Quatre infos à retenir cette semaine

En bref…
25/01/2026
9 min
©Shuttersock

 Cette semaine le  Forum économique mondial  de Davos a révélé une mondialisation fracturée et des visions opposées sur l’énergie et le climat dans un contexte géopolitique tendu. En France, le biométhane territorial illustre la solidité de modèles locaux déjà à l’œuvre. En Île-de-France, la décarbonation industrielle avance mais pose désormais la question de sa compatibilité avec la compétitivité et la mobilisation des PME. Enfin, la suppression annoncée des ZFE dans le cadre de la loi simplification ravive le débat sur le coût sanitaire et économique des renoncements environnementaux.

Par la rédaction de Gaz d’aujourd’hui

Davos 2026 : le dialogue sous tension d’un monde fracturé

Avec plus de 3 000 dirigeants, dont 65 chefs d’État et 850 PDG, la 56e édition du Forum économique mondial s’est tenue la semaine dernière à Davos sur fond de crispations géopolitiques et de lignes de fracture économiques assumées. Officiellement placée sous le thème du « dialogue », la grand-messe alpine ressemble surtout à un face-à-face idéologique. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a profondément rebattu les cartes : remise en cause du multilatéralisme, tensions commerciales accrues, critiques frontales contre l’Europe et ses politiques climatiques, qualifiées de freins à la croissance. À Davos, le président américain a poursuivi son offensive, dénonçant l’éolien comme une « arnaque » et plaidant pour une relance massive des énergies fossiles, tandis que son secrétaire à l’Énergie appelait le monde à « plus que doubler » sa production de pétrole, mettant en garde contre les réglementations européennes sur le gaz et le méthane. Face à cette vision assumée du rapport de force, l’Europe tente de faire bloc. Ursula von der Leyen a défendu une « véritable union de l’énergie », fondée sur les interconnexions, le nucléaire et les renouvelables pour garantir des prix plus bas et une souveraineté énergétique durable. Christine Lagarde, lucide, a reconnu que « la confiance a été sapée, peut-être beaucoup », tout en appelant à transformer les critiques en électrochoc pour l’innovation et la productivité européennes. Même tonalité d’alerte du côté du FMI : malgré une croissance mondiale attendue autour de 3,1 % à 3,3 % en 2026, Kristalina Georgieva juge la dynamique « insuffisante » face à une dette publique proche de 100 % du PIB mondial. Derrière les discours, Davos révèle surtout une question centrale : comment éviter une « récession climatique », non pas technologique mais politique, alors que la transition énergétique progresse sur le terrain — 93 % des nouvelles capacités électriques installées dans le monde sont renouvelables — tandis que la volonté politique, elle, vacille sous la pression des intérêts établis.

ZFE : la CMP tranche, Atmo alerte sur un recul sanitaire majeur

En actant, lors de la commission mixte paritaire du 20 janvier, le maintien de la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) dans le projet de loi de « simplification de la vie économique », députés et sénateurs remettent une pièce dans la machine. En France, depuis plusieurs années, le dispositif des zones à faibles émissions mobilité (ZFEm) issu de la loi d’orientation des mobilités et renforcé par la loi climat et résilience, est au cœur de l’actualité. « Bombe sociale » pour les uns, « parfaitement efficace » pour les autres, la mise en place des ZFE dans les grandes agglomérations françaises est source de tensions entre l’État et les collectivités et de beaucoup d’incompréhensions parmi les Français Introduite par amendement à l’Assemblée à l’initiative de la droite et de l’extrême droite, cette suppression a été confirmée sans modification en CMP, ouvrant la voie à un vote final dans les deux chambres, fin janvier, puis très probablement à une saisine du Conseil constitutionnel. Si la droite assume une mesure jugée nécessaire pour desserrer les contraintes pesant sur les ménages modestes et certains professionnels, Atmo France, fédération des associations de surveillance de la qualité de l’air, dénonce un « recul préoccupant » pour la santé publique. L’organisme rappelle que la pollution de l’air reste responsable d’environ 40 000 décès prématurés par an et que les ZFE constituent un levier avéré de réduction des émissions routières, en particulier des oxydes d’azote. Des évaluations menées à Lyon ou à Rouen montrent des baisses mesurables des NOx directement attribuables à ces dispositifs. Au-delà de l’outil lui-même, Atmo alerte sur les conséquences juridiques et européennes : la disparition de la notion de ZFE fragilise l’action des collectivités volontaires, complique le respect des nouvelles exigences européennes sur la qualité de l’air à horizon 2030 et expose la France à de lourdes pénalités financières. Pour l’organisme, le débat dépasse la seule question des ZFE : il interroge la capacité de l’État à maintenir une politique industrielle, de mobilité et d’aménagement cohérente avec les impératifs sanitaires et climatiques, au moment même où les normes européennes se durcissent. Le vote de l’ensemble du projet de loi aura lieu ce mardi à l’Assemblée nationale.

