces projections intègrent également un programme de maintenance lourd, avec la poursuite des visites décennales liées à la prolongation des réacteurs au-delà de 40 ans. À moyen terme, EDF maintient toutefois son objectif stratégique : ramener la production nucléaire à 400 TWh à l’horizon 2030.

Autant de dispositifs destinés à sécuriser un projet stratégique pour la souveraineté énergétique française, mais dont le coût croissant continue d’alimenter le débat. Si EDF affirme disposer désormais d’une meilleure visibilité, la réussite industrielle et financière du programme EPR2 reste suspendue à sa capacité à tenir, enfin, coûts et délais.

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