Le Haut Conseil pour le climat demande au Premier ministre une trajectoire « lisible » et « mobilisatrice »

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Publié le 04/04/2024

4 min

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Le Haut Conseil pour le climat (HCC) interpelle le Premier ministre sur la « dérive du calendrier » dans l’adoption de plusieurs textes de lutte contre le changement climatique, craignant un « risque de recul de l’ambition » de la France, dans une lettre adressée par sa présidente à Gabriel Attal. Dans son rapport publié en juin dernier, le HCC évoquait déjà l’importance de donner de la visibilité à long terme aux acteurs économiques sur les politiques publiques en matière d’énergie et de climat.

Par la rédaction, avec AFP

 

Saluant les chiffres provisoires du Citepa faisant état d’un recul de 4,8 % des émissions de gaz à effet de serre du pays pour 2023, le HCC souligne qu’ils « ne doivent pas occulter les efforts majeurs » qu’il reste à accomplir. Une telle baisse, « si elle était confirmée (…) doit être soutenue chaque année d’ici 2030 et au-delà et se refléter au sein de tous les grands secteurs émetteurs », souligne la présidente du HCC Corinne Le Quéré dans cette lettre datée du 2 avril et rendue publique aujourd’hui.

Aucun texte programmatique mis en œuvre

« À ce jour, le Haut Conseil pour le climat constate qu’après plusieurs consultations et débats, ni la loi de programmation énergie et climat, ni la stratégie française énergie et climat, ni la troisième stratégie nationale bas carbone, ni le troisième plan national d’adaptation au changement climatique, ni la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie n’ont été formellement adoptés, en dépit des obligations législatives », détaille la présidente. Or, « ces documents sont essentiels afin de guider l’action climatique à long terme » de la France, alors que « le niveau d’urgence actuel, tant en matière d’atténuation que d’adaptation (…), invite à réaffirmer fermement et sans délai la politique climatique » du pays. « Le Haut Conseil pour le climat ne peut que s’inquiéter du risque de recul de l’ambition de la politique climatique induit par les dérives de calendrier de ses instruments les plus structurants« , indique la lettre.

Agir pour « assurer la protection de la population »  

L’organisme pointe le fait que l’accélération de la baisse des émissions est « d’autant plus nécessaire » que l’état de santé actuel de nos forêts, suite aux impacts du changement climatique, limite fortement leur contribution au stockage du carbone. Les chiffres du Citepa ne sont que des émissions brutes et ne prennent pas en compte l’impact des puits de carbone. La France a pour ambition de réduire ses émissions de 50 % (- 55 % en net) d’ici 2030 pour se conformer aux engagements européens et atteindre la neutralité carbone. « Ces défis ne pourront être relevés en France que si la politique climatique d’adaptation change d’échelle en devenant anticipatrice, préventive et transformatrice, et si le cadre stratégique pour l’atténuation, qui se construit, est mis en œuvre de manière opérationnelle et systématique« , estime la présidente du HCC. Elle rappelle que « différer la mise en oeuvre comme réduire l’ambition de l’action climatique serait renoncer à assurer la protection de la population« .

Anticiper pour faire face

« On a dépassé la politique des petits pas mais on est encore loin d’être au pas de course » affirmait en juin dernier la présidente de cet organisme scientifique indépendant créé en novembre 2018 par le président de la République et qui analyse les politiques publiques de notre pays en adéquation avec les ambitions climatiques. Dans leur rapport, les experts du HCC invitaient le gouvernement à être dans l’action structurelle plutôt que dans la réaction conjoncturelle en actionnant une politique économique et financière à la hauteur des enjeux climatiques mais aussi sociaux. L’organisme demandait au gouvernement de structurer les politiques publiques en anticipant tous les événements, même les plus extrêmes, afin de préparer chaque secteur de notre économie (la forêt, l’agriculture, la gestion de l’eau, la mobilité, la santé…) à faire face en ayant une approche transversale et intégrée. Surtout que, rappelle le HCC, notre système d’assurance tel qu’il est dimensionné aujourd’hui n’est pas pérenne tant la multiplicité et la fréquence des risques vont être élevées dans les années à venir.