Biométhane : la France doit bâtir sa filière d’élimination du carbone

DÉCARBONATION
23/10/2026
13 min

La production de biométhane pourrait devenir un nouveau moteur de l'élimination du carbone en France. Selon une étude de l'Association française pour les émissions négatives (Afen), la filière génère déjà 1,7 million de tonnes de CO₂ biogénique par an, aujourd'hui très largement rejetées dans l'atmosphère. Leur captage et leur stockage durable pourraient ouvrir une nouvelle voie de décarbonation. Mais la dispersion des installations, les coûts logistiques et l'absence de débouchés suffisamment rémunérateurs freinent encore l'émergence de cette industrie.

Par Laura Icart

La méthanisation pourrait bientôt avoir une autre carte à jouer dans la transition énergétique. Au-delà de la production de gaz renouvelable destiné à remplacer le gaz naturel fossile et de fertilisants, les unités de biométhane produisent un autre flux potentiellement précieux : du dioxyde de carbone d'origine biologique. Un coproduit qui, une fois capté et stocké durablement, pourrait contribuer à retirer du CO₂ de l'atmosphère. C'est le constat dressé par l'Association française pour les émissions négatives (Afen), dans un rapport publié début octobre sur le potentiel de la filière biométhane pour l'élimination du carbone. L'association appelle à mieux intégrer cette ressource à la stratégie climatique française et aux politiques de soutien au captage et au stockage du CO₂.

Un potentiel qui pourrait être multiplié par 10

En France, la production de biométhane représentait environ un milliard de mètres cubes en 2024.  La production de biométhane génère actuellement 1,7 million de tonnes de CO₂ biogénique par an. Sur ce volume, seules 160 000 tonnes sont captées, réparties sur une trentaine de sites. Le reste est majoritairement rejeté dans l'atmosphère. « Si on exploitait tout le potentiel actuellement disponible, on pourrait multiplier par 10 ce gisement, donc à environ 17 millions de tonnes », souligne Jeanne-Marie Hays de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), lors du webinaire de présentation du rapport organisé le 30 septembre 2026. À plus court terme, l'AIE estime que la production française de biogaz et de biométhane pourrait doubler d'ici 2030, portant le gisement de CO₂ biogénique à près de 3 millions de tonnes par an. À l'horizon 2050, le potentiel de production de CO₂ biogénique...

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