Les émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 5,8 % en 2023 en France

Le budget carbone 2019-2023 de la SNBC-2 est respecté si l’on prend le total hors puits de carbone (400 Mt émis en moyenne contre un budget de 420 Mt), et n’est pas respecté si l’on prend le total avec puits de carbone (380 Mt émis contre un budget de 379 Mt) indique le 23 mai le Citepa. ©Shutterstock

Publié le 23/05/2024

9 min

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Les émissions de gaz à effet de serre (GES) poursuivent leur recul en France, enregistrant une baisse de 5,8 % (hors puits de carbone) sur l’année 2023 selon des données définitives publiée le 23 mai par Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), soit un doublement par rapport à l’année 2022 (- 2,7 %). La production d’énergie et l’industrie contribuent principalement à cette baisse. Décryptage.

Par Laura Icart

 

« Notre action paie » soulignait mardi le Premier ministre Gabriel Attal sur le réseau X, évoquant la baisse des émissions de gaz à effet de serre en France, finalement plus importante que celle initialement annoncée en mars par le Citepa. « C’est historique. C’est ça, l’écologie à la française » a ajouté Gabriel Attal. En mars, le président de la République indiquait déjà que cette baisse multisectorielle « inédite » était le fruit de « l’effort collectif de tous les Français ». Et il est vrai que 2023 est une année record, puisque la diminution constatée correspond à la quasi-totalité de la baisse réalisée entre 2012 et 2017. « Les objectifs de la SNBC 2 en 2023 et en moyenne sur 2019-2023 sont respectés » indique de son côté le Citepa.

Vers une baisse structurelle des émissions ?

En 2022, les émissions de gaz à effet de serre ont baissé de 2,7 % en France.  En 2023, les émissions totales françaises de GES sont estimées à 373 millions de tonnes équivalentes CO2 (Mt CO2e), hors utilisation et changement d’affectation des terres et foresterie (UTCATF), contre 396 Mt CO2e en 2022 et en dessous du niveau minimum record de 2020 (389 Mt CO2e) . En effet, l’organisme estime qu’en occultant l’année 2020 peu représentative à cause des effets de la crise pandémique, la baisse moyenne observée entre 2019 et 2022 se situait autour de – 2,1 %. « Ramenées au nombre d’habitants, elles passent de 5,5 tCO2e par habitant à 5,2 tonnes » indique le Citepa. L’organisme estime que les émissions de gaz à effet de serre ont baissé tout au long de l’année 2023 pour atteindre – 5,8 %. Tous les secteurs « participent à cette baisse » et plus particulièrement la production d’énergie (- 17,9 %) dont la diminution constitue « un véritable record » selon l’organisme, l’industrie (- 8,7 %) et les bâtiments (résidentiel et tertiaire, – 6 %). Les transports contribuent plus modestement à cette tendance avec une baisse de 3,4 % indique l’organisme mandaté pour réaliser l’inventaire français des émissions. Gaz par gaz, « les émissions de CO2 hors UTCATF ont baissé, entre 2022 et 2023, de 6,9 % ; celles de méthane (CH₄) de 1,3 % et celles de protoxyde d’azote (N2O) de 1,9 % ». Depuis 2017, la France connaît, hors effet rebond, « une dynamique de réduction plus marquée » reconnaît le Citepa. Si ce n’est pas la première fois que la France affiche une baisse aussi importante, ce fut le cas en 2020 (- 9,2 %) mais aussi en 2014 (- 6,6 %), c’est toute de même la première fois que les effets conjoncturels pèsent moins sur les résultats avec une réduction des émissions dans tous les secteurs.

L’industrie et la production énergétique, les plus gros contributeurs

L’année dernière, la France a annoncé vouloir réduire ses émissions GES de 50 % en 2030 par rapport au niveau de 1990 (- 55 % en net, si l’on inclut les puits de carbone que sont sols et forêts), conformément aux engagements européens, ce qui implique de doubler le rythme de baisse des émissions. Par secteur, c’est l’industrie et la production d’énergie qui contribuent le plus à la baisse des émissions. Pour la production d’énergie, le repli des GES est net en 2023 avec une baisse de 17,9 %. Elle résulte notamment de la progression des moyens de production électriques décarbonés, notamment les centrales nucléaires (+ 41,5 TWh, progression liée à la remise en service progressive de centrales), hydroélectriques (+ 9,2 TWh) et aux secteurs du solaire et de l’éolien (+ 15,2 TWh). Le recours aux centrales thermiques a été beaucoup plus faible (-14 TWh pour les centrales à gaz,  les centrales à charbon n’ont représenté que 0,8 TWh). La production d’électricité à partir de gaz a baissé de 40 % en 2023 indiquait début janvier le gestionnaire de transport GRTgaz. Le secteur industriel reste « fortement impacté par la crise énergétique en 2023 », soulignait  le Citepa dans son communiqué de mars, avec des émissions qui baissent en continu depuis 2021. Celles-ci ont diminué de 8,7 % l’année dernière, principalement dû à une baisse de la production industrielle chez les énergo-intensifs. Une baisse principalement due à une réduction des émissions dans les trois secteurs les plus émetteurs : les minéraux non-métalliques (- 6,9 %), la chimie (- 6,4 %) et la métallurgie des métaux (- 13,9 %) qui « représentaient à eux trois 69 % des émissions totales de GES du secteur en 2022 » précise le Citepa. En termes d’activités, la baisse est marquée pour le ciment (- 7,3 %), la chimie (- 9 % pour la chimie organique et inorganique) et la sidérurgie (- 6,4 % pour l’acier brut). « La consommation de gaz naturel a chuté de 19 % dans la grande industrie en 2023 comparativement à 2022 » indique le Citepa, évoquant plusieurs raisons : les difficultés d’approvisionnement, le coût mais aussi des évolutions plus structurelles saisies par les industriels dans le cadre de dispositifs de décarbonation comme France 2030. Si le budget carbone fixé pour ce secteur dans la SNBC 2 pour la période 2019-2023, de 75 Mt CO2e par an, est respecté avec 72,5 Mt CO2e par an en moyenne, le rythme de baisse annuelle devra être conséquent, au moins 2 % selon la SNBC 2 pour atteindre 55 Mt CO2e, sachant déjà que la SNBC 3 sera encore plus ambitieuse avec un rythme de baisse qui « devra avoisiner les 5 %».

