Déchets : l’Union européenne produit encore près de 2,2 milliards de tonnes par an

Économie circulaire
30/10/2026
8 min
En 2024, l’Union européenne a produit 2,196 milliards de tonnes de déchets, soit près de 4,9 tonnes par habitant, selon Eurostat. Le secteur de la construction représente 38,2 % de ces volumes. Sur l’ensemble des déchets traités, 42 % ont été recyclés, tandis que près de 30 % ont encore été mis en décharge.

Selon les données d’Eurostat, l’Union européenne a généré 2,196 milliards de tonnes de déchets en 2024, soit près de 4,9 tonnes par habitant. Si les volumes reculent légèrement, le recyclage ne représente encore que 42 % des déchets traités. Les écarts entre États membres restent importants, tandis que la production de déchets dangereux poursuit sa progression.

Par Gaz d’aujourd’hui 

La réduction des déchets reste un défi majeur pour l’économie européenne. En 2024, les 27 États membres de l’Union européenne ont produit 2,196 milliards de tonnes de déchets, soit 4 872 kilogrammes par habitant, selon les dernières données présentées par Eurostat. Ce volume, qui comprend les déchets des ménages et ceux issus de l’ensemble des activités économiques, recule de 0,9 % par rapport à 2022, soit une baisse d’environ 20 millions de tonnes. Derrière ces chiffres se cachent toutefois des réalités très différentes. Les déchets minéraux majeurs, principalement issus de la construction et de l’extraction, représentent à eux seuls près de 65 % du total. Une fois ces matériaux exclus, la production européenne s’établit à 765 millions de tonnes, soit 1,7 tonne par habitant. Ce volume hors déchets minéraux majeurs a diminué de 2,1 % entre 2022 et 2024. Il reste également légèrement inférieur à celui enregistré en 2010, où il atteignait 1 718 kilogrammes par habitant, contre 1 697 kilogrammes en 2024.

Le bâtiment concentre près de 40 % des déchets européens

La construction demeure, de loin, le premier secteur producteur de déchets dans l’Union européenne. Elle représente 38,2 % des volumes générés en 2024, devant les industries extractives (23,9 %), les activités liées à l’eau et à la gestion des déchets (10,8 %) et l’industrie manufacturière (9,9 %). Les ménages contribuent pour leur part à 8,9 % du total, tandis que les autres activités économiques représentent les 8,3 % restants. Cette répartition illustre le poids des activités industrielles et des infrastructures dans la production européenne de déchets. Elle souligne également les limites d’une approche centrée exclusivement sur les déchets ménagers : l’essentiel des volumes provient des activités économiques. Hors déchets minéraux majeurs, les activités de gestion de l’eau et des déchets arrivent en tête, avec 222 millions de tonnes produites en 2024, devant les ménages (189 millions) et l’industrie manufacturière (153 millions). La progression enregistrée dans le secteur de la gestion des déchets doit cependant être interprétée avec prudence. Selon Eurostat, sa production a augmenté de 194,7 % entre 2004 et 2024, notamment sous l’effet des déchets secondaires générés par les opérations de tri, d’incinération ou de compostage. Une partie des matières est ainsi comptabilisée à nouveau après leur traitement initial.

La France sous la moyenne européenne hors déchets minéraux majeurs

Les différences entre pays restent particulièrement marquées. En excluant les déchets minéraux majeurs, l’Estonie affiche le volume le plus élevé de l’Union européenne, avec 4,7 tonnes par habitant en 2024. Cette situation s’explique notamment par sa production énergétique fondée sur les schistes bitumineux. La Belgique atteint 3,16 tonnes par habitant, contre 2,88 tonnes en Bulgarie, 2,23 tonnes au Luxembourg et 2,14 tonnes aux Pays-Bas. La France se situe en dessous de la moyenne européenne, avec 1 362 kilogrammes de déchets par habitant, hors déchets minéraux majeurs, contre 1 697 kilogrammes pour l’ensemble de l’Union. Elle enregistre également une diminution par rapport à 2010, lorsque cet indicateur atteignait 1 505 kilogrammes. L’Allemagne affiche 1 726 kilogrammes par habitant, tandis que l’Italie atteint 1 931 kilogrammes et l’Espagne 1 398 kilogrammes. Ces écarts reflètent notamment les différences de structures industrielles et économiques entre États membres. Les pays disposant d’importantes activités extractives ou de construction présentent généralement des volumes de déchets plus élevés.

