Quatre infos à retenir cette semaine

En bref
15/03/2026
9 min
©Shutterstock

Cette semaine, l’Élysée a annoncé que le livret A financerait à hauteur de 60 % le programme nucléaire EPR2, un projet clé pour l’avenir énergétique français. Parallèlement, le géant TotalEnergies a suspendu 15 % de sa production de pétrole et de gaz dans plusieurs pays du Golfe, à cause du conflit au Moyen-Orient, mettant en lumière les risques géopolitiques sur les marchés mondiaux de l’énergie. Du côté des énergies renouvelables, un baromètre révèle que le financement participatif continue de croître, avec 358 millions d’euros levés en 2025 pour des projets verts, soulignant l’attrait croissant des investisseurs pour ce secteur. Enfin, l’impact de la guerre sur l’économie mondiale est redouté en Afrique, où les pénuries de carburant pourraient réduire jusqu’à trois points de croissance, exacerber l’inflation et aggraver les tensions sociales.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

Le livret A financera en partie le programme nucléaire EPR2

Le livret A financera à hauteur de 60 % le programme nucléaire EPR2, a annoncé l’Élysée jeudi à l’issue d’un conseil de politique nucléaire (CPN) tenu en présence d’Emmanuel Macron sur le chantier de la future centrale de Penly (Seine-Maritime). « Le prêt bonifié de l’Etat accordé au programme EPR2 pour 60 % du montant total du programme sera financé par le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts« , selon un communiqué. Cela signifie que le livret A financera en partie le programme de nouveaux réacteurs EPR en France. Le CPN a également confirmé l’objectif d’assurer la décision finale d’investissement, qui sera prise par EDF « avant la fin de l’année 2026, pour une première mise en service d’ici 2038« , a précisé la présidence. Il demande à l’État et à EDF « de prendre toutes les mesures nécessaires pour finaliser les discussions en cours avec la Commission européenne dans un calendrier cohérent avec cet objectif« . Ce conseil, qui définit les grandes orientations de la politique nucléaire nationale, s’est donc tenu sur le chantier de la centrale de Penly qui doit accueillir deux futurs réacteurs de nouvelle génération. Emmanuel Macron a plaidé lors de cette visite en faveur de l’atome, indispensable selon lui à la compétitivité et la souveraineté de la France.

« On n’arrivera pas à gagner la bataille du climat, de la compétitivité et de la souveraineté sans le nucléaire« , a déclaré le président de la République en célébrant le « chantier du siècle » de la relance du nucléaire en France, alors que les travaux préparatoires battent leur plein. Le programme EPR2 vise à construire six nouveaux réacteurs de forte puissance, à Penly, Gravelines (Nord) et Bugey (Ain). Le CPN indique par ailleurs avoir pris acte des conclusions de l’audit du programme de construction des six EPR2 par lequel EDF s’est engagé à tenir la cible de coûts de construction à hauteur de 72,8 milliards d’euros au cours de 2020 et du calendrier du programme.

TotalEnergies suspend quelque 15 % de sa production mondiale de pétrole et gaz

Le géant français TotalEnergies a annoncé le 12 mars suspendre l’équivalent de 15 % de sa production mondiale de pétrole et de gaz dans plusieurs États du Golfe à cause du conflit au Moyen-Orient. « La production a été arrêtée ou est en cours d’arrêt au Qatar, en Irak et en offshore aux Émirats arabes unis, ce qui représente environ 15 % de notre production totale« , a indiqué le groupe dans un message aux investisseurs sur son site internet, tout en précisant que cela concernait le pétrole et le gaz. En revanche, la production pétrolière onshore aux Émirats arabes unis (environ 210 000 barils par jour pour la quote-part de TotalEnergies) « n’est pas affectée par le conflit, car elle est exportée » par oléoduc, « via le terminal de Fujairah » sur le golfe d’Oman, une route alternative pour les hydrocarbures qui évite le détroit d’Ormuz aujourd’hui bloqué. Ses opérations à la raffinerie de Satorp, en Arabie saoudite, se poursuivent elles aussi « normalement pour le moment et alimentent le marché domestique saoudien« . L’entreprise a fait savoir qu' »un prix du pétrole plus élevé » pour le reste de sa production hors de la région permettra de compenser « largement la perte de production au Moyen-Orient« , selon cette déclaration en anglais destinée à répondre aux « demandes de certains de (ses) actionnaires » et à la question de son « exposition au Moyen-Orient« .   

