La planète n’a jamais consommé autant de charbon

 La demande mondiale de charbon a atteint 8,53 milliards de tonnes en 2023 selon l'AIE, une demande principalement portée par l'Asie alors que la demande décroît en Europe et aux Etats-Unis.  © Shutterstock

Publié le 18/12/2023

5 min

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2023 sera « une année historique » pour la consommation mondiale de charbon indique l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son rapport annuel publié le 15 décembre. La demande mondiale de charbon a augmenté de 1,4 % en 2023, dépassant pour la première fois les 8,5 milliards de tonnes et fortement tirée par le continent asiatique alors qu’à l’inverse elle décroît à des « niveaux records » dans l’Union européenne et aux États-Unis.

Par Laura Icart

 

La planète n’aura jamais consommé autant de charbon que cette année. La demande mondiale a atteint 8,53 milliards de tonnes, « un record historique », essentiellement en raison de la forte hausse en Inde (+ 8 %) et en Chine (+ 5 %) souligne l’AIE. Et si le précédent record datait de l’année dernière (8,3 milliards de tonnes), l’agence estime cependant que a demande mondiale de charbon « devrait diminuer jusqu’en 2026 » avec des décrues déjà entamées dans la plupart des économies avancées en 2023. « C’est la première fois que le rapport prévoit une baisse de la consommation mondiale de charbon au cours de sa période de prévision » indique l’AIE qui estime que pour atteindre les objectifs fixés dans l’accord de Paris, le monde devrait mettre hors service l’équivalent de 92 GW de capacités de production de charbon par an.

Une diminution en perspective ?

La baisse prévue de la demande mondiale de charbon – qui est actuellement la principale source d’énergie pour la production d’électricité, d’acier et de ciment, mais aussi la principale source d’émissions de dioxyde de carbone (CO2) provenant de l’activité humaine – pourrait marquer « un tournant historique » au cours de la décennie, note l’AIE. Toutefois, la consommation mondiale devrait rester supérieure à 8 milliards de tonnes jusqu’en 2026 selon l’étude, même si le rythme de la demande devrait tout de même baisser d’ici 2026 de l’ordre de 2,3 %. Une baisse qui serait principalement due à l’expansion « structurelle » des capacités d’énergie renouvelable au cours des trois années à venir. Lors de la COP28, les États du monde ont appelé à un triplement des renouvelables en 2030. Plus de la moitié de cette expansion de la capacité renouvelable mondiale devrait se produire en Chine, qui représente actuellement plus de la moitié de la demande mondiale de charbon. En conséquence, la demande chinoise de charbon « devrait diminuer en 2024 et se stabiliser jusqu’en 2026 » avec plusieurs facteurs importants influents sur cette baisse dans les années à venir : le rythme de déploiement des énergies propres, les conditions météorologiques et les changements structurels de l’économie chinoise. « Un tournant pour le charbon se profile clairement à l’horizon, même si le rythme auquel les énergies renouvelables se développent dans les principales économies asiatiques dictera la suite des événements, et si des efforts beaucoup plus importants sont nécessaires pour atteindre les objectifs internationaux en matière de climat » souligne Keisuke Sadamori, directeur des marchés de l’énergie et de la sécurité à l’AIE.

Une grande disparité dans la consommation mondiale

Quelques jours après la fin de la COP28 où pour la première fois, même si aucune date de sortie n’est mentionnée, l’ensemble des énergies fossiles ont été citées dans un accord, l’AIE dresse un bilan de la consommation mondiale de charbon au cours de l’année écoulée et souligne la grande disparité entre les régions du monde. En effet, la consommation est en passe de diminuer fortement dans la plupart des économies avancées en 2023, avec notamment des baisses records dans l’Union européenne et aux États-Unis, de l’ordre de 20 % chacune. La demande dans les économies émergentes et en développement reste quant à elle très forte, augmentant de 8 % en Inde et de 5 % en Chine en 2023 « en raison de la hausse de la demande d’électricité et de la faiblesse de la production hydroélectrique ». Car si la Chine représente à elle seule la moitié de la demande mondiale en charbon, l’Inde et l’Asie du Sud-Est devraient représenter « les trois quarts de la consommation mondiale, contre un quart seulement en 1990 ». Selon le rapport, la consommation en Chine aura fait un bond de 220 millions de tonnes (+ 4,9 %) par rapport à 2022, celle de l’Inde aura progressé de 98 millions de tonnes (+ 8 %) et celle de l’Indonésie de 23 millions de tonnes supplémentaires (+ 11 %). Un continent qui consomme tout autant qu’il produit puisque la  Chine, l’Inde et l’Indonésie sont les trois plus grands producteurs de charbon au monde. En 2023, ils devraient représenter plus de 70 % de la production mondiale. Pour la Russie, quatrième consommateur mondial de charbon, « difficile de dresser des perspectives » reconnaît l’AIE, en raison de la guerre en Ukraine et du manque de données fiables. En revanche, la consommation de charbon a fortement ralenti, en premier lieu en Europe avec une baisse de plus de 23 % cette année, soit 107 millions de tonnes, et de 21 % aux États-Unis, soit 95 millions de tonnes.

Si le commerce du charbon devrait se contracter dans les années à venir, il sera toujours aussi fructueux en 2023 sous l’effet de la croissance asiatique, avec des importations chinoises qui devraient s’établir à plus de 450 millions de tonnes et des exportations indonésiennes qui devraient avoisiner les 500 millions de tonnes. Un « nouveau record » en 2023, selon l’AIE.