Quatre infos à retenir cette semaine

En bref...
06/04/2026
8 min
©Christopher J Barger / Shutterstock

  

L’Opep+ alerte sur des perturbations durables de l’approvisionnement mondial après les frappes au Moyen-Orient, tandis que l’innovation progresse en France avec un démonstrateur de gaz vert en Bretagne et la confirmation d’un vaste potentiel d’hydrogène naturel en Lorraine, déjà scruté par la Belgique. En parallèle, Air liquide s’illustre dans la mission lunaire Artémis 2, symbole d’une industrie énergétique également tournée vers les technologies de pointe et les nouveaux marchés.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

Les réparations des installations énergétiques vont « prendre longtemps« 

L’Opep+ a averti le 5 avril que les réparations des installations énergétiques endommagées par la guerre au Moyen-Orient étaient « coûteuses » et prendraient « beaucoup de temps« , ce qui pourrait aggraver les difficultés d’approvisionnement mondial en pétrole, annonçant une nouvelle augmentation des quotas de production de pétrole. Cette déclaration intervient alors que le président américain Donald Trump menace, insultes à l’appui, de s’en prendre aux infrastructures iraniennes à 24 heures de l’expiration de son ultimatum pour rouvrir le détroit d’Ormuz. L’Opep+, qui comprend des producteurs clés comme l’Arabie saoudite et la Russie ainsi que plusieurs États du Golfe subissant de plein fouet les frappes de Téhéran, a également annoncé « mettre en oeuvre un ajustement de la production » de 206 000 barils par jour à partir de mai, selon un communiqué. Le 1er mars, ce groupe avait déjà augmenté ses quotas de production de pétrole de 206 000 barils par jour pour le mois d’avril. Depuis le début de la guerre, le 28 février, l’Iran a pratiquement fermé le crucial détroit d’Ormuz. Avant le conflit, environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux transitait par ce détroit. L’organisation a souligné « l’importance cruciale de la protection des voies maritimes internationales afin de garantir la circulation ininterrompue de l’énergie« . « Toute action compromettant la sécurité de l’approvisionnement énergétique, qu’il s’agisse d’attaques contre les infrastructures ou de perturbations des voies maritimes internationales, accroît la volatilité des marchés » et complique la tâche de l’Opep+ dans la gestion des prix mondiaux, avaient averti un peu plus tôt huit pays de l’Opep dans un communiqué distinct. Ces pays, parmi lesquels l’Arabie saoudite, la Russie, l’Irak et les Émirats arabes unis, ont salué les membres ayant trouvé des routes d’exportation alternatives, contribuant selon eux « à réduire la volatilité des marchés« .

Un premier démonstrateur de pyrogazéification dans le Morbihan

À Colpo (Morbihan), Charwood Energy et GRDF franchissent une étape clé dans le développement des gaz renouvelables avec la mise en service d’un premier démonstrateur de pyrogazéification. Lauréat de l’appel à projets national lancé en 2025, le site doit valider, à l’échelle industrielle, la capacité à produire puis injecter dans le réseau un gaz vert issu de résidus solides, encore peu exploité en France. Réalisée à très haute température en absence d’oxygène, la pyrogazéification permet de transformer des résidus solides — biomasse, déchets de bois — en syngaz, ensuite épuré pour être injecté dans le réseau. Complémentaire de la méthanisation, cette technologie ouvre la voie à une production locale de gaz renouvelable tout en contribuant à la valorisation des déchets et à la réduction des émissions de CO₂. Soutenu à hauteur de 400 000 euros, le démonstrateur de Colpo doit permettre de valider les performances technico-économiques de la filière, d’optimiser les différentes briques technologiques et de garantir la conformité du gaz aux exigences du réseau. Il servira également de base à l’accompagnement d’industriels souhaitant décarboner leurs usages énergétiques. Les premières injections sont attendues dès 2027.