Une baisse de 6 % pour le secteur résidentiel-tertiaire

Pour les GES provenant du secteur du bâtiment, la baisse des émissions liées au chauffage, déjà observée en 2022, s’est poursuivie en 2023 avec une baisse de 4 Mt CO2e (- 6 %), « avec des baisses plus marquées au cours du premier et dernière trimestre ». Le secteur résidentiel-tertiaire « atteint, avec 58,4 Mt CO2e, le niveau d’émissions de GES le plus bas depuis 1990 ». À titre d’exemple, les émissions de GES du chauffage, eau chaude sanitaire et cuisson domestique entre les neuf premiers mois 2022 et ceux de 2023 ont baissé de 7,5 %, avec notamment une baisse de consommation du gaz naturel qui continue au troisième trimestre, soit – 8,9 % sur les trois premiers trimestres 2023 par rapport à 2022, indiquait en décembre dernier le Citepa. Une baisse assez facile à expliquer dans un contexte inflationniste important, où la précarité énergétique augmente. Les Français font davantage attention à leur consommation énergétique et appliquent les mesures de sobriété. À cela s’ajoute une météo particulièrement clémente et une politique de rénovation énergétique qui est certes loin de ses objectifs globaux mais qui permet tout de même une installation de modes de chauffage moins carbonés. « Les installations de pompes à chaleur air-air et eau-eau sont en hausse en 2023 » précise le communiqué. Le budget carbone fixé pour ce secteur dans la SNBC 2 pour la période 2019-2023, de 78 Mt CO2e par an en moyenne, est donc respecté avec 68,6 Mt CO2e entre 2019 et 2023.

Le transport, un bilan plus contrasté

Le secteur des transports, et notamment celui du transport routier qui avait connu « une baisse historique de ses émissions en 2020 (- 15 %) » puis un rebond en 2021 (+ 12 %) et 2022 (+ 2 %), connaît la fin de cet effet avec une baisse de 3,4 % l’année dernière. Une réduction « modeste » pour le premier émetteur de GES en France, avec 119 Mt CO2e en 2023, soit près d’un tiers des émissions totales. Si le prix à la pompe peut expliquer certaines baisses ponctuelles de consommation de carburant, le Citepa note davantage des évolutions structurelles mises en place par l’État pour décarboner les transports via des incitations notamment pour aller vers l’électrique et l’hybride mais aussi une évolution des comportements des usagers eux-mêmes pour trouver des alternatives comme le report modal ou le covoiturage. En revanche, les émissions du transport aérien contient d’augmenter, même si une baisse des émissions est constatée sur les vols domestiques (- 3,4 %).

Agriculture : une baisse dans la moyenne

Les émissions de GES dans le secteur de l’agriculture sont en baisse de 1,6 %, soit dans la moyenne observée ces dernières années. « Les émissions agricoles de N2O sont en repli de 1,6 % entre 2022 et 2023 avec un recul des apports d’engrais minéraux au sol et d’apports organiques. » Idem pour les émissions de CH₄, notamment « en lien avec le recul du cheptel bovin et dans une moindre mesure au recul du cheptel porcin ». Les émissions de CO2 du secteur sont en baisse de – 1,5 %, malgré une hausse liée « aux apports en urée » note le Citepa. Avec 76,1 Mt CO2e par an en moyenne émises pour la période 2019-2023, un budget carbone fixé à 77,6 Mt CO2e par an est respecté. Pour tenir les prochains objectifs, ce rythme devra progresser « d’environ 1 % chaque année ».

« De même, l’évolution des puits de carbone est difficile à pré-estimer », précise l’organisme. Ces derniers, bien qu’essentiels à la baisse des émissions nettes, connaissent depuis plusieurs années une fragilisation, qui les empêchent d’absorber autant de CO2 qu’auparavant, en lien notamment avec la dégradation de l’état des forêts françaises.