Quatre infos à retenir cette semaine

En bref...
12/04/2026
11 min

La CRE plaide pour un soutien public aux renouvelables plus ciblé et concurrentiel suite à la remise  du rapport de Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot qui appelle à une refonte profonde des mécanismes de soutien aux énergies renouvelables (EnR), dans un contexte de contrainte budgétaire. Parallèlement, la hausse de 15,4 % du prix repère du gaz au 1er mai illustre l’impact des tensions géopolitiques sur les marchés. Le Haut-Commissariat au plan souligne les atouts français en matière de décarbonation malgré des financements encore limités, tandis que l’Anses alerte sur le poids du chauffage au bois dans la pollution de l’air.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

Énergies renouvelables : la CRE pousse pour un soutien public plus ciblé et plus efficace

Face à la hausse rapide du coût du soutien public aux énergies renouvelables, les autorités accélèrent la réflexion sur une réforme du modèle français. Tandis que la Commission de régulation de l’énergie (CRE) détaille ses recommandations pour améliorer l’efficience économique des dispositifs existants, le gouvernement, appuyé sur le rapport remis par Jean-Bernard Lévy et Thierry Tuot, affiche sa volonté de reprendre la main sur les mécanismes de soutien. Deux prises de position convergentes qui traduisent un tournant vers un pilotage plus concurrentiel et maîtrisé de la transition énergétique.

Dans un contexte de fortes contraintes budgétaires, le régulateur a publié vendredi 10 avril 25 recommandations pour « optimiser le soutien public aux énergies renouvelables » et au stockage d’électricité, tout en rappelant leur rôle « essentiel » pour la résilience du système électrique et la décarbonation de l’économie.  Le régulateur insiste sur la nécessité d’adapter les mécanismes de soutien « pour suivre les besoins du système », tout en préservant « la lisibilité, la prévisibilité et la stabilité du cadre » pour les investisseurs. Il met en garde contre toute remise en cause trop large des contrats existants, estimant que ces mesures ne doivent être engagées que lorsque « l’enjeu, notamment économique, est significatif ». À ce titre, la CRE se dit prête à instruire les ajustements liés aux contrats photovoltaïques « S6/S10 » prévus dans le budget 2026. Sur le fond, l’autorité plaide pour un recours accru à la concurrence. Elle recommande notamment d’« adapter régulièrement les prix plafonds des appels d’offres » et de « réduire le nombre de périodes » pour renforcer la pression concurrentielle. Elle suggère également de lever certaines contraintes, comme la limite de 250 MW pour les projets photovoltaïques sur terrains agricoles, jugés parmi les plus compétitifs. Autre axe clé : mieux intégrer les besoins du système électrique. La CRE propose d’inciter les producteurs à adapter leur production aux signaux de marché, en particulier lors des périodes de prix négatifs. Parmi les pistes, l’introduction d’« une franchise de deux heures par jour sans compensation » ou encore des mécanismes incitant à produire « lors des mois pendant lesquels les prix sont les plus élevés ». Objectif affiché : privilégier les projets « les plus bénéfiques pour le système » et non uniquement les moins coûteux à court terme.

Le régulateur appelle également à une approche plus pragmatique sur l’éolien en mer, en privilégiant « les projets les plus accessibles » et en tempérant le développement des technologies les plus coûteuses, comme l’éolien flottant. Enfin, il insiste sur l’urgence d’optimiser le raccordement au réseau et de faciliter l’intégration du stockage, afin de mieux absorber la production renouvelable. « La recherche de l’efficience (…) doit s’entendre à l’échelle de la collectivité dans son ensemble » souligne la CRE qui estime que ces mesures pourraient contribuer à réduire durablement le coût du soutien public, aujourd’hui exposé à la volatilité des prix de marché. Du côté de Bercy,  plusieurs priorités ont été retenues : privilégier les appels d’offres « pour tirer le meilleur parti de la concurrence », développer des dispositifs « neutres technologiquement » et accélérer le couplage entre production, stockage et électrification des usages. « L’un des leviers principaux réside dans le développement résolu des énergies renouvelables », insiste l’exécutif. Le gouvernement entend également simplifier les procédures administratives et favoriser l’investissement local, tout en maîtrisant la dépense publique. Certaines mesures sont déjà engagées, notamment sur les prix négatifs et la refonte des dispositifs tarifaires. « Les recommandations visent à réduire le coût du soutien public tout en garantissant une électricité abondante et compétitive » souligne Bercy, qui précise que la mise en œuvre sera progressive.

Décarbonation : la France a des atouts, malgré des financements fragiles, note le Haut-Commissariat au plan