Décarboner sans décrocher : l’industrie francilienne à l’épreuve de la compétitivité

Dans une note publiée en janvier, l’Institut Paris région dresse un constat à rebours des idées reçues : l’industrie d’Île-de-France, souvent perçue comme marginale ou résiduelle, pèse en réalité 17 % de la valeur ajoutée industrielle nationale et près de 450 000 emplois, tout en ne représentant que 3 % des émissions industrielles françaises. Une singularité liée à la structure même du tissu productif régional, largement dépourvu de sidérurgie lourde, de raffinage ou de chimie lourde. Résultat : la trajectoire de décarbonation y est déjà bien engagée. Entre 2015 et 2022, les émissions industrielles ont chuté de 47 %, soit plus du double du rythme observé à l’échelle nationale. Cette baisse spectaculaire s’explique toutefois en grande partie par des fermetures de sites très émetteurs, comme la raffinerie TotalEnergies de Grandpuits (Seine-et-Marne), l’usine d’ammoniac LAT Nitrogen ou la cimenterie Calcia de Gargenville (Yvelines), révélant une décarbonation « par soustraction » plus que par transformation. L’enjeu de la prochaine décennie est donc clair : passer d’une réduction subie à une transition industrielle maîtrisée, conciliant compétitivité et neutralité carbone. Le principal levier identifié est l’électrification de la chaleur industrielle, alors que 25 sites franciliens encore soumis au marché carbone européen concentrent à eux seuls 44 % des émissions régionales. Alimentée par une électricité française déjà décarbonée à près de 95 %, cette électrification — via chaudières électriques, pompes à chaleur industrielles ou fours hybrides — pourrait couvrir 80 à 90 % des besoins de chaleur d’ici 2035, complétée par le biométhane et d’autres solutions pour les procédés difficiles à électrifier. Si les grands sites ont largement amorcé cette transition, le véritable défi reste ailleurs : mobiliser les 18 000 établissements industriels franciliens, majoritairement des TPE-PME, qui, prises individuellement, émettent peu, mais représentent collectivement plus de la moitié des émissions industrielles régionales. Une équation industrielle et climatique que l’Île-de-France devra résoudre sans sacrifier son attractivité économique.

Dix ans de biométhane dans la Somme

Dix ans après l’injection de ses premiers mètres cubes de biométhane, en décembre 2016, l’unité de production du Vermandois (Somme) s’impose comme l’un des sites pionniers et les plus emblématiques de la méthanisation en France. Exploitée par Engie gaz renouvelables, la centrale célèbre ce 15 janvier 2026 une décennie d’activité au service du territoire des Hauts-de-France. En 2025, elle a produit 30 GWh de biométhane, soit l’équivalent de la consommation annuelle de 2 500 foyers, injectant jusqu’à 350 Nm³ par heure de gaz renouvelable dans le réseau local – près de 28 % du gaz consommé autour de l’agglomération de Ham. Chaque année, environ 38 000 tonnes de matières organiques d’origines agricole et agro-industrielle sont ainsi valorisées, grâce à un écosystème partenarial réunissant 26 exploitations agricoles, 20 industriels, plusieurs entreprises de travaux agricoles et de transport. Le digestat retourné aux champs permet de substituer des engrais de synthèse importés, renforçant la fertilité des sols et réduisant les intrants chimiques. Sur le plan climatique, le site évite plus de 7 000 tonnes de CO₂ par an, l’équivalent des émissions annuelles de 700 Français. « Depuis 10 ans, l’installation de production de biométhane du Vermandois démontre la pertinence d’un modèle vertueux de méthanisation territoriale », souligne Pierre Chambon, directeur général d’Engie gaz renouvelables, qui y voit l’illustration concrète d’une économie circulaire locale, articulant agriculture, industrie et énergie décarbonée. Une trajectoire qui, à l’heure des arbitrages budgétaires nationaux sur les énergies renouvelables, rappelle que le biométhane peut aussi s’inscrire durablement dans les territoires.

Vous aimerez aussi