La baisse des émissions de gaz à effet de serre marque le pas en France

Climat
13/01/2026
6 min
En 2025, les émissions du secteur énergétique devraient se stabiliser autour de 33,1 millions de tonnes de CO2, marquant une diminution marginale de 0,2 % par rapport à 2024. En cause notamment la reprise industrielle via le secteur du raffinage qui affiche une hausse de ses émissions. ©shutterstock

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France continuent de diminuer, mais à un rythme qui ne permet pas encore d’atteindre les objectifs climatiques de long terme. Selon les dernières estimations publiées par le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), les émissions de GES pour l’année 2025 devraient enregistrer une baisse de 1,6 % par rapport à 2024. Toutefois, cet effort est loin d’être suffisant pour respecter les ambitions de réduction fixées dans la stratégie nationale bas carbone 3 (SNBC), présentée en décembre 2025.

Par la rédaction, avec AFP

L’estimation prévisionnelle des émissions de GES sur les neuf premiers mois de 2025, élaborée à partir des données du Citepa, fait état d’une diminution générale de 1,6 % par rapport à la même période de 2024. Cette baisse concerne plusieurs secteurs, mais reste insuffisante dans de nombreux cas. Comme l’Allemagne et d’autres pays riches, la France décélère au lieu d’accélérer sur le climat, malgré les records de chaleur et la hausse tendancielle des événements météo extrêmes, au moment où la volonté politique s’étiole en Europe. Les transports, les bâtiments (chauffage, climatisation…) et l’énergie sont les secteurs les plus en retard dans leur transition vers le bas carbone. Le rythme total de baisse en 2025 a ainsi été deux, voire quatre fois plus lent qu’en 2022 et 2023 (- 3,9 % et – 6,8 %). Il avait déjà commencé à ralentir en 2024 (- 1,8 %).

Une diminution modérée des émissions

Le secteur industriel enregistre une réduction notable de ses émissions, avec une baisse estimée de 2 millions de tonnes équivalent CO₂ (Mt CO₂e), soit – 3,4 % par rapport à l’année précédente. Les transports suivent avec une diminution de 1,4 Mt CO₂e (- 1,4 %), tandis que l’agriculture et les bâtiments voient leurs émissions réduites de 0,8 Mt CO₂e et 0,6 Mt CO₂e, respectivement. Ces résultats préliminaires laissent entrevoir une baisse annuelle de 1,6 % pour 2025, atteignant un total de 363,4 Mt CO₂e, comparé aux 369,2 Mt CO₂e de 2024. Si cette diminution est positive, elle demeure inférieure aux exigences du projet de SNBC 3, qui prévoit une baisse de 4,6 % par an pour rester sur la bonne trajectoire. Cette évolution en demi-teinte des émissions s’inscrit dans un contexte où les progrès réalisés ces dernières années commencent à ralentir. Après une baisse significative en 2022 (- 3,9 %) et 2023 (- 6,8 %), l’effort de réduction des émissions semble s’essouffler. Pour atteindre les objectifs climatiques de la France, une réduction annuelle moyenne de 4 % serait nécessaire, notamment dans les secteurs les plus émetteurs, comme l’industrie et les transports.

L’énergie : un net ralentissement

Au cours des trois premiers trimestres de 2025, la transition énergétique en France « marque une légère évolution », bien que le recul des énergies fossiles dans le mix électrique se fasse à un rythme moins soutenu que lors des années précédentes. En effet, si les émissions liées à la production d’électricité ont diminué de 0,2 Mt CO₂e (- 3 %) par rapport à 2024, cette réduction reste marginale. La production électrique globale est restée stable (environ 394 TWh), tandis que la part des énergies fossiles dans ce mix a diminué de 5 % (12,3 TWh en 2025 contre 13,4 TWh en 2024). Toutefois, cette baisse a été partiellement compensée par une hausse des émissions du secteur du raffinage de pétrole. En effet, « la consommation de gaz de réseau par les raffineries a augmenté, dans un contexte marqué par un rebond de l’activité industrielle, notamment une production de pétrole en forte hausse (+ 6 % pour le troisième trimestre 2025 par rapport à 2024) » note le Citepa. Sur l’ensemble des neuf premiers mois de l’année, les émissions liées au raffinage ont atteint 5,4 Mt CO₂e, soit une augmentation de 6 % (+ 0,3 Mt). Cette dynamique montre que, malgré les progrès dans la décarbonation de la production d’électricité, les secteurs industriels restent un défi majeur pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Une action plus ambitieuse reste nécessaire

 « La baisse des émissions se confirme en 2025 : c’est un signal encourageant, mais elle n’est pas suffisante. Nous devons collectivement nous remobiliser avec l’ensemble des secteurs émetteurs » souligne Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, évoquant l’importance « d’intensifier les actions » notamment dans le cadre du projet de stratégie nationale bas carbone 3 qui devrait être publiée d’ici la fin du premier semestre. Les secteurs de l’industrie et des transports sont particulièrement sous pression. Le secteur des transports, en particulier, qui représente près d’un tiers des émissions nationales, ne parvient pas à atteindre une réduction suffisante, avec seulement une baisse de 1,4 % en 2025. L’objectif de neutralité carbone d’ici 2050, et de réduction de 26 % des émissions d’ici 2030, nécessite des efforts bien plus conséquents.

Des défis majeurs à relever

La DGEC (direction générale de l’énergie et du climat) rappelle sur LinkedIn que « les résultats actuels sont encore en deçà des besoins pour respecter les engagements nationaux en matière de climat ». Elle souligne l’importance de maintenir le cap sur les mesures d’accompagnement, notamment dans les domaines de la rénovation énergétique des bâtiments, du verdissement des transports et de la décarbonation des secteurs industriels. Le projet de SNBC 3 est un cadre stratégique fondamental, mais « il doit être suivi d’actions concrètes et ambitieuses à court et moyen termes pour inverser la tendance actuelle ». Les résultats prévisionnels montrent clairement que la France doit faire face à une contradiction : bien qu’il y ait une réduction des émissions, elle se fait à un rythme trop lent pour atteindre les objectifs climatiques. Si la France veut respecter ses engagements climatiques pour 2030, l’année 2026 devra être charnière pour amplifier les actions dans les secteurs clés.

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