La France dispose de nombreux atouts en faveur de la décarbonation de l’économie, notamment dans l’énergie grâce au nucléaire, mais reste en retrait sur certaines nouvelles technologies, à l’instar des batteries, indique le Haut-Commissariat au plan dans une note publiée jeudi. Dans ces travaux, qui cherchent à situer la France dans « la dynamique mondiale de l’innovation +bas carbone+ », les auteurs mettent en avant la « position forte » du pays « en matière d’énergie décarbonée, en grande partie du fait du nucléaire ». Cette bonne position s’explique par le fait que le nucléaire reçoit une grande partie des financements publics pour la recherche et le développement : presque la moitié des crédits budgétaires lui est consacrée, selon la note. La France fait « partie des pays spécialisés dans les technologies de décarbonation, notamment celles concernant le transport aérien, le ferroviaire, l’énergie nucléaire, les combustibles issus de l’agriculture ou de déchets, ainsi que le captage et stockage du carbone », mentionne également le document. Les auteurs font par ailleurs remarquer que les crédits publics destinés aux énergies fossiles, fortement carbonées, « sont devenus résiduels : leur part est passée de 18 % en 2004 à 2 % en 2023 ». Au global, seuls quelque 10 % des dépenses (publiques et privées) de la France en recherche et développement sont consacrées à l’environnement. « Malgré une croissance soutenue ces dernières années, cet effort reste inférieur à celui de plusieurs pays de l’OCDE », affirme ainsi le Haut-Commissariat dans sa note. La France est « en retrait dans certains domaines en forte croissance mondiale tels que les technologies propres (« cleantech ») liées aux batteries ou aux technologies d’information et de communication », souligne le document. La France peut cependant compter sur « un écosystème d’innovation dynamique », notamment « grâce à ses organismes publics de recherche ». « Parmi les pays de comparaison, la France est avec la Chine le pays pour lesquels la part relative des familles de brevets +cleantech+ impliquant des institutions publiques est la plus élevée », affirment les auteurs de l’étude. « Sur la période 2019-2022, cette part avoisinait 21 %, soit plus de deux fois le niveau observé aux États-Unis et plus de quatre fois celui de l’Allemagne », ajoutent-ils. En revanche, le financement externe, le capital-risque, demeure sous-développé « en comparaison d’autres pays, notamment les États-Unis ».

Le prix repère du gaz en hausse de 15,4 % au 1er mai sur fond de tensions au Moyen-Orient

La CRE annonce une hausse de + 15,4 % TTC du prix repère de vente de gaz (PRVG) au 1er mai 2026, conséquence de la flambée des cours liée à la guerre en Iran. Le PRVG s’établit à 160,54 euros le MWh TTC contre 139,12 en avril, soit un surcoût moyen estimé à 6,19 euros TTC sur la facture mensuelle des consommateurs dont les contrats sont indexés sur cet indicateur. Publié mensuellement par la CRE depuis la disparition des tarifs réglementés au 1er juillet 2023, ce prix repère vise à orienter les ménages dans la comparaison des offres, sans constituer une offre commerciale. La hausse observée provient exclusivement de la composante d’approvisionnement, indexée majoritairement sur les prix de marché « month ahead » et, dans une moindre mesure, « quarter ahead » cotés sur la plateforme EEX, dans un contexte où les prix du gaz ont ponctuellement doublé. Les autres composantes — acheminement et fiscalité — demeurent inchangées à cette échéance. L’impact reste limité en raison de la saison printanière, moins consommatrice de chauffage, et ne concerne pas les 27 % de ménages ayant souscrit une offre à prix fixe. Fin 2025, 10,34 millions de foyers étaient titulaires d’un contrat de gaz naturel en France.

Le chauffage au bois, contributeur majeur à la pollution de l’air, selon l’Anses

Le chauffage domestique au bois constitue une « source majeure » de pollution de l’air, notamment en période hivernale et dans les zones densément peuplées, indique jeudi l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) dans un avis, recommandant de poursuivre les efforts de surveillance et de renouvellement des installations.  En France métropolitaine, entre décembre 2020 et février 2021, la contribution du chauffage domestique au bois a été estimée en moyenne à 77 % du niveau de concentration atmosphérique en particules organiques, à 72 % pour le carbone suie et à 40 % pour les particules fines (PM 2,5). En France, près de 7,5 millions de ménages utilisent le bois pour se chauffer. Or, « les bois de chauffage contiennent des quantités variables de cellulose, lignine, tannins, etc., qui produisent différents composés lorsqu’ils sont brûlés », entraînant la formation de résidus charbonneux et de cendres, de goudrons et de composés volatils, est-il expliqué dans l’avis. « Cette combustion émet dans l’atmosphère un mélange complexe, variable dans le temps et l’espace, de particules et de gaz, comme par exemple des particules fines (PM 2,5), du monoxyde de carbone (CO), des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), du benzène (C6H6) ou des oxydes d’azote (NOx) », est-il précisé. La contribution du chauffage au bois à la pollution atmosphérique varie selon les territoires : elle est plus importante dans le sud et l’est du pays, dans les zones les plus froides de l’Hexagone et là où la dispersion des polluants est plus limitée, comme dans les vallées montagneuses. « Elle est aussi plus importante dans les agglomérations avec une forte densité de population, comme en Île-de-France, notamment à Paris, où le chauffage au bois d’appoint et d’agrément occupe une place prépondérante dans la pollution de l’air extérieur », note l’Anses.

Les foyers ouverts et autres appareils à bûches anciens sont les plus émetteurs en polluants. L’utilisation d’un appareil en allure réduite ou un taux d’humidité trop élevé ou trop faible du bois contribuent également à l’augmentation des émissions de polluants. La pollution issue du chauffage au bois peut avoir des effets sur la santé respiratoire, ORL et cardiovasculaire, favorisant certaines pathologies comme l’asthme ou la bronchopneumopathie chronique obstructive, indique l’Anses. En 2021, le ministère de la Transition écologique avait lancé un plan d’actions visant à réduire de 50 % d’ici à 2030 les émissions de PM 2,5 liées au chauffage au bois dans les territoires les plus pollués. Pour réduire cette pollution et atteindre cet objectif, l’Anses recommande « de poursuivre et renforcer les actions de soutien au renouvellement du parc d’appareils » anciens, de renforcer les solutions de contrôle des installations, ainsi que la sensibilisation et l’information des usagers aux bonnes pratiques.

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