Ainsi, une hausse de « 8 dollars par baril du prix du Brent suffit à compenser » les flux de trésorerie 2026 attendus pour ses « actifs en Irak, au Qatar et en offshore aux Émirats arabes unis, sur la base d’un (baril de) Brent à 60 dollars« , explique-t-il. Le cours de l’action TotalEnergies a pris 4,64% depuis le début du mois, juste après le début de la guerre, pour s’établir à 70,4 euros, soit la plus forte progression du CAC40. Avec une valeur des barils du Moyen-Orient inférieure à la moyenne de son portefeuille, en raison d’une fiscalité plus élevée, cette perte de 15 % de volumes représentent « environ 10 % » des flux de trésorerie de la branche exploration-production du groupe, a précisé TotalEnergies. Le groupe note aussi que l’impact des arrêts de production de GNL au Qatar sur ses activités d’achat-vente de gaz liquéfié (GNL) est « limité« , soit environ 2 millions de tonnes attendues en 2026, « la majeure partie du GNL qatari étant commercialisée par Qatar Energy« .

Les énergies renouvelables continuent leur essor

Selon la 7e édition du baromètre du financement participatif publié par Forvis Mazars et France FinTech, les énergies renouvelables confirment leur dynamisme en 2025, avec 358 millions d’euros collectés, en légère hausse par rapport à 2024 (352 millions). Ce secteur reste un pilier du crowdfunding, représentant une part croissante de la collecte globale, qui s’élève à 1 763 millions d’euros (+ 1,8 %). Les plateformes Lendosphere et Lendopolis dominent ce marché, avec 43,3 % des fonds levés et 207 projets financés, un record. Le rendement brut moyen atteint 7,7 % en 2025, renforçant l’attractivité du secteur, qui reste à faible risque, avec moins de 2 % des projets enregistrant des retards supérieurs à six mois. « Nous restons vigilants sur la sélection des projets, afin de maintenir cette croissance durable », souligne Laure Verhaeghe, présidente de Lendocompany. La publication de la PPE3 et les nouveaux appels d’offres renforcent la visibilité du secteur, augurant des perspectives positives pour les années à venir. Le secteur se tourne également vers l’international, avec des projets en Espagne, Portugal, Grèce et Italie, consolidant la position des plateformes françaises sur le marché européen.

La guerre pourrait coûter jusqu’à trois points de croissance aux économies africaines

Les pénuries de carburant provoquées par la guerre au Moyen-Orient pourraient coûter jusqu’à trois points de pourcentage de croissance aux économies africaines si elles persistent, s’est inquiété vendredi un haut responsable de la régulation énergétique régionale. « Il y a un certain climat de panique« , a déclaré à l’AFP Geoffrey Aori, directeur général de l’Association régionale des régulateurs de l’énergie pour l’Afrique orientale et australe. Les cours mondiaux du pétrole ont dépassé les 100 dollars le baril cette semaine en raison de la guerre déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l’Iran, qui mène depuis des représailles contre des cibles dans plusieurs pays de la région. Selon M. Aori, la plupart des pays africains peuvent déjà s’attendre à une croissance inférieure d’un à deux points de pourcentage par rapport aux estimations initiales, à cause de l’impact du conflit. Cette baisse de la croissance pourrait atteindre deux à trois points de pourcentage si la guerre dure deux mois ou plus, a-t-il ajouté. La hausse des prix du carburant « aura des répercussions sur tous les secteurs : le fret, les droits portuaires, le tourisme, l’alimentation, les transports et l’industrie« , a prévenu M. Aori. En outre, le temps presse : la plupart des pays africains ne disposent de réserves de carburant que pour 15 à 25 jours, loin des 90 jours recommandés par l’Agence internationale de l’énergie. M. Aori a cité l’exemple de son pays d’origine, le Kenya, qui dispose de réserves de carburant pour 20 jours.

Le gouvernement kényan a promis qu’il y avait suffisamment de carburant pour tenir jusqu’à fin avril, mais M. Aori a précisé que cela n’était possible qu’avec un rationnement et une interdiction des exportations vers les pays voisins. Les gouvernements africains doivent atténuer l’impact de la crise en instaurant un rationnement immédiat du carburant et en accordant des subventions pour amortir le choc de l’inflation et de la dépréciation des monnaies, même si cette mesure n’est pas soutenable au-delà de quelques semaines, a-t-il ajouté. « Nous sommes trop dépendants du pétrole et ces conflits ne sont pas près de se terminer« , a-t-il déploré, estimant que cette guerre devrait servir d' »électrochoc » pour le continent, qu’il a appelé à investir dans les énergies alternatives comme l’hydrogène et le méthanol et développer l’utilisation des véhicules électriques. Des tentatives ont été faites pour construire davantage de raffineries en Afrique et accroître les réserves, mais les coûts d’infrastructure se chiffrent en milliards de dollars, à un moment où les pays doivent faire face à de nombreuses demandes concurrentes et à un lourd endettement.

Vous aimerez aussi