Mission lunaire Artémis 2 : la filiale américaine d’Air liquide a fourni du gaz essentiel au décollage

Le groupe français Air liquide, qui se revendique partenaire de longue date de la Nasa, a expliqué jeudi avoir fourni via sa filiale américaine Airgas de l’azote haute pression critique, essentiel pour le décollage de la mission Artémis 2 mercredi en direction de la Lune. Airgas, racheté en 2016 par le spécialiste français des gaz industriels, a fourni à la Nasa ce gaz qui a permis de « soutenir le système de lancement spatial lors de son compte à rebours final et de son décollage« , se félicite Air liquide dans un communiqué jeudi. Cet approvisionnement en azote s’est fait via une usine située à Merritt Island, en Floride, non loin du centre spatial Kennedy, et s’inscrit « dans le cadre d’une collaboration de longue date entre Air liquide et la Nasa, qui s’étend sur plus de 50 ans« . Quatre astronautes se sont envolés mercredi pour un aller-retour de 10 jours autour de la Lune, dans ce qui constitue un test pour ouvrir la voie à un retour sur le sol lunaire en 2028, plus d’un demi-siècle après les missions Apollo. Cette mission « témoigne de notre capacité collective à relever les plus grands défis« , a réagi le directeur général d’Airgas Marcelo Fioranelli, cité dans le communiqué. L’entreprise estime que son « approvisionnement fiable en azote joue un rôle déterminant dans cette avancée majeure« . Le groupe revendique jouer un « rôle-clé dans l’ensemble de la chaîne de valeur de l’exploration spatiale« , citant la fourniture d’équipements et de systèmes cryogéniques pour les lanceurs et les satellites, ou de fluides cryogéniques et de gaz rares de haute pureté pour la propulsion. Air liquide fournit notamment du xénon, du krypton ou de l’argon pour la propulsion électrique à destination des satellites et « des refroidisseurs spatiaux qui garantissent la stabilité mécanique et thermique des instruments embarqués« .

Lorraine : un forage relance la piste de l’hydrogène naturel en Europe

Un forage profond mené en Moselle par La Française de l’énergie confirme le potentiel stratégique de l’hydrogène naturel, encore largement inexploité. Réalisé à Pontpierre, à plus de 3 600 mètres de profondeur — un record mondial —, le puits a mis en évidence une « présence importante » d’hydrogène dissous dans le sous-sol lorrain, confortant les résultats obtenus en 2023 à Folschviller. Cette ressource, dite « hydrogène blanc », pourrait constituer l’un des plus vastes gisements connus, avec un potentiel estimé à 34 millions de tonnes selon le CNRS, de quoi alimenter les espoirs d’une nouvelle filière bas carbone. Au-delà de la confirmation géologique, l’enjeu est désormais technologique. Le projet Regalor II, conduit avec l’Université de Lorraine et des partenaires industriels, vise à mesurer précisément les concentrations et à tester des solutions de séparation de l’hydrogène dissous. Si ces verrous sont levés, l’exploitation pourrait offrir une alternative compétitive à l’hydrogène vert, encore coûteux, et à l’hydrogène gris, fortement émetteur. La découverte dépasse déjà le cadre français. En Belgique, le gouvernement a décidé de lancer un programme d’exploration doté de 1,5 million d’euros, misant sur une possible extension du gisement dans son sous-sol. Pour Jean-Luc Crucke, ministre belge de la Mobilité, du climat et de la transition environnementale, longtemps perçu comme hypothétique, l’hydrogène naturel est désormais « une opportunité stratégique » à explorer avec méthode. Le potentiel évoqué — équivalent à plusieurs années de consommation énergétique nationale — a accéléré la prise de conscience politique et industrielle. Cette dynamique pourrait positionner la Belgique comme l’un des premiers pays européens à se doter d’une stratégie dédiée à l’hydrogène natif, complémentaire des plans déjà engagés sur l’hydrogène vert. Reste toutefois à lever les incertitudes environnementales : en Lorraine comme en Belgique, plusieurs acteurs locaux appellent à la prudence, notamment sur les risques potentiels pour les nappes phréatiques, rappelant les précédents débats autour de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels.

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