TotalEnergies projette d’installer un méga-projet de fabrication d’hydrogène vert en Tunisie

Pour parvenir à atteindre les objectifs fixés dans sa feuille de route hydrogène, la Tunisie devra développer de nombreuses infrastructures nécessaires à la production telles que les électrolyseurs mais aussi des infrastructures de production d’énergies renouvelables. ©Shutterstock

Publié le 28/05/2024

4 min

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TE H2, co-entreprise des groupes TotalEnergies et Eren, et l’électricien autrichien Verbund ont annoncé mardi 28 mai la signature d’un protocole d’accord avec la Tunisie en vue d’édifier un grand complexe de production et exportation d’hydrogène vert d’une capacité annuelle de 200 000 tonnes.

Par la rédaction, avec AFP

 

Hier, un consortium composé de la société TE H2, une co-entreprise fondée par TotalEnergies et le groupe Eren, et du leader autrichien de l’électricité Verbund, a signé un protocole d’accord avec la Tunisie pour étudier la mise en œuvre du projet d’hydrogène vert « H2 Notos » qui vise à produire de l’hydrogène par électrolyse, à base d’électricité solaire et éolienne, pour l’exporter par pipeline vers l’Europe.

De 200 000 à 1 million de tonnes par an

Durant sa phase initiale, vers 2030, ce projet qui se chiffre en « nombreux milliards de dollars », vise 200 000 tonnes d’hydrogène par an produites à partir de 3 GW de capacités électriques, a indiqué David Corchia, le directeur général de TE H2. Il ambitionne ensuite d’atteindre « 1 million de tonnes par an » (15 GW). L’hydrogène serait acheminé par pipeline, construit spécialement jusqu’à la côte nord tunisienne, avant de passer par un gazoduc marin transportant aujourd’hui du gaz, puis par le futur pipeline « SoutH2 corridor » prévu d’ici 2030 et remontant vers l’Europe par l’Italie, a expliqué M. Corchia. Le transport par pipeline est moins coûteux que la double transformation en ammoniac qu’exigerait un acheminement par bateaux, a-t-il ajouté. Mais le responsable n’a pas caché les nombreux défis du projet.

De nombreux défis à relever

« Nous entrons à présent dans une phase de travaux techniques importants destinés à évaluer la faisabilité du projet. Il nous faudra pour cela continuer d’approfondir la collaboration constructive et fructueuse que nous avons déjà avec les autorités tunisiennes nationales et locales. » C’est « un projet prometteur (mais) il y a encore beaucoup de travail pour sécuriser les terrains, sur l’impact environnemental de éoliennes, les possibilités de construction » du pipeline… L’eau nécessaire à l’électrolyse viendra, elle, du dessalement d’eau de mer, a précisé M. Corchia. Pour la Tunisie, « l’accord conclu avec TE H2 et Verbund marque une étape importante dans notre démarche pour une énergie propre et durable », a déclaré Fatma Thabet Chiboub, la ministre de l’Énergie tunisienne citée dans le communiqué, alors que son pays estimait l’année dernière être en mesure d’exporter de 5,5 à 6 millions de tonnes d’hydrogène vert vers l’Europe d’ici 2050, soit plus de 50 % des 11 millions de tonnes d’hydrogène vert qui pourraient être importées par l’Europe en provenance de la Tunisie, de l’Algérie et de la Libye selon l’European Hydrogen Backbone (EHB). De nombreux acteurs industriels dans le monde tentent de se positionner dans la course à l’hydrogène vert, vu comme le moyen de décarboner l’industrie et les transports lourds, mais se heurtent encore à des problèmes de coûts et de complexité technique. Outre le projet tunisien, TE H2 développe des projets sur d’autres grands sites à fort gisement solaire et éolien, au Maroc, en Mauritanie, en Égypte mais aussi en Finlande ou en Australie, l’objectif étant de pouvoir en exporter les résultats. Son projet le plus avancé se trouve à la pointe sud du Chili, où l’entreprise a sécurisé auprès d’un propriétaire privé près de 120 000 hectares, pour installer 8 à 10 GW d’éolien. L’endroit « nous sert aussi de laboratoire sur les aspects technologiques et coûts« , a indiqué M. Corchia, qui appelle l’UE à « penser global » pour soutenir l’industrie de l’hydrogène vert en Europe.

De son côté, le gouvernement tunisien, qui a récemment publié sa stratégie nationale de l’hydrogène vert, prévoit la production de 8,3 millions de tonnes d’hydrogène vert à l’horizon 2050, dont environ 6 millions de tonnes pour l’export vers l’UE par pipeline et un peu plus de 2 millions pour le marché local et l’export sous
forme de H2V ou dérivés, tels que l’ammoniac vert, le méthanol vert et les carburants synthétiques
verts. « Une capacité d’environ 100 GW sera nécessaire pour cette production » précise la feuille de route du gouvernement tunisien. L’ensemble de ces initiatives pourrait générer des investissements totalisant 120 milliards d’euros et créer 430 000 emplois directs et indirects.