Biogaz : une Alliance de haute voltige pour diminuer l’intensité carbone des territoires

La nouvelle usine permettra à Prodeval de produire près de 450 unités d'épuration de biogaz et de liquéfaction de CO2 contre 150 aujourd'hui.

Publié le 04/03/2024

6 min

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Prodéval lancera fin 2024 avec Aventech et en collaboration avec l’Insa Lyon la première ligne européenne de production industrielle d’épurateur de biogaz et de liquéfacteur de CO2 , via le consortium Alliance, dans la Drôme. « Une première mondiale » selon les entreprises, qui répond à plusieurs enjeux : décarbonation et réindustrialisation des territoires et la volonté d’inscrire la filière française du biogaz dans un écosystème industriel à la hauteur de son potentiel national et sa capacité à exporter son savoir-faire à l’international.

Par Laura Icart

 

En quelques années, le potentiel du biogaz s’est considérablement accru, grâce à une dynamique territoriale forte portée en grande partie par le monde agricole mais aussi par un écosystème de plus 500 entreprises françaises qui ont fait de cette filière un véritable laboratoire de talents. Elles constituent aujourd’hui la belle vitrine d’un savoir-faire made in France qui s’exporte au-delà de nos frontières, même si, à l’échelle industrielle, l’histoire commence à peine.

Une Alliance de compétences

Le partenariat entre Aventech et Prodeval, baptisé Alliance, c’est d’abord la réunion de compétences et d’un savoir-faire internationalement reconnu de deux pépites industrielles françaises : la première, spécialisée dans la conception et la fabrication d’équipements électriques et industriels critiques ; la deuxième, dans le traitement et la valorisation du biogaz. Réunir les talents, les compétences, les savoir-faire pour permettre à une filière du biométhane, qui « coche toutes les cases » souligne Sébastien Cerise, directeur d’Aventech, d’atteindre la maturité industrielle nécessaire pour répondre aux enjeux de décarbonation et de souveraineté énergétique. « Nous sommes convaincus que c’est maintenant qu’il faut agir pour proposer des solutions locales, durables et à forte valeur ajoutée pour nos territoires » ajoute Sébastien Paolozzi, président de Prodéval. Ensemble, et avec l’expertise de l’Insa Lyon « précieuse pour optimiser l’aide à la décision et de systèmes d’information », ils vont mettre en service à la fin de l’année 2024 une usine high-tech au cœur de la Drôme qui « promet une révolution » pour le marché du biogaz, avec la sortie d’épurateurs de biogaz et de liquéfacteurs de CO2, « une solution innovante et inédite » de production standardisée à échelle mondiale, « afin de fermer le cycle du biogaz » précise Prodeval.

Le défi de l’industrialisation

C’est donc une usine flambante neuve de 20 000 m2 qui sera inaugurée à la fin de l’année sur le site de Rovaltain sur le territoire de Valence Romans Agglo. Elle accueillera une partie des activités d’Aventech, notamment la fabrication d’équipements électriques, et les shelters, conteneurs électriques et process. Près de 5 000 m2 seront exclusivement dédiés à la nouvelle ligne de production des unités d’épuration du biogaz et de liquéfaction de CO2 développées par Prodeval qui aura la capacité de produire près de 450 unités par an, contre 150 aujourd’hui. Accélérer le développement du biométhane, c’est aussi avoir la possibilité de construire en France, au cœur des territoires où le biométhane est produit, un écosystème industriel capable de massifier la production et à terme d’atténuer les coûts de production. « En France, la filière du biométhane a 10 ans à peine, c’est un bébé à l’échelle industrielle » souligne Sébastien Paolozzi. Mais il n’empêche que c’est un marché à très haut potentiel, « près de 27,8 milliards d’euro cumulés sur huit ans entre 2022 et 2030 », avec des marchés particulièrement favorables en Amérique du Nord, en Europe, en Inde et au Brésil. Mais pour atteindre cette taille critique, plusieurs étapes doivent être franchies : l’accroissement du parc de production, la levée des verrous politiques et sociaux, l’optimisation des technologies et le déploiement à l’international. L’innovation du projet Alliance réside « dans la combinaison des solutions d’épuration du biogaz et de liquéfaction de CO2 tout en développant le caractère exportable, à l’échelle locale, des solutions industrielles déployées » soulignent les trois partenaires. Sa force est d’aller vers « une normalisation et une standardisation des process » nous confie le patron de Prodeval.

Faire de la France un leader

Alliance, c’est aussi deux chefs d’entreprise, deux Sébastien, convaincus de l’intérêt et de la pertinence du biométhane pour décarboner nos territoires, convaincus aussi que cette mutualisation des compétences sur un même site est une « vraie force pour accélérer le déploiement du biométhane et créer de l’attractivité économique ». Près de de 150 personnes, une centaine pour Prodeval, seront recrutées dans les trois prochaines années. Une tâche qui ne sera pas forcément aisée : « On a dévalorisé pendant trop longtemps nos filières industrielles », soulignent en chœur les deux chefs d’entreprise, même s’ils restent confiants car tous deux installés à Valence dans la Drôme travaillent « étroitement avec le tissu éducatif local ». « Ce projet a d’ailleurs une forte dimension locale, souligne Sébastien Cerise, de nombreux sous-traitants locaux vont être mis à contribution. » Alliance intègre d’ailleurs le pôle de compétitivité régional Tenerrdis.

Développer les énergies renouvelables en ayant une approche industrielle, « c’est un vraie force pour notre pays, souligne Sébastien Cerise, mais nous ne pouvons plus fonctionner avec des « stop and go », c’est ce qui met en danger nos filières » ajoute Sébastien Paolozzi. « Il faut du courage politique pour développer le biométhane et les énergies renouvelables en général » soulignent-ils, évoquant le Général de Gaulle et insistant sur la nécessité d’avoir une vision de long terme, la seule qui permettra d’industrialiser, de réindustrialiser dans une logique de souveraineté énergétique et de compétitivité économique. Dans « le secteur énergétique comme dans l’industrie, mon action sera guidée par la concrétisation des projets » indiquait, il y a quelques jours, Roland Lescure lors d’un échange avec des journalistes. En attendant, dans la Drôme, la construction de l’usine a démarré.