Les énergies renouvelables ont représenté 25,2 % de la consommation européenne en 2024

Énergies renouvelables
23/12/2025
6 min
Près de 47,5 % de l’électricité consommée en 2024 provenait de sources renouvelables, portée par l’éolien (38%), l’hydraulique (26,4%) et surtout le solaire (23,4%), dont la production a explosé en quinze ans. ©Shutterstock

L’Europe consomme de plus en plus d’énergie renouvelables, mais le rythme reste insuffisant face aux objectifs climatiques… et aux attentes sociales. En 2024, les énergies renouvelables ont représenté 25,2 % de l’énergie consommée dans l’Union européenne. Une progression réelle, mais encore 17 % en dessous de la cible de 42,5 % fixée pour 2030.

Par Laura Icart

En 2024, un quart de l’énergie consommée en Europe était renouvelable. Selon les dernières données publiées par Eurostat, 25,2 % de la consommation finale brute d’énergie dans l’Union européenne provenait de sources renouvelables, contre 24,6 % en 2023. Une progression réelle, mais encore insuffisante : l’UE vise 42,5 % d’ici 2030, soit 17,3% de plus en seulement six ans. Pour atteindre cet objectif, il faudrait augmenter la part des renouvelables de 2,9% par an, soit quatre fois plus vite qu’aujourd’hui. Pour combler ce retard, Bruxelles appelle à une accélération sans précédent. Mais cette transition énergétique pourtant nécessaire se heurte désormais à deux sujets hautement politiques — la compétitivité des économies européennes et le pouvoir d’achat des ménages.

Une Europe coupée en deux

Les écarts entre pays sont frappants. La Suède (62,8 %), la Finlande (52,1 %) et le Danemark (46,8 %), où l’éolien, la biomasse… et le biogaz jouent un rôle clé, affichent déjà des niveaux compatibles avec une économie largement décarbonée. Ces pays bénéficient d’un mix énergétique historiquement renouvelable (hydraulique, biomasse, éolien) et d’industries adaptées à ces coûts énergétiques. À l’inverse, la Belgique (14,3 %), le Luxembourg (14,7 %) et l’Irlande (16,1 %) restent très dépendants des énergies fossiles. Résultat : une exposition plus forte aux prix du gaz et du pétrole importés, notamment pour le chauffage et les transports, et donc une facture énergétique plus sensible pour les ménages comme pour les entreprises.

Près d’un kilowattheure sur deux est vert

Sur le papier, l’Europe peut se féliciter : 47,5 % de l’électricité consommée en 2024 provenait de sources renouvelables, portée par l’éolien (38 %), l’hydraulique (26,4 %) et le solaire (23,4 %), dont la production a explosé en 15 ans. En effet, celle-ci est passée de 7,4 TWh en 2008 à 304 TWh en 2024, une multiplication par plus de 40. Les champions sont l’Autriche (90,1 %), la Suède (88,1 %) et le Danemark (79,7 %). À l’inverse, plusieurs pays restent en retard, comme Malte (10,7 %), la Tchéquie (17,9 %) ou encore le Luxembourg (20,5 %). Côté technologies, l’éolien et l’hydroélectricité fournissent près des deux tiers de l’électricité renouvelable, mais le solaire explose : sa production est passée de 7,4 TWh en 2008 à 304 TWh en 2024. Mais l’électricité ne représente qu’une partie de la consommation totale d’énergie. Le chauffage des logements, les transports et une large part de l’industrie reposent encore sur des combustibles fossiles. C’est là que la transition coûte le plus cher, car elle implique des investissements lourds (rénovation thermique, réseaux de chaleur, carburants alternatifs) souvent répercutés sur les factures.

Pouvoir d’achat : le point de bascule politique

En 2024, seulement 11,2 % de l’énergie utilisée dans les transports était renouvelable dans l’UE. Or, carburants et mobilité pèsent directement sur le budget des ménages. « Tant que les alternatives bas carbone resteront plus chères ou moins accessibles, la transition énergétique sera perçue comme une contrainte, voire une menace pour le pouvoir d’achat » nous confiait récemment un lobbyiste des renouvelables. Même constat pour le chauffage : malgré des progrès, près des trois quarts de l’énergie utilisée pour se chauffer en Europe restent non renouvelables. Dans les pays où le gaz domine encore, la volatilité des prix continue de frapper les foyers, comme lors de la crise énergétique de 2022-2023. En 2024, 26,7 % de l’énergie utilisée pour se chauffer ou se rafraîchir dans l’UE était renouvelable. Là encore, les pays du Nord dominent : Suède (67,8 %), Finlande (62,6 %) et Danemark (56,4 %). Ces performances reposent largement sur la biomasse, les réseaux de chaleur et le biogaz. La Belgique (11,3 %) et les Pays-Bas (11,3 %) figurent parmi les derniers du classement. En 2024, seulement 11,2 % de l’énergie utilisée dans les transports était renouvelable. C’est le secteur le plus problématique alors que l’UE vise 29 % en 2030 (ou une baisse équivalente des émissions) avec des écarts qui sont spectaculaires. La Suède atteint déjà 26,4 % et plus de 20 % en Finlande alors que la Croatie n’est même pas à 1 % et que la Grèce atteint péniblement les 3,9 %. Les carburants renouvelables, les biocarburants avancés, le biométhane et l’électrification peinent encore à s’imposer à grande échelle, faute d’infrastructures et de signaux économiques suffisamment clairs.

Compétitivité : un risque de décrochage industriel

Du côté des entreprises, l’enjeu est tout aussi sensible. Les industries électro-intensives ou fortement consommatrices de chaleur redoutent un désavantage compétitif face à des régions du monde où l’énergie reste moins chère et moins contrainte. Sans mécanismes de compensation efficaces, la transition pourrait favoriser les importations au détriment de la production locale. C’est tout le paradoxe européen : réussir la transition énergétique sans affaiblir son industrie, ni alimenter le mécontentement social. La Commission mise sur les emplois verts, la baisse progressive des coûts des renouvelables et l’indépendance énergétique. Mais à court terme, les bénéfices restent souvent invisibles pour les consommateurs.

En près de 20 ans, la part des renouvelables dans l’énergie européenne a presque triplé. Mais la phase la plus facile semble derrière nous. « Les prochaines années seront les plus coûteuses, les plus visibles et les plus politiquement risquées » nous confie un haut fonctionnaire européen. En France comme en Europe la question énergétique, infiniment liée au contexte économique et social, ne cesse de prendre de l’ampleur. Pour tenir ses objectifs climatiques sans perdre l’adhésion des citoyens, l’Europe devra répondre à une question simple mais explosive : comment verdir l’énergie sans appauvrir les ménages ni fragiliser l’économie ? Sans réponse crédible sur le pouvoir d’achat et la compétitivité, la transition énergétique pourrait devenir l’un des grands sujets de tension politique de la décennie.

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