Les agriculteurs ont besoin « de plus temps » pour leur transition écologique, leur concède Christophe Béchu

L’agriculture doit contribuer à l’effort national d’atténuation et de réduire ses émissions de 13 millions de tonnes éqCO2 pour atteindre 68 millions de tonnes d’ici 2030. ©Shutterstock

Publié le 03/03/2024

5 min

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Le monde agricole a besoin de « plus de temps » pour se décarboner que le reste de l’économie, a concédé le 1er mars le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu, après une rencontre au Salon de l’agriculture avec de jeunes exploitants très critiques envers les normes environnementales.

Par la rédaction, avec AFP

 

« Ce n’est pas un hasard si dans la planification écologique, on demande, on anticipe une décarbonation beaucoup plus forte de l’industrie que de l’agriculture », a déclaré M. Béchu à l’AFP, à l’issue d’un dialogue animé au stand des Jeunes agriculteurs, syndicat allié de la FNSEA, où le ministre de l’Écologie avait tenté de rassurer ces professionnels. « C’est parce que pour faire pivoter 390 000 toutes petites structures, il faut plus de temps que pour faire bouger les 50 industries les plus émettrices de France« , a-t-il ajouté. «J’assume que quand vous travaillez sur le vivant, avec des capacités d’investissement qui sont limitées et avec peu de moyens humains, il faut plus de temps que si vous discutez avec des Alstom et des géants de l’acier. »

18 % des émissions de GES 

L’agriculture représentait 18 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France en 2021, au deuxième rang des secteurs les plus émetteurs après les transports. Ainsi, l’agriculture doit contribuer à l’effort national d’atténuation et de réduction des émissions de 13 millions de tonnes équivalent CO₂ pour atteindre 68 millions de tonnes d’ici 2030. Pour accompagner le secteur agricole dans sa décarbonation, l’État déploie des dispositifs à l’instar du « label bas carbone » qui valorise les modes d’exploitation qui « stockent du carbone ». Depuis sa mise en place en 2018, « 2,3 millions de tonnes COeq. ont ainsi été labellisées sur un ensemble de 918 projets » indiquait le 29 février le MTE. « Les agriculteurs sont les premiers témoins et les premières victimes du dérèglement climatique. Nous devons tout mettre en œuvre pour les accompagner et qu’ils soient plus résilients » rappelait Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire lors d’une conférence baptisée « Atténuation et diagnostics climat », organisée par l’Ademe au Salon international de l’agriculture. Les ministres ont annoncé que le pacte d’orientation en faveur du renouvellement des générations en agriculture et le prochain plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3) prévoiront la mise en place de diagnostics de résilience agricole qui permettront l’accompagnement à la réalisation de diagnostics climat à l’échelle des exploitations agricoles et le développement des approches collectives et territoriales.

« Ce n’est pas l’écologie contre l’agriculture »

« Ce qui compte à la fin, c’est la cohérence du dispositif, c’est qu’on soit à la fois dans le bon rythme sur la baisse des émissions et qu’on soit dans une transition enclenchée, sur laquelle il n’y a pas de recul », a défendu le ministre. « Mais le faire sans [les agriculteurs], si c’est pour continuer à voir une baisse de la production agricole dans notre pays, c’est un non-sens« , a-t-il conclu. Le ministre venait de passer une vingtaine de minutes à écouter les doléances d’exploitants. Ceux-ci lui ont décrit les conséquences de certaines normes jugées excessives ou incohérentes, notamment sur le curage des cours d’eau, les haies ou le débroussaillage. « Ce n’est pas l’écologie contre l’agriculture« , a répondu le ministre aux agriculteurs, concédant que certaines normes sont allées « au-delà du bon sens » et ne sont plus adaptées à l’évolution climatique. « Le dérèglement climatique nous dit qu’on va avoir moins d’eau l’été, plus d’eau l’hiver (…), donc faire en sorte qu’une partie de l’eau qui tombe, on la retienne à l’intérieur des terres pour éviter qu’elle aille plus vite dans la mer, ce n’est pas un truc idéologique, c’est du bon sens », a expliqué le ministre aux agriculteurs, dont les demandes de stockages d’eau supplémentaires pour l’irrigation sont devenues un sujet de controverse.