Carburants : le gouvernement va puiser dans ses stocks stratégiques pour faire baisser le prix du gazole

POLITIQUE ÉCONOMIQUE
13/10/2026
7 min
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Face à la flambée des prix de l’énergie provoquée par les tensions au Moyen-Orient, Sébastien Lecornu a annoncé ce 12 octobre la mise sur le marché de 10 millions de barils de gazole issus des réserves stratégiques françaises. Objectif : faire baisser les prix à la pompe jusqu’à 18 centimes par litre dès le 1er novembre. Une mesure exceptionnelle, assortie d’un dispositif de contrôle des marges des distributeurs.

Par Laura Icart

C’est une intervention inédite de l’État sur le marché des carburants. Pour alléger la facture des automobilistes et des entreprises, le gouvernement a décidé de mobiliser une partie des réserves stratégiques françaises de gazole. L’annonce, faite par le Premier ministre Sébastien Lecornu, doit permettre une baisse des prix à la pompe pouvant atteindre 18 centimes par litre à compter du 1er novembre. « Le Gouvernement a donc pris une mesure exceptionnelle, qu’aucun Gouvernement n’avait jusqu’alors jamais prise : nous allons utiliser nos stocks stratégiques pour diminuer votre facture de gazole », a déclaré le chef du gouvernement dans une vidéo présentant ce dispositif.

Cette décision intervient alors que les tensions géopolitiques au Proche et au Moyen-Orient, notamment les perturbations de la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz, ont fortement renchéri les cours des produits pétroliers. Selon les chiffres avancés par Matignon, le gazole atteignait encore 2,35 euros le litre en moyenne la semaine précédente. « Ces prix de l’énergie deviennent une arme géopolitique pour faire pression sur les pays européens », a souligné Sébastien Lecornu, qui insiste néanmoins sur l’absence de risque immédiat de pénurie. «

Dix millions de barils vendus à prix coûtant

Le mécanisme retenu repose sur la vente aux distributeurs de 10 millions de barils de gazole prélevés sur les stocks stratégiques. Ces volumes seront commercialisés à environ 28 centimes d’euro le litre, contre un prix de gros actuellement proche de 1,10 euro, selon le gouvernement. L’écart entre ces deux prix doit permettre de réduire le coût moyen d’approvisionnement des distributeurs, à condition que l’avantage soit intégralement transmis aux consommateurs. Les volumes seront répartis entre les opérateurs proportionnellement à leurs ventes réalisées en 2025, puis écoulés sur trois mois, de novembre à janvier. Le dispositif a été préparé avec les distributeurs de carburants, réunis par le Premier ministre aux côtés de Serge Papin et de Maud Bregeon. Pour les automobilistes, le gain annoncé pourrait atteindre une dizaine d’euros par plein. « Dès le 1er novembre, le prix du gazole à la pompe baissera jusqu’à 18 centimes par litre. Concrètement, cela représente environ 10 € d’économies à chaque plein en moyenne », a précisé Sébastien Lecornu. Le gouvernement a également choisi d’étendre le périmètre de la mesure au gazole non routier, utilisé notamment dans l’agriculture, la pêche et le bâtiment, ainsi qu’au fioul domestique. Un élargissement destiné à limiter les conséquences du renchérissement de l’énergie sur les coûts de production et les dépenses de chauffage des ménages. Des dispositions spécifiques sont par ailleurs en préparation pour la Corse et les territoires ultramarins, dont les circuits d’approvisionnement présentent des particularités.

Un contrôle renforcé des distributeurs

Reste une difficulté majeure : garantir que la baisse du coût d’approvisionnement ne soit pas absorbée par les marges des intermédiaires. Pour y répondre, Matignon prévoit un dispositif réglementaire particulièrement contraignant. Un décret doit imposer la répercussion intégrale de l’avantage économique jusqu’au consommateur final. «  Ce ne sera pas une recommandation, mais une obligation », a averti le Premier ministre. La traçabilité constituera l’un des piliers du mécanisme. L’avantage lié à la libération des stocks devra apparaître sur les factures à chaque étape de la chaîne de distribution, ainsi que dans les stations-service. Le gouvernement s’engage également à publier chaque semaine les volumes mis sur le marché, les réductions de coûts correspondantes et l’évolution des prix moyens à la pompe. Une transparence destinée à permettre de mesurer l’effet réel du dispositif. Les services de l’État seront chargés de contrôler les prix et les marges. En cas de manquement, l’exécutif se réserve la possibilité d’encadrer réglementairement les marges des distributeurs. « Mais j’ai entendu la profession ce matin, et j’ai pu mesurer son engagement. Je fais donc le choix de la confiance », a néanmoins assuré Sébastien Lecornu.

Une attention particulière aux stations rurales

L’application de la mesure soulève également des enjeux logistiques, notamment dans les territoires ruraux, où les stations-service disposent parfois de capacités financières et d’approvisionnement plus limitées. Pour éviter que ces établissements ne répercutent la baisse qu’après réception des nouveaux volumes, le gouvernement prévoit des avances de trésorerie et la création d’un fonds spécialisé. Plus de 300 stations rurales, parfois distantes de plus de dix kilomètres les unes des autres, devraient ainsi pouvoir appliquer les tarifs réduits dès le 1er novembre. Le calendrier est désormais fixé : la vente des volumes stratégiques aux distributeurs débutera le 28 octobre, avant l’entrée en vigueur de la baisse annoncée quatre jours plus tard.

Une opération exceptionnelle à l’effet temporaire

Sur le plan économique, l’opération constitue une réponse ciblée à la hausse des prix, plutôt qu’une modification durable de la fiscalité sur les carburants. Son efficacité dépendra notamment du rythme d’écoulement des volumes libérés, de leur poids dans les approvisionnements et de l’évolution parallèle des cours internationaux. La mesure pose aussi la question de la reconstitution des réserves. Le gouvernement assure qu’elle interviendra ultérieurement, sous le contrôle des organismes compétents, en tenant compte de l’évolution de la consommation nationale de gazole.

En mobilisant les stocks stratégiques comme instrument de modération des prix, l’exécutif entend amortir un choc énergétique extérieur sans remettre en cause, à ce stade, la sécurité des approvisionnements. Reste à vérifier, dès novembre, si la baisse promise sera effectivement visible sur les panneaux des stations-service.

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