Face à Moscou, l’Europe accélère sur l’éolien offshore en mer du Nord

Eolien en mer
26/01/2026
5 min
L'Union européenne, le Royaume-Uni et la Norvège visent la neutralité climatique d'ici 2050, avec l'éolien en mer en rôle clé. Les ambitions des mers du Nord, avec 300 GW de capacité de production d'ici 2050, seront portées par les énergies renouvelables offshore, l'hydrogène bas carbone et l'énergie marine.

Les ministres européens et britanniques ont promis ce 26 janvier à Hambourg d’accélérer leur coopération pour produire de l’énergie éolienne en mer du Nord, afin de sécuriser l’approvisionnement énergétique du continent et d’écarter tout retour au gaz russe.

Par la rédaction, avec AFP

Les ministres de l’Énergie de la Belgique, du Danemark, de la France, de l’Allemagne, de l’Islande, de l’Irlande, du Luxembourg, des Pays-Bas et de la Norvège ont signé une déclaration commune pour créer « le plus grand pôle mondial d’énergie propre », selon un communiqué publié par le ministère allemand de l’Économie et de l’énergie. Cette déclaration a été adoptée à l’occasion du troisième sommet sur la coopération énergétique et sécuritaire dans la région de la mer du Nord, qui se tient lundi pour la première fois en Allemagne.

« Un déploiement sans précédent »

Lors de la deuxième édition de ce sommet en 2023, les pays participants avaient convenu de développer en mer du Nord jusqu’à 300 gigawatts de capacité énergétique d’ici à 2050, avec un objectif intermédiaire de 120 GW pour 2030, jusqu’à présent en passe d’être manqué, selon les experts du secteur. Le nouvel accord prévoit que l’Allemagne, la Norvège, la France, le Danemark et le Royaume-Uni lancent une « flotte sans précédent » de projets conjoints d’éolien offshore, représentant une capacité totale de 100 GW, selon un communiqué séparé du ministère britannique de l’Énergie qui ne précise pas le calendrier. Cette production équivaut aux besoins électriques de près de 100 millions de foyers.

« L’éolien en mer du Nord est un levier essentiel pour sécuriser nos approvisionnements énergétiques »

L’accord doit permettre de renforcer la « résilience » et la « sécurité des approvisionnements » de l’Europe, a déclaré Katherina Reiche, ministre allemande l’Économie et de l’énergie, lors de la signature de la déclaration. Une grande partie de l’Europe, l’Allemagne en tête, a longtemps dépendu des livraisons de gaz russe, jusqu’à décider de s’en sevrer après l’invasion de Ukraine par Moscou en 2022. Cette rupture avait provoqué une flambée historique de l’inflation, plongeant de nombreuses industries énergivores dans la crise. Pour autant, les dirigeants européens présents à Hambourg ont souligné ne plus jamais vouloir se retrouver dans cette position. « Nous envoyons un signal très clair à la Russie : nous ne vous laisserons plus utiliser l’énergie contre nous », a déclaré Dan Jørgensen, commissaire européen à l’énergie. « Face aux enjeux géopolitiques actuels, l’Europe doit pouvoir garantir sa souveraineté énergétique. L’éolien en mer du Nord est un levier essentiel pour sécuriser nos approvisionnements en énergie décarbonée et définitivement tourner la page du gaz russe » a souligné Roland Lescure sur Linkedin.    

Le SER appelle à la concrétisation des engagements pour l’éolien en mer

Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) a salué, dans un communiqué ce jour, les récentes initiatives visant à renforcer la souveraineté énergétique de l’Europe, soulignant que l’Offshore Financing Framework jouera un rôle clé en réduisant les risques d’investissement, en mobilisant des capitaux privés et en stabilisant les chaînes d’approvisionnement. Toutefois, en France, la filière éolienne en mer est dans l’attente de décisions stratégiques cruciales. Malgré l’ouverture du dialogue concurrentiel pour l’appel d’offres n°9 en juillet 2024, le gouvernement n’a toujours pas lancé la phase de recueil des offres, plus d’un an et demi après. De plus, l’appel d’offres n°10, annoncé pour septembre 2023, reste toujours en suspens. Le SER exhorte donc le gouvernement à publier sans délai la programmation pluriannuelle de l’énergie et à finaliser les appels d’offres afin d’éviter de compromettre l’avenir de cette industrie principalement locale. « L’éolien en mer est un pilier stratégique pour la souveraineté énergétique de l’Europe et il est impératif de passer à l’action rapidement » rappelle Jules Nyssen, président du SER qui avait déjà insisté la semaine dernière à donner un cap à des filières comme l’éolien offshore en attente de visibilité réglementaire et financière.

Parmi les principales annonces figurent la déclaration des dirigeants pour construire un pôle énergétique résilient et compétitif en mer du Nord, ainsi que le pacte d’investissement pour l’éolien offshore, signé par les leaders, les acteurs de l’industrie et les opérateurs de systèmes de transmission. Ce pacte vise à renforcer la sécurité énergétique et la décarbonation de l’Europe grâce aux réseaux électriques et à l’hydrogène. L’initiative vise aussi à offrir une meilleure visibilité aux industriels et aux gestionnaires de réseaux, dans un contexte de tensions croissantes autour des infrastructures énergétiques en mer du Nord, comme en mer Baltique. Dans ces deux mers, les attaques hybrides sont imputées à la Russie. Des cargos russes sont soupçonnés d’approcher des infrastructures stratégiques – parcs éoliens, gazoducs et câbles de communication – pour les endommager et livrer des informations à Moscou.

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