Le pic des émissions de CO2 de la production électrique bientôt atteint dans le monde

La stagnation des émissions de l'électricité intervient dans un contexte de consommation électrique stable sur le semestre (+0,4%), une tendance bien inférieure à la croissance moyenne annuelle de la période 2012-2022 (+2,6%). ©Shutterstock

Publié le 11/10/2023

4 min

Publié le 11/10/2023

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Les émissions de gaz à effet de serre de la production électrique mondiale sont restées quasiment inchangées au premier semestre 2023, ce qui pourrait signifier que le pic des émissions du secteur électrique est « proche », affirme le think tank Ember.

Par la rédaction, avec AFP

 

Au premier semestre, les émissions de CO2 générées par la production électrique ont augmenté de seulement 0,2 % (soit + 12 millions de tonnes de CO2) comparé à la même période en 2022, selon le rapport d’Ember publié le 5 octobre, qui conclut qu’elles ont « atteint un plateau ». « Le monde est sur le point de diminuer les émissions du secteur de l’électricité », a commenté Ember après avoir analysé les données mensuelles de 78 pays représentant 92 % de la consommation électrique mondiale. L’éolien et le solaire sont les seules sources d’électricité qui ont « augmenté de manière significative à la fois leur production et leur part dans le mix électrique mondial ». Les émissions auraient pu même davantage diminuer explique Ember si les conditions hydrologiques n’avaient pas été aussi défavorables, obligeant notamment la Chine a avoir un recours plus massif aux combustibles fossiles.

Un statu quo des émissions ?

Au cours du premier semestre 2023, les plus importantes baisses d’émissions de CO2 ont été observées dans l’Union européenne (- 17 %), au Japon (- 12 %), aux États-Unis (- 8,6 %) et en Corée du Sud (- 3 %), surtout grâce à un recul du charbon. En Inde, les émissions ont certes augmenté mais presque trois fois moins qu’au cours de la même période l’année dernière (+ 3,7 %). Les émissions du secteur de l’électricité ont augmenté de 7,9 % en Chine en raison d’une baisse record de la production hydroélectrique. Cette baisse est-elle structurelle ? Difficile à dire ce stade. Selon Ember, c’est effectivement la baisse de la demande qui a entraîné une diminution significative des émissions dans l’Union européenne, aux États-Unis, au Japon et en Corée du Sud, tandis qu’une croissance modérée de la demande en Inde a entraîné un ralentissement de la croissance des émissions. Sans une « baisse historique de la production hydroélectrique due aux sécheresses » attribuées au changement climatique, « les combustibles fossiles et les émissions auraient diminué au premier semestre 2023« , ajoute le rapport. Une stagnation des émissions qui intervient dans une période où la demande mondiale n’a donc augmenté que 0,4 %, à un rythme très inférieur à la croissance annuelle moyenne de 2,6 % observée entre 2012 et 2022. Cette baisse a été particulièrement marquée au Japon (- 5,6 %), dans l’UE (- 4,6 %) et aux États-Unis (- 3,4 %), entraînant dans son sillage une baisse globale des combustibles fossiles. En Inde, où la croissance augmente chaque année, le rythme a aussi diminué, presque divisé par trois entre 2022 et 2023. Mais cette demande est « appelée à repartir à la hausse » pour faire face aux nombreux besoins en électrification, prévient Ember. « Nous devons maintenant déclencher un déclin rapide des combustibles fossiles, en concluant un accord mondial visant à tripler la capacité des énergies renouvelables au cours de cette décennie« , souligne Malgorzata Wiatros-Motyka, analyste en électricité à Ember citée dans le rapport.

60 % de l’électricité mondiale produite à partir de fossile

Les énergies fossiles – gaz et charbon en tête – continuent de produire la majorité de l’électricité mondiale (59,9 % contre 60,1 % au premier semestre 2022), pour une production restée stable (+ 0,1 %). De leur côté, l’éolien et le solaire ont gagné du terrain en livrant au premier semestre 14,3 % de l’électricité mondiale, quand elles produisaient 12,8% de l’électricité mondiale au premier semestre 2022. Mais la croissance de cette production d’éolien et de solaire s’est faite à un rythme plus lent que l’an dernier, respectivement à + 10 % et + 16 %, contre + 16 % et + 26 % au premier semestre 2022. À travers le monde, 50 pays ont établi de nouveaux records mensuels de production solaire au premier semestre 2023. « La Chine reste le leader de la production solaire, fournissant 43 % de la croissance mondiale de la production solaire, tandis que l’UE, les États-Unis et l’Inde ont représenté environ 12 % chacun » relève Ember.

Dans un rapport qu’elle publiait en janvier dernier, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estimait que la croissance de la demande mondiale d’électricité devrait s’accélérer pour atteindre une moyenne annuelle de 3 % au cours des trois prochaines années. Une croissance dominée par les énergies renouvelables et par le nucléaire, répondant ensemble en moyenne à plus de 90 % de la demande supplémentaire.