Le recyclage représente 42 % des déchets traités

Au-delà de la production, la question du traitement reste centrale. En 2024, environ 1,956 milliard de tonnes de déchets ont été traitées dans l’Union européenne, selon Eurostat. Sur ce total, 42 % ont été recyclés, 13,3 % ont été utilisés en remblayage et 6,5 % ont fait l’objet d’une valorisation énergétique. Au total, les opérations de valorisation représentent 61,8 % des déchets traités, contre 45,9 % en 2004. Sur cette période, les quantités valorisées sont passées de 870 millions à 1,209 milliard de tonnes, soit une progression de 39 %. En parallèle, la part des déchets éliminés est passée de 54,1 % à 38,2 %. La mise en décharge reste néanmoins importante : elle concerne 29,9 % des déchets traités en 2024. Les autres opérations d’élimination représentent 7,9 %, tandis que l’incinération sans récupération d’énergie compte pour 0,4 %. Ces indicateurs portent sur l’ensemble des déchets traités, y compris les déchets minéraux majeurs. Ils ne doivent donc pas être confondus avec les taux de recyclage propres aux déchets municipaux ou aux emballages. Les stratégies nationales demeurent contrastées. L’Italie, la Hongrie, la Slovaquie et la Belgique affichent des niveaux élevés de recyclage, tandis que la mise en décharge reste prédominante dans plusieurs pays, notamment la Roumanie, la Bulgarie, la Finlande et la Suède.

Les déchets dangereux progressent de 42 % depuis 2010

L’évolution des déchets dangereux constitue un autre point de vigilance. En 2024, l’Union européenne en a produit 128,9 millions de tonnes, soit environ 5,9 % de l’ensemble des déchets générés. Ce volume a augmenté de 8 % par rapport à 2022 et de 41,9 % depuis 2010, lorsque la production atteignait 90,8 millions de tonnes. Les situations nationales sont là encore très différentes. La Finlande affiche une proportion particulièrement importante de déchets dangereux, représentant 25,6 % de sa production totale, devant la Bulgarie (16,7 %). En France, cette proportion atteint 3,4 %, contre 6,4 % en Allemagne. Sur les 107,9 millions de tonnes de déchets dangereux traitées dans l’Union en 2024, seulement 33,2 % ont fait l’objet d’une valorisation. Le reste a été éliminé, principalement par mise en décharge ou par d’autres opérations de traitement. La progression des volumes de déchets dangereux souligne la nécessité de disposer de capacités de traitement adaptées, ces déchets présentant des risques particuliers pour la santé humaine et l’environnement.

Une transition vers l’économie circulaire encore inégale

Les données d’Eurostat montrent ainsi une évolution contrastée de la gestion des déchets en Europe. D’un côté, les volumes produits diminuent légèrement et la valorisation occupe une place croissante dans les modes de traitement. De l’autre, la mise en décharge concerne encore près d’un tiers des déchets traités et la production de déchets dangereux continue d’augmenter. La baisse récente de la production doit également être nuancée. Entre 2022 et 2024, les déchets de combustion, notamment les cendres et résidus issus de la production d’énergie, ont diminué de 31 %, soit 26 millions de tonnes. Cette contraction explique une large part de la réduction globale des déchets hors matériaux minéraux majeurs. Environ deux tiers de cette baisse européenne proviennent du secteur de l’énergie. Elle ne traduit donc pas nécessairement une diminution équivalente des déchets issus de la consommation ou de l’ensemble des activités productives.

Pour l’Union européenne, le défi dépasse désormais la seule amélioration des performances de recyclage. Il consiste également à réduire la production de déchets à la source, développer le réemploi et limiter le recours à l’élimination. Ses résultats de 2024 témoignent de progrès dans les modes de traitement sur longue période, mais aussi du chemin qui reste à parcourir pour réduire durablement la consommation de ressources et la production de déchets à l’échelle européenne.

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