Le transport maritime veut « faire partie de la solution »

99% de la flotte mondiale dépend encore des carburants conventionnels inique l'ONU même si  le développements  des carburants alternatifs est "prometteur"  avec 21% de navires en commande conçus pour les carburants alternatifs. © Shutterstock

Publié le 06/11/2023

4 min

Publié le 06/11/2023

Temps de lecture : 4 min 4 min

Le secteur du fret maritime, particulièrement polluant, veut « faire partie de la solution » pour la transition écologique, affirme la Chambre internationale de la marine marchande (ICS), appelant à produire à plus grande échelle des carburants à moindre émission carbone. Dans un rapport publié fin septembre, l’ONU demandait également des politiques publiques « plus audacieuses » pour la décarbonation du transport maritime qui représente 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Par la rédaction, avec AFP

 

« Le transport maritime est prêt pour la transition. Nous allons faire partie de la solution, faire en sorte de ne plus être à la traîne », a affirmé dans une interview à l’AFP Guy Platten, secrétaire général de l’ICS, qui dit représenter 80 % de la flotte marchande mondiale. Un panel de représentants de l’industrie maritime et de gouvernements doit se réunir lors d’un sommet coordonné par l’ICS le 10 décembre prochain à Dubaï, dans le cadre de la COP28.

3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre

Le secteur du transport maritime représente plus de 80 % du volume des échanges mondiaux et près de 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. « Les émissions ayant augmenté de 20 % en l’espace d’une décennie » indique l’étude sur les transports maritimes 2023 publiée fin septembre par la Cnuced, la principale institution de l’ONU chargée du commerce et du développement. « Le transport maritime doit se décarboner dès que possible, tout en assurant la croissance économique. Il est essentiel de trouver un équilibre entre la durabilité environnementale, la conformité réglementaire et les exigences économiques pour assurer au transport maritime un avenir prospère, équitable et résilient » souligne la secrétaire générale de la Cnuced, Rebeca Grynspan.

Les ambitions du secteur fustigées

En juillet, un accord international pour décarboner ce secteur plus polluant que le transport aérien, selon l’Institut supérieur d’économie maritime (Isemar), avait été promulgué par l’Organisation maritime internationale (OMI), qui dépend de l’ONU. L’accord mettait en avant l’ambition du secteur d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 et vise une réduction des émissions de CO2 « d’une moyenne d’au moins 40 % d’ici 2030 comparé à 2008 ». Le compromis prévoit aussi des objectifs « indicatifs » (donc non contraignants) de réduction des émissions polluantes d’au moins 70 % d’ici 2040. Les ONG écologistes s’étaient montrées très critiques, fustigeant le manque d’ambition du secteur. Elles espéraient un objectif contraignant de – 50 % d’émissions carbone d’ici 2030 et la neutralité carbone d’ici 2040. « C’est bien de pouvoir parler d’ambitions, (…) mais il faut ensuite les transformer en actions tangibles. Et je pense que c’est ce que nous avons fait », insiste Guy Platten.

Un besoin « critique de carburants verts »

La transition vers des carburants plus propres n’en est qu’à ses débuts, « puisque près de 99 % de la flotte mondiale dépend encore des carburants conventionnels » indique l’ONU dans son  rapport, même si le développement de ces carburants s’avère « prometteurs » avec  21 % de navires en commande conçus pour les carburants alternatifs. Cependant, l’organisme s’inquiète du vieillissement de la flotte mondiale. « Au début de 2023, les navires commerciaux avaient en moyenne 22,2 ans, soit deux ans de plus qu’il y a 10 ans. Plus de la moitié de la flotte mondiale a plus de 15 ans. » Il faut des politiques publiques « audacieuses » indique l’ONU alors que les coûts de la décarbonisation augmentent. La Cnuced estime que « 8 à 28 milliards de dollars supplémentaires » seront nécessaires chaque année pour décarboner les navires d’ici à 2050, et des investissements encore plus importants, allant « de 28 à 90 milliards de dollars par an », seront nécessaires pour développer des infrastructures permettant d’utiliser des carburants 100 % neutres en carbone d’ici à 2050. Selon l’ICS, l’innovation devrait faire partie intégrante de la transition pour le secteur. L’organisation estime notamment qu’il y a un besoin « critique » de carburants verts produits à grande échelle. « Nous testons actuellement des moteurs à l’ammoniac » moins polluants, a-t-il expliqué, affirmant que des moteurs utilisant cette technologie pourraient être mis en service dès l’année prochaine. En septembre dernier, le géant danois du transport maritime Maersk a quant à lui présenté le premier navire au monde fonctionnant au bio-méthanol, dans le cadre de sa stratégie pour abandonner progressivement le recours au gazole. « Je pense que le nucléaire fera partie de l’équation », a également avancé M. Platten.

En 15 ans, « le nombre de navires a augmenté de 40 %, mais en réalité, les émissions de CO2 ont diminué de 14 % », a-t-il également souligné, insistant sur le fait que les navires flambant neufs qui arrivent sur le marché sont beaucoup plus économes en énergie.