Carburants : qui peut bénéficier des nouvelles aides annoncées par le gouvernement ?

23/09/2026
9 min
Ce 22 septembre le gazole s’établissait en moyenne à 2,41 euros le litre, un niveau record, tandis que le SP98 atteignait 2,27 euros et le SP95-E10 2,17 euros ©godongphoto / Shutterstock

Face à la flambée des prix à la pompe, le gouvernement a annoncé une nouvelle série de mesures en faveur des automobilistes qui roulent beaucoup pour travailler, mais aussi des infirmières, aides à domicile et professionnels. L’exécutif chiffre ces aides supplémentaires à 450 millions d’euros. Des dispositifs jugés encore insuffisants par la CGT et plusieurs organisations professionnelles, dont la FNSEA.

Par Gaz d’aujourd’hui, avec AFP

Lorsque les prix des carburants atteignent des niveaux records, le gouvernement tente de limiter l’impact de la hausse sur les ménages et les professionnels les plus dépendants de leur véhicule. Mardi 22 septembre 2026, l’exécutif a annoncé la prolongation et l’élargissement de plusieurs dispositifs d’aide. Leur coût est estimé à 450 millions d’euros, selon le ministre des Comptes publics, David Amiel. Dans son communiqué, le gouvernement explique vouloir « préserver l’activité économique et protéger le pouvoir d’achat des Français qui travaillent ». Il justifie ces nouvelles mesures par la hausse persistante des prix, liée notamment aux tensions sur la production et le raffinage au Moyen-Orient, en Russie et en Ukraine.

Le gazole atteignait mardi en moyenne 2,41 euros le litre, selon une analyse de l’AFP à partir des données publiques. Le SP98 s’établissait à 2,27 euros et le SP95-E10 à 2,17 euros.

L’aide de 100 euros aux « grands rouleurs » élargie

L’aide de 100 euros destinée aux travailleurs utilisant beaucoup leur véhicule est prolongée jusqu’à la fin de l’année 2026 et son accès est élargi. Jusqu’ici, environ 3 millions de personnes pouvaient y prétendre. Désormais, le gouvernement estime à 5,5 millions le nombre de bénéficiaires potentiels. Selon la ministre déléguée à l’énergie et porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, cette aide représente « l’équivalent de 40 centimes par litre de carburant pour deux mois en moyenne ». Le plafond de revenus a notamment été relevé. Il atteint désormais environ 2 035 euros nets par mois pour une personne seule et 6 104 euros nets pour un couple avec deux enfants, avant prélèvement à la source. Pour les 1,2 million de personnes déjà enregistrées dans le dispositif, le versement doit être automatique. Les autres devront effectuer une demande sur une plateforme en ligne. Le gouvernement reconnaît d’ailleurs que le recours à cette aide est jusqu’ici resté limité. Selon David Amiel, environ une personne éligible sur deux seulement a demandé à en bénéficier. C’est aussi ce qui explique que les 450 millions d’euros annoncés n’augmentent pas l’enveloppe globale de 1,4 milliard d’euros déjà prévue pour faire face à la crise des carburants : une partie des sommes budgétées n’avait pas été consommée.

Un bonus de 80 euros pour certaines infirmières

Les professionnels de santé à domicile font également partie des catégories particulièrement exposées à la hausse des prix. La ministre de la Santé Stéphanie Rist a annoncé la création d’un « bonus territoires ruralité » de 80 euros pour les infirmières parcourant en moyenne plus de 100 kilomètres par jour. Selon la ministre, « plus de 25 000 infirmières » pourront bénéficier de ce versement unique prévu avant la fin de 2026. Cette aide sera accordée sans condition de ressources. Les infirmières concernées pourront également, si elles le souhaitent, repousser le paiement de certaines cotisations Urssaf sans pénalité. Stéphanie Rist a par ailleurs annoncé que le gouvernement proposerait au Parlement la création d’un « stabilisateur économique » destiné aux professionnels de santé à domicile lors de nouvelles envolées des prix du carburant. Aucun détail précis n’a encore été donné sur son fonctionnement.

Un dispositif spécifique pour les aides à domicile

Les aides à domicile sont également visées par les nouvelles mesures. Le gouvernement prévoit pour elles un accès spécifique à l’aide aux grands rouleurs, lorsqu’elles utilisent leur véhicule personnel. Selon les critères annoncés par Stéphanie Rist, pourront notamment être concernées les personnes travaillant au moins à mi-temps et parcourant 30 kilomètres par jour dans le cadre de leur activité. Ces métiers, notamment en zone rurale ou périurbaine, nécessitent souvent de multiplier les déplacements entre plusieurs domiciles dans une même journée.

La FNSEA réclame 30 centimes par litre pour les agriculteurs

Du côté des agriculteurs, les aides existantes sont elles aussi jugées insuffisantes. Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a demandé mardi le doublement de l’aide à l’achat de gazole non routier, utilisé notamment pour les engins agricoles. Le syndicat souhaite que le soutien passe de 15 à 30 centimes par litre. « Depuis le début de la semaine, le gasoil non routier pour l’agriculture a dépassé 1,50 euro hors taxe le litre », a expliqué Arnaud Rousseau, estimant que ce niveau rend son achat particulièrement difficile « à la veille des travaux d’automne ». Selon lui, le soutien de 15 centimes par litre était adapté lorsque le GNR se situait autour de 1,20 euro. La FNSEA réclame également que la réduction soit appliquée directement sur les factures. Le syndicat dénonce des délais de remboursement dans certains départements, qui obligent les exploitants à avancer les sommes.

Sophie Binet dénonce une « usine à gaz »

Les nouvelles annonces n’ont pas davantage convaincu la CGT. Ce matin sur RTL, sa secrétaire générale Sophie Binet a qualifié le dispositif destiné aux grands rouleurs d’« usine à gaz ». « C’est très compliqué de faire cette demande. La preuve, c’est que la moitié des personnes qui pourraient y avoir accès ne font pas la demande », a-t-elle estimé. La responsable syndicale juge également le montant trop faible au regard de l’augmentation des dépenses supportées par certains professionnels. « C’est une goutte d’eau, puisque c’est 100 euros en une fois, or 100 euros c’est un plein », a-t-elle déclaré, citant notamment les infirmières et les aides à domicile. La CGT défend une autre stratégie. Sophie Binet réclame un blocage des prix ainsi que des marges des groupes pétroliers. Elle estime que le gouvernement devrait davantage mettre à contribution les entreprises du secteur et a notamment mis en avant les profits réalisés ces dernières années par TotalEnergies. Ces propos s’inscrivent également dans un contexte social plus large. La dirigeante de la CGT a de nouveau appelé à la mobilisation le 29 septembre, notamment sur les salaires et les services publics.

Une « règle d’or » sur la fiscalité des carburants

Au-delà des aides directes, le gouvernement veut également éviter que la hausse des prix à la pompe ne lui procure des recettes fiscales supplémentaires. L’exécutif annonce ainsi vouloir instaurer une « règle d’or » concernant la fiscalité des carburants. Le principe affiché est que tout surplus éventuel de recettes de TVA ou d’accises lié à l’augmentation du prix des carburants soit « neutralisé » et réaffecté aux dispositifs de soutien aux ménages et aux professionnels. Le gouvernement prévoit de présenter un amendement au projet de loi de finances pour 2027 afin d’inscrire cette règle dans les textes. Maud Brégeon a également indiqué qu’une adaptation des aides pour les territoires ultramarins était en cours de finalisation. Le gouvernement confirme par ailleurs le maintien du chèque énergie en 2027, dont le montant varie de 150 à 277 euros pour les ménages les plus modestes.

Des aides ciblées plutôt qu’une baisse générale des prix

À travers ces annonces, l’exécutif fait donc le choix d’aides ciblées vers les personnes dont le travail dépend fortement de leur véhicule, plutôt que d’une réduction uniforme du prix des carburants. Cette stratégie permet de concentrer les dépenses publiques sur certains ménages et professions, mais elle multiplie aussi les critères d’éligibilité : revenus, kilométrage, durée de travail ou encore type d’activité. C’est précisément sur ce point que se concentrent une partie des critiques. Le gouvernement mise désormais sur l’automatisation des versements pour les bénéficiaires déjà connus et sur l’élargissement des plafonds de revenus afin d’augmenter le recours aux aides. Mais avec des prix toujours très élevés à la pompe, les demandes de soutien continuent de se multiplier. Agriculteurs, professionnels de santé, salariés roulant quotidiennement pour travailler : chacun tente désormais de mesurer ce que les dispositifs annoncés changeront réellement sur sa facture de carburant.

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